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“Mutualisons le risque”, une rencontre avec Adrien Couret

Dans cet entretien avec Adrien Couret, Directeur général d'Aéma groupe, nous avons cherché à comprendre quels rapports le monde de l'assurance entretient avec le risque, ses différentes natures, et les manières de l'adresser collectivement. Morceaux choisis, et interview complète en vidéo.

À quoi vous fait penser la notion de risque ?

Forcément, je ne peux pas m'empêcher de raisonner en assureur. Avec le risque, il y a une forme d'aventure personnelle, mais quand je suis dans la rue, autour de moi, je vois des gens qui sont en voiture, qui conduisent, qui peuvent avoir des accidents. Je vois des gens qui habitent dans des maisons et qui ont besoin d'être couverts par rapport à ça.

Et le prisme qu'on a quand on regarde le risque comme un assureur, il est forcément différent, parce qu'on voit le risque comme quelque chose de collectif. Je vais vous donner un exemple, quelqu'un qui conduit sa voiture et qui a un accident très grave, s'il n'est pas protégé ou s'il doit se protéger seul, s'il doit prendre son risque seul, ça peut potentiellement lui coûter des millions d'euros. En revanche, s'il s'inscrit dans une communauté, dans un sociétariat pour une mutuelle, de gens qui s'assurent ensemble, et bien, ce risque-là devient prenable pour lui.

Mais pourquoi ? Parce qu'il y a cette dimension collective qui est prise et qui est portée. C'est forcément mon filtre, un filtre qui est professionnel, mais personnellement aussi, ça dit beaucoup de choses de la façon dont on peut vivre en société et donc qu'on peut se protéger collectivement.

C'est pour ça que la notion de risque, c'est une notion qu'il faut aborder extrêmement positivement, parce qu'elle nous amène à nous dire "mais comment on se protège ensemble et comment on se donne la liberté presque de ne plus avoir à y penser ? "


Visionnez l'interview complète en vidéo :


En tant que dirigeant d’entreprise, comment avancez-vous dans un monde de risques ?

Avancer dans un monde de risque, c'est avancer dans un monde où on ne fait pas des paris fous et où on accepte de s'ajuster en permanence en tenant compte des facteurs qui nous entourent. En écoutant les personnes qui nous complètent finalement dans notre vision, sachant que notre vision est toujours limitée.

Et cela va nous permettre de cheminer pas à pas, parce que le monde qui nous entoure, c'est un monde de risques, mais c'est aussi un monde d'incertitude et c'est un monde où, finalement, on est aussi ramené à ses propres limites.

Comment être confiant alors qu’on prend des risques ?

L'expérience est quelque chose d'absolument fondamental dans l'appréciation du risque. Si je parle en tant qu'assureur, c'est une évidence. Quand quelqu'un vient nous voir et dit "je veux prendre une assurance chez vous", en réalité, on ne le connait pas. Est-ce que c'est un bon conducteur, un mauvais conducteur ? Est-ce que c'est quelqu'un qui se conduit bien dans sa vie, a des attitudes responsables ? On n'en sait trop rien, mais parce qu'on a derrière nous des années, des dizaines d'années d'expérience sur les comportements des personnes, et parce qu'on est capable de l'accueillir dans une communauté d'assurés, de sociétaires, d'adhérents de plusieurs centaines de milliers, voire de millions de personnes, et bien, l’expérience nous permet de porter les choses.

Je pense que c'est pareil également sur le plan individuel. Les expériences que l'on a nous permettent d'ajuster nos comportements, de dévier les situations, et surtout cette expérience n'est pas qu'une expérience personnelle. Dans des collectifs - et on travaille toujours dans des collectifs - en réalité, l'expérience des autres c'est aussi une façon d'accélérer, de compléter parfois la vision un peu partielle et biaisée des choses que l’on peut avoir.

Dans l'appréciation du risque, le principal danger, c'est de penser qu'on a eu, soi-même et seul, la bonne et vraie perception. Alors, soit on a l'expérience de l'histoire, soit on a le regard des autres qui permet d'avoir la vision complète et d'avoir une approche très mature du risque.

Comment anticipez-vous les nouveaux risques auxquels vont être confrontés les Français ?

C'est un sujet qui est essentiel et effroyablement compliqué et je vais essayer peut-être d'apporter deux pistes. La première, c'est quand même qu’en tant qu'assureur, nous sommes aux premières loges du changement climatique. Les sécheresses, les coups de vent, les orages, les problématiques de santé qui sont liées aussi au fait qu'il y a de la pollution, tout ça, ça fait des années que nous le voyons et nous le vivons.

En 30 ans, la charge de sinistres que l'on indemnise, que l'on règle, liée aux éléments climatiques, elle a été multipliée par deux ou par trois. Ce n'est pas fini, et ce sont des choses sur lesquelles on alerte les pouvoirs publics parce qu'il y a peut-être un risque demain pour que des Français qui vivent dans telle ou telle zone du territoire, ou qui sont exposés à tel ou tel risque, peut-être ne puissent plus s'assurer.

Et il y a des réponses à ça en assurance. Depuis 40 ans par exemple, il y a ce qu’on appelle le régime catastrophes naturelles qui existe, et qui en fait, crée une mutualisation à l'échelle de tout le territoire sur certains types de risques. Vous habitez un appartement, par exemple à Paris, au dernier étage. Dans votre contrat d'assurance, il y a une petite partie de la cotisation qui est mutualisée pour prévenir le risque de celui qui habite au bord de la mer, et qui peut-être tous les 3 ou 4 ans voit sa maison qui est prise par les eaux.

Et ce que je crois sur cette question de la protection, c'est que c'est un vrai exemple pour se couvrir des autres grands risques qui viennent, et qui sont aussi des grands risques de la modernité. Un dispositif comme celui-ci, on pourrait le mobiliser sur un risque pandémique, on pourrait le mobiliser sur un risque cyber, etc. Donc moi j'insiste beaucoup là-dessus, se couvrir collectivement sur ces grands risques et la transition écologique, le dérèglement climatique - c'est un grand risque - va supposer d'inventer et de construire des solutions ensemble entre le secteur privé et le secteur public.


Cet entretien est issu de « L'Amour du Risque » , un dossier complet réalisé par L'ADN en collaboration avec le groupe Aéma. Pour accéder aux autres contenus qui le composent, c'est par ici !

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