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Des carottes abimées
© serggn via GettyImages

Arguments healthy et petits prix, on a rencontré la communauté des anti-gaspi

Le 12 sept. 2019

Avec 155 kilos de nourriture jetés chaque année par habitant en France, le gâchis alimentaire est un problème de taille que les anti-gaspi sont bien décidés à résoudre.

1,3 milliard de tonnes. C’est la quantité de nourriture jetée à la poubelle dans le monde chaque année. Les pertes alimentaires sont responsables de 8% des émissions de CO2 imputables à l’activité humaine. Si le gaspillage était un pays, ce serait le 3e plus gros pollueur mondial derrière la Chine et les États-Unis.

Face à ce constat effarant, la communauté des anti-gaspi s'organise. Consommateurs et commerçants s'unissent : via l’application Too Good To Go, les distributeurs peuvent brader leurs invendus pour éviter qu’ils finissent à la poubelle. De leur côté, les consommateurs anti-gaspi récupèrent des paniers surprise à prix réduits. Économique et écolo donc.

Pour Maureen, étudiante de 23 ans, c'est « la possibilité de faire un geste avec un vrai impact à l’échelle nationale » qui l'a poussée à franchir le pas. Elle rappelle qu'« en France, l’application a déjà sauvé 8 millions de repas. C’est encourageant. » De son côté, Justine, 36 ans et fonctionnaire en Picardie, explique que l'application s'inscrit dans une démarche plus globale. « J’étais déjà habituée à acheter des produits proches de leur date de péremption. J’ai un potager et des poules. Je pratique beaucoup le "fait maison". Je fais de la récup’ et du recyclage. Too Good To Go est un moyen d’aller encore plus loin dans mon engagement. » 

Sortir de la logique « acheter pour jeter »

L’application anti-gaspi a complètement modifié la façon de consommer de certains Too Good To Goers. Roxanne, 25 ans, hôtesse de caisse dans le Doubs, raconte qu'elle a téléchargé l'application pour en finir avec le sentiment désagréable d’être constamment dans la surconsommation. « Je faisais mes courses une fois par mois. Souvent, je prévoyais beaucoup trop et je finissais par jeter des fonds de pots de sauce tomate entamés ou de la crème fraîche que je n’avais pas eu le temps d’utiliser, explique-t-elle. Grâce à l’application, j’achète globalement moins et donc je jette beaucoup moins. »

Une loi pour réduire le gâchis alimentaire

Sur le papier, le concept a tout pour plaire. Pourtant, certaines critiques s'élèvent. En cause : les applications anti-gaspi seraient surtout anti-sociales, et réduiraient le nombre de denrées de consommation distribuées aux associations. Il faut dire que depuis 2016, la France impose aux supermarchés de donner ou transformer les invendus propres à la consommation humaine. Les produits impropres à la consommation doivent quant à eux être valorisés en compost ou en énergie.

Sauf qu'en réalité, c'est plus compliqué. Pour les encadrer, la Direction Générale de l’alimentation a édicté un guide des bonnes pratiques d’hygiène pour les dons alimentaires. Sont donc exclus du don les produits comme les crustacés, les pâtisseries à base de crème, et les steak hachés – même sous emballage. Autant de produits qui peuvent en revanche être vendus via l'application.

De plus, la loi ne concerne que les grandes surfaces de plus de 400m2. Pourtant, Chikh, primeur à Paris, l’assure : « tous les commerces ont des invendus, peu importe leur taille. » Sa boutique, qui regorge de fruits et légumes frais, fait partie de ces petits commerces qui peuvent difficilement donner leurs produits à des associations. Depuis près d’un an, il vend donc des paniers anti-gaspi sur l’application. Et il l’affirme, la démarche permet de réduire sensiblement le gâchis dans son commerce.

L'anti-gaspi, c'est aussi healthy

Sauver des aliments du vide-ordures ne veut pas dire manger comme une poubelle. Bien au contraire. Depuis qu’elle utilise Too Good To Go, Roxanne avoue même mieux manger. « Avant j’achetais des snacks, des bonbons, des "cochonneries". Maintenant, chez moi, on ne consomme ce type de produit que lorsqu’on en récupère dans les paniers. En achetant des invendus dans des boulangeries, on collecte aussi des pâtisseries, donc on n’achète plus de gâteaux industriels. »

Récupérer les invendus permet aussi de mieux manger sans casser son porte-monnaie. « Il y a pas mal d’étudiants qui viennent récupérer nos paniers de fruits et légumes. » ajoute Chikh.

Surprise, surprise

Le concept de Too Good To Go repose sur le principe de la surprise. Impossible pour les consommateurs de savoir ce qu’ils vont trouver dans leur panier avant de se rendre en magasin. Un aspect ludique qui plaît à Justine. « Quand on ne sait pas quoi cuisiner, on achète un panier-surprise et on complète avec d’autres aliments pour faire un repas », raconte-t-elle.

Mais la surprise n’est pas adaptée à tous les modes d’alimentation et de vie. Ceux qui ne mangent pas de viande, pas de gluten, pas de gras… peuvent se retrouver avec des aliments qu’ils ne consomment pas. Et face à un aliment qu'on a en horreur, on peut vite oublier ses bonnes intentions.

Mais là encore, pas question de gaspiller. Les Too Good To Goers ont leurs techniques. Il y a ceux qui préfèrent laisser en magasin les produits non désirés pour qu’ils puissent être donnés à un autre client anti-gaspi. Il y a ceux qui préfèrent donner à leurs proches. Et enfin, il y a ceux qui font appel à la communauté, très active sur Facebook.

La communauté de l’anti-gaspi

Spontanément, ces consommateurs anti-gaspi se sont réunis dans des groupes Facebook liés à l’application. Juste après l’avoir téléchargée, Justine a décidé de créer un groupe Facebook pour son département. Comme sur les autres groupes régionaux, les membres y partagent leurs expériences et leurs bons plans, échangent des produits et livrent leurs meilleures recettes anti-gâchis. Outre le côté utilitaire, la communauté en ligne permet aussi aux membres de mesurer l’ampleur de leurs actions comme le raconte Maureen : « Les gens postent des photos de leurs paniers, ça me permet de me rendre compte de tout ce qui est accompli. »

Les utilisateurs les plus fervents peuvent devenir ambassadeurs de Too Good To Go. C'est le cas de Maureen et Justine qui ont choisi de porter les couleurs de l’application sur le terrain. Leur mission : aller à la rencontre des commerçants de leur quartier pour parler anti-gaspi et leur expliquer le fonctionnement de l’application. Un rôle de représentantes qu’elles avaient déjà entamé avant d’être officiellement contactées par Too Good To Go. 

Justine a d'ailleurs l'ambition de créer une communauté dans la vie réelle également. « J’ai pour projet d’organiser une rencontre avec les membres de la communauté de mon département. Pour qu’on puisse échanger en vrai, apprendre à se connaître, et sensibiliser plus de gens au gaspillage alimentaire. » La communauté des anti-gaspi se mobilise donc on et off line.

Faire évoluer les mentalités sur la date de péremption

Même au sein des groupes Facebook d’utilisateurs, une bonne dose de sensibilisation à l’anti-gaspi est nécessaire. « On peut faire face à des personnes qui ne sont pas à l’aise avec l’idée de recevoir des produits dont la date limite de consommation est le jour même », raconte Roxanne, administratrice du groupe de sa région.

D’après Too Good To Go, la confusion entre les mentions « à consommer jusqu’au » (DLC) et « à consommer de préférence avant » (DDM) est responsable de 20% du gaspillage alimentaire dans les foyers français. Les commerçants anti-gaspi peuvent donc proposer des produits dont la DDM est dépassée, sans que ce ne soit dangereux pour la santé. En effet, celle-ci indique simplement que les qualités gustatives du produit peuvent être modifiées. Pour éviter que l'incompréhension persiste, les ambassadeurs sont là pour rassurer les sceptiques.

Leur recommandation finale en cas de doute ? Faire appel à nos sens, plutôt que de lire les étiquettes !

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