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Une barre chocolatée Mars

Mars décide de ne plus tromper les consommateurs avec ses étiquettes

Le 8 mars 2018

Alors que les associations militent pour de meilleures informations sur les packagings, Nestlé, Coca-Cola, Unilever, Mondelez et PepsiCo n'en font qu'à leur tête. Mars se désolidarise et montre la voie.

Avec l’objectif de défendre les consommateurs et consommatrices en matière d’alimentation, l’association foodwatch met en lumière les pratiques néfastes des acteurs de l’industrie – et se bat pour que des normes lisibles soient imposées afin de faciliter la compréhension des étiquettes.

Un combat décrié depuis des années par un groupe d’irréductibles – surnommé les « Big 6 » et composé de Mars, Unilever, Mondelez, PepsiCo, Coca-Cola et Nestlé –, qui n’ont aucun intérêt à fournir des informations qui risqueraient d’alerter le grand public. Pas frileux, les Big 6 ont tout bonnement décidé de développer leur propre logo – qu’ils n’hésitent pas à qualifier « d’évolué ». Le système fonctionne par couleurs… et par portions, ce qui entraînerait des notes « positives » même pour les produits dont la composition est très élevée en sucres ou en sel. « Nous avons dénoncé ce projet, qui est une claire tentative de désinformation », s'insurge Mégane Ghorbani, responsable de campagnes chez foodwatch. « C’est totalement fantaisiste ! »

D’autres logos existent, à l’instar du Nutri-Score. Pensé par le Professeur en épidémiologie Nutritionnelle Serge Hercberg et ses équipes, il se compose de 5 couleurs et lettres, apposées sur la face des emballages, afin d’informer sur la qualité nutritionnelle du produit. « Nous avons développé le Nutri-Score dans le cadre d’un rapport commandé par la Ministre Marisol Touraine ». Précision d’importance : le rapport se base sur de nombreux travaux scientifiques. « Nous insistons beaucoup là-dessus : le logo n’est pas conçu de façon arbitraire – il a été testé de façon virtuelle, mais aussi en situation grandeur nature et remporte tous les tests d’efficacité ».

Une efficacité qui se mesure non seulement par la compréhension qu’en ont les consommateurs et consommatrices, mais aussi en termes d’achats : lors des tests, les paniers étaient majoritairement composés de produits équipés du Nutri-Score – et donc plus sains. « L’idée est non seulement de mieux informer le consommateur et de lui permettre de comparer les produits entre eux, mais aussi d’instaurer une compétition nutritionnelle. Cette transparence doit inciter les industriels à reformuler leurs produits en retirant du gras, du sucre ou du sel ». Depuis que le logo a été proposé, 33 industriels se sont engagés à l’adopter – et confient avoir commencé à repenser la formule de leurs produits.

Problème : l’adoption de ce logo se fait sur la base du volontariat… C’est pourquoi Mégane Ghorbani juge important de se positionner comme un contre-pouvoir de l’industrie agro-alimentaire afin d’inciter le plus grand nombre à faire preuve de responsabilité. « Les groupes n’hésitent pas à induire volontairement les consommateurs et consommatrices en erreur ». Elle regrette que, dans le système actuel, il faille parfois se munir d’une loupe et avoir de solides connaissances en nutrition pour comprendre ce que l’on mange…

Depuis de nombreuses années, l’ONG mène d’ailleurs une campagne de fond, baptisée Arnaque sur l’étiquette. « Il y a une contradiction entre le marketing des fabricants et la réalité du produit. Si la société civile n’agit pas, nous pourrions voir apparaître des logos qui ne représentent pas la réalité : il faut dénoncer ces pratiques ! »

Mais faire pression sur les industriels, est-ce que ça marche vraiment ? « Mars a officiellement quitté les rangs des Big 6 – qui sont donc devenus les Big 5 - le 1er mars 2018, et nous nous en réjouissons ». Le groupe a - enfin- admis qu’un logo nutritionnel par portion était peu crédible.

« Maintenant, il faut que les autres suivent »… et que les gouvernements s’y mettent. Car les logos nutritionnels sont adoptés au niveau européen, et peu de personnalités politiques s’expriment sur la promotion – ou sur une éventuelle obligation - du Nutri-Score.

Le déploiement du Nutri-Score va s’accompagner d’une grande campagne de communication à l’initiative de l’Agence de Santé Publique afin de sensibiliser l’opinion à ce sujet. « Mais ça demande un peu de temps : les entreprises qui se sont engagées doivent réimprimer leurs emballages, et ne nous voulons pas communiquer trop tôt », explique Serge Hercberg. Il promet « un accompagnement pédagogique qui va monter en puissance, et pourrait convaincre de nombreux groupes à adhérer au système ». Rendez-vous en mai !

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