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Des jeunes gens autour d'une tablette numérique

Thales : « ce ne sont pas les jeunes qui vont rentrer le moule, c’est le moule qui doit évoluer »

Le 13 sept. 2018

Certains mythes ont la peau dure, et celui qui veut que les grands groupes soient incapables d’innover en fait partie. Alors quand Thales a annoncé faire un tour de France avec sa Digital Factory, ça nous a intrigués. L’ambition affichée ? Accélérer la transformation digitale du groupe. Et donc former les 65 000 personnes qui y travaillent aux outils, mais aussi à la culture numérique !

Rien d’évident… Car d’autres mythes ont la peau dure. Comme celui qui veut que les jeunes et les nouveaux usages ne valent pas le coup de bousculer des habitudes parfois bien ancrées.  

Pas de quoi freiner l’enthousiasme des équipes de Thales, et c’est sous l’impulsion directe de son PDG Patrice Caine que l’entreprise a entamé un virage décisif.

150 millions d’euros en 3 ans

Parce que faire bouger les choses n’a rien d’aisé, le soutien de la direction est important. Jean-Yves Plu, Vice-President Digital Eco-system, explique en ce sens que la Digital Factory a été lancée dans de bonnes conditions.

Ces conditions, ce sont notamment 7 milliards d’euros investis en acquisition de sociétés innovantes depuis 2014, et un plan de 150 millions d’euros sur 3 ans pour soutenir la Digital Factory. « Nous avons tout créé : au démarrage il y a un an, nous étions 10 et aujourd’hui, nous sommes 220 ». Au sein de la structure, principalement des jeunes, dont les parcours sont aussi divers que les origines.

Leur mission : faire prendre conscience que les anciens modèles ne sont pas toujours les bons – sans les décrier, mais en montrant l’exemple pour les transformer. « C’est véritablement notre challenge. Les collaborateurs doivent non seulement appréhender les nouvelles technologies et la culture numérique qui va avec, mais petit à petit les intégrer à leur quotidien. Il y a encore du travail ! »

Du digital naive au digital native

L’objectif du Tour de France était de lancer officiellement la Digital Academy, l’une des branches de la Digital Factory. « Nous voulons que les personnes développent leurs compétences digitales. Cela passe par une adoption des nouveaux outils, mais aussi – et surtout – de la culture digitale, de nouvelles façons de travailler, de nouvelles valeurs et de nouveaux business models permis par le numérique ». Les équipes ont élaboré des parcours personnalisés et ludiques à travers 11 ateliers, présentés sur les différents sites du Groupe. Première étape : déterminer le profil digital de chacun… avec un quiz façon « magazine de plage » ! Ainsi, si le « cloud » vous fait penser à « Cloud François », vous êtes a priori un digital naive… Et si vous avez une aversion pour les réseaux sociaux, un digital rebel…

quiz pour connaître son profil digital

« Ça n’a rien de scientifique, c’est surtout un prétexte pour engager une discussion ». La démarche porte ses fruits puisqu’au total, ce sont environ mille personnes, tout profils et générations confondus qui ont participé aux ateliers personnalisés. Parmi les activités proposées, deux participants pouvaient endosser les rôles d’un hacker et d’un défenseur – l’un ayant pour objectif de pénétrer un système, l’autre de le défendre – pour un jeu d’énigmes ; d’autres dispositifs mesuraient la création (ou destruction) de valeur selon que l’on travaille en collaboration ou en compétition…

Attirer les jeunes… et les garder

Au-delà des outils numériques, Jean-Yves Plu insiste sur l’importance de consolider la culture numérique. « Pour promouvoir un changement auprès de nos clients, nous devons faire évoluer notre culture interne », explique-t-il. « Comment vendre du big data si nous ne maitrisons pas parfaitement l’exploitation de nos propres données en interne ? Comment demander à nos clients de travailler en écosystème si nous-même n’adoptons pas une démarche collaborative ? Il y a un effet miroir très fort entre l’expérience que nous proposons à nos clients et notre façon de travailler ». Encore une fois, l’idée n’est pas de stigmatiser des process établis. « Mais aujourd’hui, si nous voulons être réactifs, attirer des jeunes et les garder, il faut comprendre les nouveaux usages ».

Selon lui, les plus jeunes ne sont pas attentifs aux mêmes sujets, n’ont pas les mêmes envies que les générations précédentes. « Il faut adapter notre culture à celles des générations Y et Z : ce ne sont pas elles qui vont rentrer le moule, c’est le moule qui doit évoluer ». Il admet qu’il peut y avoir, en interne, quelques hostilités vis-à-vis du projet. « Certains pensent que ce n’est qu’un effet de mode. Mais la façon dont on aborde le sujet permet d’acculturer les plus anciens pour leur donner envie de bouger ».

 

Next step : on implémente

Évidemment, l’idée n’est pas de s’arrêter à l’expérimentation. « Le but est vraiment de les faire réfléchir à ce qu’ils peuvent faire de ces éléments au quotidien ». Dans un second temps, la Digital Factory va développer une plateforme de jeux en ligne qui permettront aux équipes de retrouver un parcours d’apprentissage personnalisé. E-learning, ateliers, masterclasses, conférences… le tout jalonné par un certain nombre de contenus et d’expériences. La première étape, c’est de comprendre. Puis de maîtriser et d’appliquer au quotidien. Enfin, la dernière brique, c’est de se rendre compte de l’impact qu’ont les outils et la culture au-delà de son propre niveau, c’est-à-dire dans l’environnement global. « C’est un projet d’ambition mais on y travaille d’arrache-pied. D’ici fin 2019, on aimerait le déployer auprès de tous les collaborateurs ».


Crédit photo : Getty Images

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