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Une entreprise a créé un faux compte Twitter et volé des photos pour vendre son produit

On a trouvé la pire opé de community management de l'année !

Le 19 sept. 2018

C’est l’histoire d’une marque qui a cru qu’il serait de bon ton de créer une influenceuse de toutes pièces, de lui inventer une histoire horrible, et de voler les photos d’une travailleuse du sexe. Ambiance.

Lorsqu’elle s’inscrit sur Twitter en juin 2017, @ashleyeats – dont le compte a depuis été supprimé – se présente comme « une accro aux donuts et aux milkshakes ». Elle poste quelques photos de ses repas - toujours très caloriques et dégoulinant de gras - et des sucreries qu’elle ingurgite. De quoi se constituer une bonne petite communauté d’aficionados de junk food en tout genre.

L’histoire pourrait s’arrêter là, mais les équipes de Motherboard ont débusqué derrière le compte une sombre affaire de Dark RP.

Fétichisme sexuel à base de gavage

Son premier vrai tweet, « Ashley » le publie plus d’un an après la création du compte, le 15 septembre 2018. Elle y révèle avoir subi une relation toxique. Sa communauté réagit : près de 80 000 retweets et plus de 341 000 likes plus tard, la conversation devient virale.

Une jeune femme raconte sur Twitter avoir subi une relation abusive

 

Au fil de la discussion, on apprend que son ex petit-ami était un feeder. Pour celles et ceux qui n’auraient aucune idée de ce que ça veut dire, le terme désigne les personnes qui nourrissent à l’excès leurs partenaires sexuels (les feedees). N’étant elle-même pas une adepte, elle explique avoir souffert d’un comportement abusif. Les démonstrations de soutien sont au rendez-vous – preuve s’il en est besoin que les réseaux sociaux peuvent parfois s’avérer être un réel support pour celles et ceux qui en ressentent le besoin.

Photos volées et promo ratée

La conversation enfle et de nombreux twittos reprennent l’histoire d’Ashley. Et ce, alors même qu’il apparaît peu à peu qu’il ne s’agit là que d’une opération marketing. La jeune femme partage des photos d’elle lors de sa prise de poids, et finit par parler d’une solution qu’elle a trouvée en ligne : Revolyn Ultra, un produit amaigrissant aux vertus miracles. Pour preuve, elle poste des photos d’elle après avoir l'avoir utilisé.

Une jeune femme raconte sur Twitter avoir trouvé un produit amincissant miracle

Vous l’aurez compris – le compte n’est qu’une vaste supercherie créée par les équipes com’ de la marque en question. Ce n’est pas la première fois qu’une entreprise crée une fausse influenceuse pour sensibiliser à sa cause. Tout le monde se souvient de Louise Delage, la Parisienne qui postait chaque jour sur Instagram des photos d’elle un verre à la main pour prévenir des dangers de l'alcool.

Sauf que dans le cas présent, la personne présente sur les photos n’est pas une actrice ayant donné son consentement. Il s’agit d’une performeuse feedee dont les clichés ont été volés. Et pour que les choses soient claires, ça énerve beaucoup la concernée, dont l’intimité a été exposée au grand public. « Des amis m’ont envoyé les tweets, et j’ai dû leur expliquer ce que je faisais. C’est très embarrassant », a-t-elle confié à la journaliste de Motherboard.

Pourquoi payer de vraies influenceuses quand on peut en créer de toutes pièces ?

Le compte a depuis été suspendu. Mais l'affaire soulève de nombreuses questions. La marque incriminée a pour habitude de faire appel aux influenceuses sur Instagram pour promouvoir ses produits. La pratique est connue, et quand elle est transparente il n’y a pas de problème.

Ici, l’usurpation est double : l’entreprise a créé une influenceuse qui n’existe pas (sans en avertir les internautes) et n’a pas hésité à voler les photos d’une personne non consentante.

Ça fait beaucoup. Et ça pourrait faire cas d’école.

Le patron d’une agence spécialisée dans les relations publics nous expliquait au sujet des Dark RP que la pratique des « faux profils » s’était raffinée avec le temps. Aux profils « logiciels » automatiques, qui partagent en masse des contenus thématiques se sont ajoutés les profils capables de produire du contenu réécrit et ceux des influenceurs fictifs. « Ils deviennent émetteurs d’autorité auprès de l’opinion ». En termes de dispositif, ça demande de vraies personnes – impossible de procéder avec des bots. D'habitude, le contenu est plutôt de l'ordre de l'article scientifique ou universitaire. Ici, l'entreprise n'a pas hésité à inventer une histoire d'abus et de manipulation pour arriver à ses fins.

Le principe même de faire passer un message par un ambassadeur qui n'existe pas,  c'est déjà franchement limite… Utiliser une histoire sordide pour le promouvoir, c'est encore plus questionnable... Mais pas suffisant pour faire fermer un compte Twitter. Ce qui a fait pencher la balance ? L’usurpation d’identité !


Crédit captures d’écran : Motherboard

Crédit photo : Getty Images

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