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Des fruits qui flottent dans l'espace
© ivan101

L’entreprise qui voulait changer l’économie… avec des jus de fruits

Le 23 sept. 2019

On a tendance à beaucoup miser sur les grosses entreprises pour changer les modèles de consommation… et pourtant, les plus petites ont de vraies leçons à donner.

Sofia de Meyer a grandi en Suisse. Après un parcours académique sans faute et une licence de droit obtenue à Londres, elle opte naturellement pour le monde juridico-légal. Pas folichon sur le papier, et loin d’être à la hauteur des ambitions de celle qui a plutôt envie de mettre son talent au service d’une économie respectueuse de l’humain et de la nature, que d’une boîte spécialisée dans les fusions-acquisitions.

Au bout de 7 ans, changement radical : elle lance son entreprise dans l’éco-tourisme. Mais au bout de 4 ans d’exercice, alors qu’elle veut proposer à ses clients des jus de fruits bio, locaux, et sans gaspi, elle se rend compte que le produit parfait n’existe pas.

La solution ?

Le créer.

Pas de chichis ni de gâchis

En 2009, Sofia de Meyer lance donc Opaline. La promesse de ces jus de fruits bio et locaux ressemble a priori à beaucoup d’autres : proposer des jus et limonades naturels issus de fruits provenant à 95% d’un rayon de 25 km. Bon, le local, c’est beau, mais ce n’est plus si nouveau. Là où Sofia de Meyer innove, c’est qu’elle repense complètement la chaîne de valeur de ses produits.

L’année dernière, Opaline a utilisé plus de 500 tonnes de fruits. Et n’imaginez pas les jolies pommes bien rondes et lisses qu’on nous vend dans les supermarchés. Non, Sofia de Meyer utilise des fruits qui, selon ses dires, ne correspondent pas vraiment aux diktats de la beauté de la grande distrib’. « Refuser de valoriser ces produits hors normes, c’est contribuer au gaspillage alimentaire », expliquait-elle sur la scène de la Convention APM le 19 septembre 2019.

Moins de déchets, moins de sucre, et beaucoup d’énergie durable

Avec l’objectif de proposer de réelles alternatives aux produits industriels, Sofia de Meyer repense par exemple la recette de la limonade. « Nous y intégrons 40% de jus de pommes pour valoriser celles-ci, réduire les déchets, et réduire la quantité de sucre ajouté », se félicite-t-elle. Moins de déchets, c’est par exemple utiliser la pulpe des fruits pour la transformer en biogaz. Par ailleurs, toute la ligne de production d’Opaline fonctionne à l’énergie solaire.

Puiser dans la nature les ressources d’un nouveau modèle économique

« J’ai vécu à Londres, pour une entreprise taillée pour le modèle d’économie mondialisée, reposant sur l’optimisation des profits, se souvient-elle. Dans cette quête d’optimisation, on a tendance à standardiser les processus pour atteindre une économie d’échelle. Puis on finit par se standardiser soi-même. » Selon elle, c’est l’origine d’une perte de sens généralisée, mais pas que. « On perd conscience de notre rôle, mais aussi de notre lien à la nature. Or ce lien à la nature contient tout ce qu’il faut pour repenser nos modèles économiques », analyse-t-elle.  

Avec l’idée que dans la nature, chaque organisme vivant a sa place et peut être valorisé, Sofia de Meyer s’assure qu’il en soit de même chez Opaline. La marge est équitable, afin que chaque agriculteur qui participe au projet soit justement rémunéré, et que chaque épicier partenaire puisse vendre un produit qui a du sens. Niveau gouvernance, pas de titre hiérarchique entre les 12 salariés de la société. Les responsabilités sont directement liées aux projets et aux actions. Le fameux modèle de l’entreprise libérée, sauf qu’ici… il fonctionne : « En 10 ans, il n’y a eu aucun congé maladie. Pas besoin de faire des heures sup. Et pour le recrutement, ce sont en général les talents qui viennent nous voir. » 

Pas un projet pour la grande distribution

Si on la questionne sur la mise à l’échelle, Sofia de Meyer est lucide : elle sait que son produit n’est pas fait pour la grande distrib’. Plutôt que d’aller à la rencontre des grosses chaînes de supermarchés, elle a préféré se concentrer sur un réseau, plus restreint, de cafetiers, restaurateurs et épiciers dont les valeurs correspondaient aux siennes. Aujourd’hui, ils représentent tout de même 2 500 points de vente indépendants, ce qui a permis à Opaline de passer le million de bouteilles vendues l’année passée. Et quand Sofia de Meyer le raconte, on sent que c’est une sacrée fierté.

Consommer, cet engagement militant.

« Ce million de bouteilles, c’est un million de votes, se réjouit-elle. C’est un million de oui pour cette nouvelle économie. » Elle en est aujourd’hui convaincue : consommer est un engagement presque militant. Choisir des produits alternatifs, c’est permettre de créer un nouveau genre de lien entre les marques et les citoyens et citoyennes. En ce qui la concerne, Sofia de Meyer a choisi de renforcer notre lien à la nature. « Nous avons créé la Fondation Opaline en 2018, afin de collaborer avec les agriculteurs pour replanter des arbres fruitiers, mais aussi avec des ornithologues et des apiculteurs pour créer de vrais lieux de diversité. » Au programme de la Fondation : des ateliers pour les plus petits (et les grands aussi) sur différents thèmes, comme l’apiculture ou la floraison selon les saisons.

L’histoire est belle et fait rêver. Un autre monde est-il vraiment possible grâce aux petites entreprises ? Sofia de Meyer n’est évidemment pas seule à vouloir changer la donne à son échelle. Et c’est peut-être là, l’enseignement le plus important : plutôt que de vouloir que les grands de l’industrie changent de A à Z, il est peut-être temps de s’intéresser aux initiatives plus confidentielles, mais nettement plus durables sur le long terme.

Commentaires

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  • c'est très bien mais moi j'ai arrété le sous de fruits, c'est mauvais pour la santé.
    Le plus écologique c'est pas de produire des jus bio mais d'arrêter de produire des trucs qui ne servent à rien… comme les jus de fruit (ou l'eau minéral).