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Une ampoule se brise en mille morceaux
© tiero via Getty Images

Développement durable : attention aux fausses bonnes idées

Le 2 déc. 2019

D’ici à 2025 tous les flacons de L’Occitane seront en plastique recyclé. La marque de cosmétiques a aussi songé aux matériaux biosourcés, avant de constater que cette piste n’était pas si vertueuse. Récit de leur réflexion avec David Bayard, le directeur de l’emballage.

La cosmétique est l’une des industries les plus gourmandes en plastique. La réponse de L’Occitane ? Passer au plastique 100 % recyclé et supprimer certains emballages. La marque a aussi envisagé les matériaux biosourcés, avant de renoncer pour le moment. David Bayard, directeur du développement packaging de L’Occitane, raconte le chemin de son entreprise vers une production plus durable.

Pour 2025, vous visez une utilisation à 100 % de plastique recyclé pour vos flacons. D’où vient cet objectif ?

David Bayard : Cet objectif s’inscrit avant tout dans une continuité. Ce souci de protection de l’environnement était présent dès l’origine de L’Occitane. En 1976, Olivier Baussan, le fondateur, avait déjà mis en place un système de consigne. Aujourd’hui, on se concentre sur l’origine des matériaux qu’on utilise et leur fin de cycle. Nous avons choisi de passer à 100 % de plastique recyclé pour nos flacons en 2025, car ce sont les flacons utilisés pour nos shampoings, gels douche et laits pour le corps qui ont le plus fort impact. Ils représentent la moitié des 2 400 tonnes de plastique que nous utilisons par an. Nous ne voulions pas prendre un engagement faible : le 100 % a l’avantage de parler.

2025, c’est dans six ans, on ne peut pas aller plus vite ?

D. B. : Aujourd’hui, 30 % des plastiques de nos flacons sont déjà issus de matière recyclée. Pour passer au 100 %, nous comptons sur le recyclage chimique des plastiques. Et, pour le moment, même si notre partenaire Loop Industrie est l’un des plus avancés sur le sujet, cette technologie n’est pas encore industrialisée. À ce stade, les matériaux plastiques sont recyclés mécaniquement : ils sont triés, broyés puis transformés en granulés. Mais plus cette matière est recyclée, plus elle perd en résistance. Le problème est aussi esthétique : il est impossible d’obtenir de la transparence, ni des teintes vives. Le recyclage chimique consiste à dépolymériser la matière avec une solution chimique réutilisable. Les colorants et impuretés sont séparés pour ne garder que les monomères, les molécules de base. Ce procédé présente plusieurs avantages. Il est capable de recycler différents types de plastiques : des bouteilles, mais aussi du textile... et permet d’obtenir de la transparence. Et surtout il est infini, puisque la matière ne se dégrade pas. Il est également plus vertueux que le recyclage mécanique, car il ne nécessite pas de laver la matière pour la rendre propre.

Que change l’utilisation de cette nouvelle matière sur vos process de production ?

D. B. : Son introduction nécessitera de tracer scrupuleusement les approvisionnements de nos sept fabricants de flacons via des audits et des procédures de suivi, pour s’assurer que le flacon est bien en matériau 100 % recyclé. Il va aussi falloir procéder à de nouveaux essais pour vérifier que l’emballage ne détériore pas l’efficacité du produit, ni sa texture ou son odeur, et revoir nos dossiers réglementaires.

Travaillez-vous sur les matériaux biosourcés ?

D. B. : Nous avons été l’une des premières marques cosmétiques à utiliser des matériaux biosourcés de première génération, du polyéthylène à base de canne à sucre, en l’occurrence. Le problème reste que ces matériaux puisent sur des ressources alimentaires, qu’ils ont un impact sur les sols, et que certains ne sont pas recyclables. Il faut être précautionneux quand il s’agit de mesurer l’impact environnemental d’une nouvelle solution. Nous nous sommes donc détachés des premières générations de matériaux biosourcés, pour nous intéresser aux seconde et troisième générations, de sources non alimentaires : du plastique à base de bois – c’est durable si deux arbres sont plantés après en avoir abattu un – et du plastique à base d’algues. On explore ces alternatives mais, pour le moment, nous n’avons pas de projet précis sur lequel communiquer. On ne veut pas sauter sur ce qui pourrait paraître une bonne idée mais qui n’en est pas une.

Pourquoi ne pas envisager un changement plus radical : le zéro emballage, les produits solides ?

D. B. : Nous travaillons déjà à la réduction de nos emballages. Les écorecharges de flacon en sont un exemple. Elles permettent d’économiser 7 % de nos approvisionnements annuels en plastique. Les premières ont été introduites en 2008 ; aujourd’hui, il existe 15 références en écorecharge, et l’année prochaine nous en aurons 25. Nous explorons aussi d’autres solutions. À Berlin et Fribourg, en Allemagne, un système de recharge en magasin est testé depuis le mois de juin. Il faut s’assurer que cela est utilisé sur la durée et que la propreté est respectée, avant de généraliser cette offre. Pour le moment, les résultats sont plutôt positifs. Sur le solide, nous lancerons les shampoings solides.

Les coûts engagés doivent être énormes pour instaurer de tels changements… Mesurez-vous les bénéfices à la clé ?

D. B. : Nous ne souhaitons pas communiquer sur les coûts, mais ils ne sont effectivement pas anodins. Nous n’avons pas lancé cette démarche en visant un retour sur investissement absolu, nous l’avons lancée parce que ce sont nos convictions. Mais nous sommes convaincus que nos clients d’aujourd’hui et ceux de demain y trouveront du sens. Si c’est positif pour la nature, ça devrait l’être pour nous in fine. On s’attend aussi à séduire de nouveaux consommateurs. On le constate déjà avec les écorecharges. En deux ans, le volume des ventes a progressé de 65 %. C’est 10 fois plus que la croissance habituelle du marché.

Vous lancez de multiples projets. Comment l’organisation est-elle sollicitée ?

D. B. : Il faut que ces projets soient soutenus par la direction générale, et c’est le cas. Le plastique recyclé n’est pas une démarche centrée sur le département packaging, c’est devenu une démarche d’entreprise. Le projet est porté par les acteurs du marketing, de l’emballage, de la R&D…

Changer L’Occitane, c’est bien. Changer l’ensemble de l’industrie cosmétique, ça serait mieux. Travaillez-vous avec d’autres industriels ?

D. B. : Nous travaillons de manière indirecte avec les autres marques via nos fournisseurs. Mais nous n’avons pas encore d’approche multimarque pour le sourcing. Il est vrai que si chacun travaille dans son coin, on avancera moins vite, et il y a des choses qu’on ne pourra pas financer seul. C’est l’un des points sur lesquels le collectif cosmétique n’est pas encore en ordre de bataille.


Cet article est paru dans la revue 20 de L'ADN. Pour vous en procurer un exemplaire, cliquez-ici.


Commentaires

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  • Bravo à Occitane pour cette action de fond qui a du sens et qui est cohérente avec l'ADN de la marque.
    Cette article démontre plusieurs choses intéressantes :
    - innover sur le développement durable est difficile et demande l'implication de toute l'entreprise,
    - la nécessité de travailler sur toute la chaine : du matériau jusqu'au recyclage proposé dans les magasins,
    - tester en permanence de nouvelles solutions auprès des clients,
    Laurent du blog Innover Malin