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Série Silicon Valley HBO

Petit lexique disruptif des mots de la tech

Le 10 sept. 2018

Comme tout microcosme de geeks qui se respecte, la Silicon Valley a généré au fil des ans un jargon particulièrement coloré et incompréhensible. On ne parle pas ici du langage classique des codeurs, qui est déjà bien gratiné, mais celui des entrepreneurs qui se battent pour lancer et faire vivre leur startup. Bienvenue dans leur univers impitoyable.

Votre startup disruptive a déjà effectué son pivot et est passée en stealth mode par l’intermédiaire d’un hackathon pouvant valoriser le dogfooding ? Alors vous n’avez pas vraiment besoin de lire cet article (même si cette phrase ne veut rien dire). Pour tous les autres, voici un petit cours de rattrapage pour mettre à jour votre argot de tech entrepreneur.

Disruption

On commence avec les plus simples. Ce terme de plus en plus utilisé en France désigne l’arrivée d’une innovation technique qui change complètement la donne et peut révolutionner tout un pan industriel ou économique. Le terme est complètement galvaudé aujourd’hui, mais il faut savoir qu’il reste une invention française. Il a été imaginé par le publicitaire Jean-Marie Dru pour le compte de l’agence TBWA en 1992. La marque, qui a été déposée, désignait alors une « méthodologie créative ».

Hackathon

Composé du mot « hack » et « marathon », le hackathon consiste à réunir une centaine de codeurs designers ou graphistes, pendant 24 à 48h en leur demandant de plancher sur un sujet et d’imaginer la solution idéale. Dans la réalité, les hackathons sont de plus en plus synonymes de « pièges à cons ». En mars 2018, le magazine Wired tirait la sonnette d’alarme en concluant que les institutions profitaient largement de ce système en faisant travailler gratuitement des jeunes professionnels en échange de réseau, d’un peu d’argent et de pizza froide.

Unicorns

On connaît tous les licornes, ce superbe animal kitsch qui fait le bonheur de l’esthétique seapunk sur le web. Dans le milieu de la tech, la licorne désigne plutôt la startup qui connaît une valorisation financière de plus d’un milliard de dollars. La spécialiste du capital risque qui est à l’origine du terme, Aileen Lee, estime que les startups de ce type sont extrêmement rares et comptent pour 0,1 % des boites dans lesquels les fonds d'investissement misent. Les entreprises comme Dropbox, Xiaomi, Snapchat, SpaceX, Pinterest ou encore BlaBlaCar, sont considérées comme des licornes.

Crunch time

Il s’agit du moment crucial ou une application est en phase finale de développement. Cette dernière étape se fait généralement dans les larmes et le sang à coup de nuits blanches successives, de nourriture douteuse et d’hygiène corporelle passant au second plan. Il n’y a pas que le monde de la tech qui est concerné. Au cours de l’année, le magazine Canard PC et le média en ligne Mediapart avaient révélé les modes de fonctionnement de l’industrie du jeu vidéo et l’usage continus des crunch times pour accélérer les temps de développement au mépris de la santé des codeurs.

Le growth hacking

Il s’agit d’une philosophie consistant à gagner en croissance ou en audience très rapidement. L’idée de base est d’employer des moyens détournés pour éviter de passer par de coûteuses campagnes marketing. L’une des principales techniques consiste à infiltrer un réseau social ou un site déjà existant pour se faire de la publicité gratuitement. L’exemple typique est celui d’Airbnb qui a publié ses premières annonces sur le site Craiglist ou bien de FarmVille qui à chaque réussite des joueurs publiait un message sur leur mur Facebook.

Dogfooding

Il s'agit d'une pratique qui consiste à utiliser sa propre technologie ou son offre de service en interne à des fins de test. L’expression date de 1988 et nous vient de Paul Maritz, un exécutif de Microsoft qui désespérait de voir les produits de sa boite boudés par le public. Il indiquait dans un mail qu’il fallait « manger sa propre pâtée pour chien » pour essayer les logiciels. Aujourd’hui, l'expression désigne plus une attitude consistant à utiliser les produits maisons à des fins d’images et de communication.

Stealth mode

Une expression empruntée au vocabulaire militaire et qui désigne ce moment durant lequel les startups développent leur produit sans communiquer dessus. L’idée est d’éviter de se faire piquer l’idée par la concurrence. C’est pendant cette période que les entrepreneurs utilisent des mots de code étranges comme par exemple "Purple" ou "Dulcimer" qui désignent respectivement le tout premier iPhone et le premier iPod.

« This changes everything »

La phrase que vous allez inévitablement entendre pendant la keynote annuelle d’une entreprise et qui est censée décrire les effets disruptifs d’un nouveau produit. En général, cette expression est un fieffé mensonge...

Bus factor

Il s’agit d’une référence au nombre de personnes dont la disparition soudaine, à cause d’un accident de bus, causerait la mort d’un projet. Dans les faits, on utilise le bus factor pour déterminer quels sont les codeurs  indispensables au bon développement d’une application.

Le « Uber de... »

Expression pour désigner une startup n’ayant pas une idée très originale mais qui se veut aussi diruptive qu’Uber. On peut donc décliner cette expression à l’infini avec des exemples aussi drôles que « l’Uber de la nourriture pour chat », « l’Uber, des couches pour adultes », « l’Uber, des services funéraires »...

Un code ninja

Un ingénieur informaticien qui est capable de coder dans n'importe quel langage et qui serait la cible parfaite des recruteurs.

Vaporware

Logiciel prétendument révolutionnaire dont la date de sortie est continuellement reportée pour la simple et bonne raison que personne ne s’occupe de son développement.

Pivot

C’est le moment critique dans la vie d’une startup ou ses dirigeants se rendent compte que le concept de base ne fonctionne pas et décident de partir dans une autre direction tout en capitalisant sur le travail déjà accompli. L’un des exemples typiques reste Twitter, qui avant l'arrivée d'iTunes en 2005 s’appelait Odeo et permettait aux utilisateurs de chercher et s'abonner à des podcasts. Donc a priori, rien à voir avec une plateforme de microblogging...

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