Inès Leonarduzzi et Nathalie Rozborski

Suffit-il de se doter d’une raison d’être pour être une entreprise engagée ?

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Qu’est-ce qu’une entreprise engagée ? La conférencière Inès Leonarduzzi et Nathalie Rozborski de Maisons du Monde ont accepté de débattre du sujet et de réfléchir à la sincérité de la démarche. 

Le temps où l’entreprise se cantonnait à un rôle de production de biens ou de services est révolu, l’heure est à l’engagement. Pour preuve, « 62 % des clients attendent que les entreprises s’engagent sur les grandes problématiques contemporaines telles que le développement durable », rappelle une étude Accenture de 2019.

Introduite en 2019 par la loi PACTE, la raison d’être incarne cet engouement nouveau autour de la notion de sens et de bien commun que peuvent aujourd’hui porter les entreprises. Mais cette redéfinition de leur rôle suffit-elle à en faire des entreprises engagées ? C’est la question à laquelle Inès Leonarduzzi, fondatrice de l’ONG Digital for the Planet et directrice générale de MTArt Agency, ainsi que Nathalie Rozborski, directrice générale marque et RSE chez Maisons du Monde, ont tenté de répondre. Découvrez la totalité du débat en vidéo juste ici :

Entreprise engagée et raison d’être, l’incontournable duo

L’ADN : Qu’est-ce qu’une entreprise engagée selon vous ? Quelles doivent être ses missions ? Quelles sont les contradictions à dépasser ?

Inès Leonarduzzi : Une entreprise engagée, pour moi, c'est une entreprise qui s'engage sur le plan environnemental, social, mais aussi sur le plan sociétal. Quel est notre impact sur l'environnement, pas que le nôtre, celui de nos partenaires ? Sur le plan social, c’est la manière dont on traite ses équipes, dont on va travailler l'enjeu de l'inclusion. Et ce que j'entends par sociétal, c'est ce que l’on apporte au monde : quel est notre rôle ? Quelle est notre valeur ajoutée ?

Nathalie Rozborski : Aujourd’hui ce qui est valorisé c’est l’action concrète. C'est pour cela que je parle de raison d'agir, plutôt que de raison d’être. La raison d’être c’est un cadre initial et ensuite la question est : comment est-ce qu’on la met en mouvement dans un programme ? L’important est de se souvenir que c’est un chemin. On ne peut pas passer de KPI de performance économique puis militer pour de la décroissance. C'est pour cela que chez Maisons du Monde, notre binôme de valeurs de positionnement est désirable et durable.

Compléter la raison d’être d’une entreprise engagée

Quels sont les compléments indispensables à la raison d’être d’une entreprise ?

Inès Leonarduzzi : On peut avoir toutes les bonnes volontés du monde, avoir les meilleurs KPI, si on n’a pas la bonne gouvernance ni la bonne manière de gérer les différences de connaissance, de compréhension des enjeux entre les équipes de terrain, le middle management et la stratosphère, ça ne va pas. Et ce qui pose souvent problème c’est la prévention du risque, le risque réputationnel.

Nathalie Rozborski : Le risque, c'est de ne pas en prendre justement. Évidemment qu'aucune entreprise ne sera jamais parfaite. Quand tu es un très gros acteur, il serait complètement faux de faire croire que tout est parfait sur tous les critères. En revanche, je crois beaucoup plus à des postures d'humilité que le citoyen valorise. Car c'est OK de ne pas être parfait. Il faut réussir la démonstration que l'engagement, cela peut être divertissant, fun et glamour.

Doit-on, peut-on mesurer les effets des engagements des entreprises engagées ?

Nathalie Rozborski : La réponse est évidemment oui, mais il ne faut pas que cela devienne quelque chose de sclérosant ou d’anxiogène. En revanche, c’est à nous, les entreprises, d'avoir la pédagogie nécessaire pour montrer comment mesurer un impact, ou comment changer les petits gestes du quotidien. On peut faire bouger les lignes.

Dépasser les contradictions pour gagner sa part d’utilité

Une entreprise peut-elle être engagée sans passer pour opportuniste ? Est-ce que l’on peut communiquer sur ses bonnes actions sans se faire taxer de greenwashing  ?

Nathalie Rozborski : J'aime beaucoup prendre les lunettes du client, du citoyen et me demander : qu'est-ce qu’il va valoriser ? Ce qui m'intéresse, c'est son point de vue à lui. Et l’important pour le client c’est de se demander comment une entreprise se positionne dans le tissu social plutôt que de la comparer à ses concurrents. Le rôle d’une entreprise est majeur dès lors que tu décides d’être engagé en faisant bouger les lignes d’un secteur.

Inès Leonarduzzi : La meilleure des manières c’est d’y aller tous ensemble et en se soutenant les uns les autres.

Est-il possible de concilier durabilité et consommation ?

Inès Leonarduzzi : Ce terme de consommation me dérange. Car on a un problème de consommation, c’est lunaire : on consomme et on jette. Le problème est macroéconomique : on fait du PIB par le flux. Est-ce que l’on ne pourrait pas créer du PIB par les stocks ? Car finalement, on est riches de nos poubelles. C'est là où toute l'économie circulaire prend son sens. Car évidemment que la durabilité est compatible avec la croissance, mais quelle croissance ? La consommation aujourd'hui est un gros mot. Il faut réapprendre à s'approprier cette définition et savoir ce que l’on veut en faire parce qu'elle ne sent pas bon. Comment est-ce que l’on continue de croître durablement tout en réinventant la manière dont on consomme ?


Cet article est issu de « Beau et Responsable » , un dossier complet réalisé par L'ADN en collaboration avec Maisons du Monde. Pour accéder aux autres contenus qui le composent, c'est par ici !

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