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Un trophée rempli de paillettes étoilées
© Kristina Ratobilska via Getty Images

Le jour où je n'ai pas reçu l'award

Francis Lemoine
Le 13 juin 2019

C’est pas parce qu’il y a performance qu’il y a récompense. On peut avoir les meilleurs résultats du monde, si personne ne le sait… ça ne suffit pas.

Dans cette tribune pour OhYes!, Francis Lemoine, Président d'Allergan France, se remémore une remise de prix qui n'a pas tourné comme il l'espérait.


 « And the winner is… » Il y a quelques années aux États-Unis, cérémonie annuelle des remises d’Awards. Tout le gratin du management mondial est là : le top 500 des CEOs, les CoDir de toutes les filiales, y compris les américaines. Dans une seconde, c’est moi que tous ces gens vont applaudir. J’ai ma chance, je le sens, je le sais. Mes 500 commerciaux ont accompli des performances diaboliques, tous critères confondus, bref les voyants sont au vert !

« And the winner is… » Frissons dans le dos, presque un vertige. « … Mrs Amelia X., Marketing Director ! ». Tandis que la salle, debout, applaudit cette dame, je reste assis, hébété. Isolé. Je réalise - un peu tard - que nos performances exceptionnelles ne sont « que » des résultats. Que le travail accompli, lui, ne se voit pas, ne se sait pas… si on ne le fait pas savoir. Alors je me lève et j’applaudis. Je viens de prendre une bonne leçon.

De bons résultats, c’est aussi… un bon storytelling

À cet instant, je comprends enfin que la communication ascendante est un paramètre indispensable que j’ai toujours négligé. Alors qu’elle est cruciale : pour moi, mais aussi pour mes équipes. Je prends également conscience qu’il s’agit d’une vraie compétence nécessaire à acquérir.

Le fait de se démarquer n’est pas le point fort des Français. Ne dit-on pas, d’ailleurs, en famille ou à l’école : « arrête de te faire remarquer » ? Les Anglo-Saxons, eux, savent faire. Ils sont même remarquables dans leur façon de se faire remarquer.

Depuis que cet Award m’est passé sous le nez, j’observe attentivement les comportements des autres directeurs de pays, lors des grandes messes internationales. Je les classerais en quatre catégories :

  • Il y a ceux qui assurent de belles performances mais qui ne la ramènent pas. Une humilité dans laquelle je me reconnais.
  • Il y a ceux qui assurent de belles performances et qui transforment ces réussites en belles histoires. Bingo !
  • Il y a ceux qui n’assurent pas de performances et qui rasent les murs. Logique.
  • Il y a enfin ceux qui font passer leur communication avant tout le reste. Oui, même avant leurs performances. Ceux-là pérorent en réunion et ne sont pas avares de beaux discours pour vous vendre… leurs échecs, qu’ils transforment en fantastiques histoires porteuses de leçons pour les autres !

On ne peut pas leader sans savoir communiquer

Cette dernière catégorie n’est pas seulement agaçante, elle est tout simplement fascinante. J’ai longtemps détesté les personnes agissant de la sorte, mais j’essaie désormais de prendre ce que leur démarche a de positif : être visible. De là à théoriser certains échecs stériles, il y a un grand pas que je ne franchirai pas, crédibilité oblige.

Ce que je retiendrai de cette petite mésaventure, c’est que la qualité de sa communication contribue grandement au leadership : raconter une histoire avec souffle, avec talent. Même et surtout si l’on est en difficulté.

Oui, un business plan peut et doit même être présenté avec des émotions !

Oui, il importe toujours de faire rêver son auditoire, même dans une réunion financière !

Cela fait toute la différence, et si j’avais été le conteur de mon/notre histoire cette année-là, sans doute aurais-je reçu cette récompense que je méritais.

Tout autant que le travail bien fait, tout autant que les performances auxquelles il mène, la qualité de sa communication est un pilier de la réussite à haut niveau de responsabilité. Les deux sont incontournables, mieux, ils sont imbriqués.

Et même si je tiens à demeurer dans la catégorie où l’humilité reste une vertu, je transmets désormais à mes équipes le message suivant : le savoir-faire n’est rien sans le faire-savoir.

Histoire d’échapper à une amère désillusion lors de futures remises d’Awards…

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