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Régénérer les sols, c'est le pari fructueux de L’Occitane

© Champs d'immortelles, Corse

Du karité à la lavande, l’enseigne suit l'élaboration de ses produits du champ jusqu’à leur mise en vente. Une exigence qui lui permet de lancer des programmes de recherche qui préservent la nature autant que sa pérennité.

Dans la famille des modèles d’entreprises à dimension militante, après l’entreprise à mission, je demande L’Occitane, la boite qui axe son modèle économique autour de la biodiversité et du commerce équitable. En septembre 2021, L’Occitane déroulait une « stratégie en faveur de la biodiversité ». « En travaillant avec l’Union internationale pour la conservation de la nature, nous avons réalisé que ce sont nos approvisionnements en matières premières végétales qui ont le plus grand impact en matière de biodiversité », raconte Jean-Charles Lhommet, responsable biodiversité et ingrédients durables de la marque.

Dans les faits, cette politique signifie que cet ingénieur agronome est amené à travailler avec ses collègues « sur l’éco-conception des produits, dans les usines, les boutiques » et depuis quelques temps, à repenser le travail dans les champs avec les agriculteurs. L’objectif ? « Réduire notre impact et contribuer à l’ébauche d’un modèle agricole régénératif » tout en assurant un « business durable ».

Des paysans-chercheurs

La marque a lancé tout récemment avec une vingtaine de producteurs et ses ingénieurs agronomes maison un collectif : l’association « Agroécologie et Commerce Équitable, Agriculture régénérative en Méditerranée ». Le nom donne le cap. Il s'agit d’installer par le partage et surtout les expérimentations concrètes, les pratiques agro-écologiques – et de les diffuser en open source. « On a un énorme point commun avec les producteurs et agriculteurs qui travaillent avec nous, la recherche d’ingrédients durables et plus tolérants aux changements climatiques ». Et ce n’est pas la météo changeante – entre chaleur et retour de la neige – de ce printemps 2022 qui démentira l’intérêt d’une telle approche.

L'agroforesterie en action (Crédits : Loïc Legros, L'Occitane)

Le rôle de l’entreprise est d'impulser les projets. « Nous faisons venir des experts et surtout, nous donnons du temps aux agriculteurs ». L’agro-écologie consiste à « redonner de la vie au sol, à réintroduire des éléments qui favorisent la biodiversité ». Ces techniques nécessitent le temps de l’expérience, de l’échec, avant de trouver l’équilibre. « Comme des chercheurs, commente Jean-Charles Lhommet. Certaines techniques marchent tout de suite, d’autres non. C’est le propre d’un système en déséquilibre qui transitionne vers l’équilibre. »

Et les agriculteurs ne peuvent assumer seuls les risques de cette transition, poursuit-il. Concrètement, le groupe finance certaines installations. Les agriculteurs qui travaillent depuis quelques années avec l’entreprise ont la certitude de voir la vente de leurs produits assurée. Les pertes sont financées par un fonds de développement et de transition mis en place par L’Occitane.

Au-delà de la philanthropie

Pour l’heure, le collectif mène plusieurs expérimentations. « Nous testons différents couverts végétaux. » Un sol nu est un sol « soumis aux radiations du soleil », un sol qui subit l’érosion et qui in fine « n’a pas de vie ». Les paysans-chercheurs s’inspirent donc d’autres écosystèmes naturels pour raviver le sol. Par exemple, celui de la forêt. « Une forêt en équilibre produit des plantes allant jusqu’à 20, 30 mètres de haut, grâce aux humus, aux champignons. » Sur les champs de lavande, les chercheurs introduisent des plantes créatrices d’un écosystème composé de micro-organismes, de vers de terre, champignons qui soignent le sol et « recréent un équilibre ». « On n’y amène pas la forêt, mais on s’en inspire..

Couverts végétaux (Lavande Sault)

Au Burkina Faso où l’entreprise travaille avec 10 000 productrices de karité, le collectif a mis en place un système d’agro-foresterie. « Le principe est le même : les agricultrices régénèrent la forêt, en réintroduisant des arbres sur les parcelles pour agir comme brise-vent, retenir l’eau et nourrir le sol. » En soutenant et en participant à ces actions, l’entreprise s’assure de la qualité de ses matières premières, tout en travaillant à préserver et à régénérer le système qui la nourrit. « Pour nous, ce n’est pas de la philanthropie. » Et c'est sans doute pour cette raison que cela marche. Un cercle vertueux qui raconte une autre manière d’envisager la mission d’une entreprise.

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