Envie de se lancer dans le business du CBD ? Les indicateurs sont au « vert »
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Envie de se lancer dans le business du CBD ? Les indicateurs sont au « vert »

Le 2 mars 2021

L’année 2021 devrait marquer l’ouverture et l’encadrement du marché du CBD en France, estiment les professionnels, en particulier depuis que la Cour de justice européenne a jugé illégale l’interdiction de sa commercialisation dans l’Hexagone. Un contexte qui favorise la naissance de jeunes pousses sur le marché du « chanvre bien-être ».

Un an de fatigue pandémique plus tard, l’engouement autour des offres « bien-être » ne faiblit pas. Le marché du CBD, en vogue depuis l’ouverture de ses premiers « shops » en 2018, a bien l’intention d’en profiter. Insomniaques, stressés du bulbe, sportifs ou personnes sujettes à des douleurs chroniques… à consommer ou à fumer, le CBD serait la molécule miracle dont nous avons tous besoin.

Il n’y a qu’à se rendre sur Instagram, plateforme des styles de vie en vogue, pour se rendre compte de la popularité croissante de ses vertus supposément relaxantes et déstressantes. Présente naturellement dans le chanvre (comprendre « cannabis »), mais non-psychotrope, la substance est encore sujette au débat en France.

 
 
 
 
 
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Le retour en grâce du chanvre

Deli Hemp, Kempt, Le Lab du Bonheur, Equilibre CBD, Nature & CBD… de plus en plus d’entrepreneurs sentent pourtant que le moment est venu de se lancer, à commencer par Ludovic Rachou, fondateur de deux jeunes marques bien-être à base de cannabidiol – Kaya, des compléments alimentaires anti-stress et la gamme de produits cosmétiques, Peace & Skin. Anciennement actif au Syndicat du Chanvre, il est depuis février président du nouveau syndicat de l’UIVEC (Union des industriels pour la valorisation des extraits de chanvre). Son objectif ? Devenir « l’interlocuteur de confiance des pouvoirs publics » et représenter une filière qui devrait peser 17,3 milliards de dollars dans le monde d’ici 2026. 

« On y retrouve tous les grands acteurs industriels français attirés par l'exploitation des cannabinoïdes légaux, explique Ludovic Rachou qui s’intéresse au marché du CBD depuis plus de deux ans. On y compte des producteurs de chanvre, des fabricants d’ingrédients, des laboratoires d’analyse ou encore des acteurs du monde de la santé et des cosmétiques. » Aujourd’hui, l’union revendique une vingtaine d’adhérents pour environ 15 000 emplois et 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. 

C’est que pour la France (quatrième producteur après la Chine, le Canada et les États-Unis), le chanvre est une affaire de patrimoine industriel. En 1830, on comptait 176 000 hectares de terres dédiées au chanvre. Sa culture (textile, papeterie…) est à son apogée, estime L’info durable. Mais un siècle plus tard, les fibres synthétiques et l’industrie de la chimie mettent fin à son usage, pourtant massif depuis des millénaires. Il faut attendre les années 90 pour que la plante retrouve ses lettres de noblesse avec la mouvance « bien-être ». 

 
 
 
 
 
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Le moment de planter des graines

Aujourd’hui, entre 400 et 500 boutiques indépendantes ont déjà été créées en France, estime l’entrepreneur, une grande majorité se spécialisant sur le segment des huiles de CBD. « Pour la plupart, ce sont des marques digitales qui se lancent. La BPI reçoit quasiment toutes les semaines des demandes de subventions ou d’aides alors qu’elles étaient inexistantes il y a un an. Les CBD shops où l’on vend de la fleur à fumer sont encore majoritaires, mais on constate qu’au sein même de ces magasins, la part des produits alimentaires (huiles, compléments…) est en train d’augmenter. »

Malgré un flou juridique qui rend encore illicites certains produits contenant la molécule, le contexte est favorable à l’émergence de nouveaux acteurs, en particulier depuis l’arrêt de la Cour de justice européenne, le 19 novembre 2020, qui jugeait illégale l’interdiction de sa commercialisation dans l’Hexagone. Fortement médiatisé, étudié par les parlementaires qui viennent d’y consacrer un rapport, le marché du CBD français devrait de plus lancer sa toute première expérimentation en cannabis thérapeutique au printemps prochain. 

« Il ne faut pas oublier que les Français sont les plus gros consommateurs de cannabis en Europe, rappelle Ludovic Rachou. Les gens rentrent par le côté du cannabis light, puis se rendent compte qu’il n’y a pas forcément besoin de le fumer. La consommation évolue, on va vers des produits plus simples, plus sains », exactement comme en Angleterre où les compléments alimentaires à base de CBD inondent déjà les rayons des magasins Tesco et Boots. 

 
 
 
 
 
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Un produit « star »

Si la demande est aussi forte, c’est que le CBD jouit d’une image particulièrement sexy. « C’est un produit star, vraiment star depuis deux ans, commente Virgile Brodziak, directeur général de Wunderman Thompson Paris. Le goût de l’interdit se lève, ça suscite le désir et rend le produit attractif, un peu à la manière des boissons énergétiques type Red Bull il y a 15 ans. » 

Aux États-Unis, où la culture du cannabis se fait de plus en plus raffinée, on va jusqu’à proposer des expériences haut-de-gamme personnalisées aux clients, affirmait le rapport annuel de l’agence en 2020, une tendance que l’on ne devrait pas tarder à voir arriver en Europe. En Californie, la consultante et prêtresse du cannabis Amy Robertson aide ses clients à trouver LE produit au chanvre qui leur correspond en enquêtant sur leur vie. À New York, le détaillant CBD Standard Dose est passé d’une boutique en ligne à un havre de paix physique en 2019. Produits et expériences à la carte, ateliers de méditation, bar à thé et boissons infusées au chanvre… sur place, des experts en cannabinoïdes orientent les consommateurs en fonction de leurs besoins et style de vie. 

 
 
 
 
 
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Paradoxalement, le prix du CBD a tendance à diminuer ces dernières années. « Mais c’est logique, estime Ludovic Rachou. Il y a davantage de concurrence, alors les prix baissent. Il y a un an et demi, on achetait le CBD autour de 15 000 euros le kilo. Aujourd'hui, on est plus aux alentours de 1 000 ou 2 000 euros le kilo. »

Des zones floues à lever

En France, l’opacité de la loi est le seul frein à l’essor du marché. « Entre la proximité du CBD avec le cannabis récréatif, l’amalgame du “cannabis légal”, ce qui se fume, ne se fume pas, se mange, se met sur la peau... la loi n’est pas encore suffisamment claire pour encadrer le marché et entretient une certaine confusion », poursuit Ludovic Rachou, qui n'oublie pas de mentionner l’affaire Kanavape, controverse à l’origine de la récente décision de la justice européenne. Depuis 2014, deux entrepreneurs marseillais commercialisant des cigarettes électroniques à l'huile de CBD étaient visés par la justice française. Ils étaient accusés, entre autres, de présenter leur offre comme un médicament et d’utiliser toute la plante pour l’un de leurs produits au CBD – et pas uniquement la tige et la graine, comme l'oblige la réglementation française. 

« Pour le moment, les tribunaux ne s’estiment pas suffisamment compétents pour juger une loi qui n’est pas claire, poursuit Ludovic Rachou. Idem pour les réglementations liées à la publicité : on ne sait pas où se situe le curseur de ce qu’on a le droit de faire ou pas. Mais tout est en train d’être réécrit, c’est une question de temps. »

Margaux Dussert - Le 2 mars 2021
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  • Suite à la légalisation du cannabis récréatif en Amérique, la plus forte augmentation de consommation c'est faite chez les personnes âgées. Pourquoi? C'est très simple, la cannabis a un réel effet de bien-être, il a des propriétés anti-oxydantes, anti-inflammatoires et est NATUREL. Des études montrent même qu'il permet dans plusieurs cas de diminuer la consommation de médicaments classique.
    Certaines études montrent aussi que le CBD aide à diminuer les addictions, notamment pour le tabac. Fumer du CBD pourrait donc aider à diminuer, voir arrêter sa consommation de tabac qui est notoirement beaucoup plus nocif pour la santé.
    Bref, il y a un vrai avantage sociétal à légaliser et réguler le CBD, le cannabis récréatif et leurs dérivés et plusieurs pays l'ont déjà compris!

    Il est très dommage que la France soit encore une fois trop conservatrice et passe à coté de cette amélioration potentielle de la qualité de vie tout en diminuant les coûts générés par la répression et le manque à gagner sur les taxes sur les produits et services de ce nouveau marché...

  • Le CBD et sa législation sont amenés à se clarifier très prochainement, ce mois-ci nous aurons peut-être une réponse beaucoup plus précise sur l'usage du Chanvre en tant que fleur, pouvant même être produite & commercialisée en France plutôt qu'être soumise à l'importatin : Wait & See comme on dit !