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Herbe dans bitume
© Getty Images, ALEX_KO

Attention. Ceci n'est pas une tendance comme les autres !

Le 11 oct. 2019

On les appelle les mutants du green, ou les néotransitionneurs. Ils se sont pris le réchauffement climatique en pleine gueule... et depuis, de la tête aux tripes, ils ont bien l'intention de ne plus rien faire comme avant. 

« La peine écologique »... vous connaissez ? Vous devriez ! Car elle pourrait bien être le mal du siècle, notre spleen à nous.

Un sentiment intense de chagrin...

C’est la thèse défendue par deux jeunes chercheurs, Ashlee Cunsolo et Neville R. Ellis, parue dans la revue Nature en avril 2018. « On comprend de plus en plus âprement que le changement climatique a un impact sur la santé mentale, écrivent-ils. Alors que les populations subissent les pertes cumulées d’espèces, d’écosystèmes et de paysages précieux, elles ressentent un sentiment intense de chagrin. »

Ben oui, se prendre l’effondrement en pleine conscience, c’est surtout se prendre un gros effondrement personnel dans le nez.

Certains pros de la santé le confirment : les questions écologiques font bel et bien flancher notre psyché. Et ils préviennent : la peine que cela provoque chez leurs patients n’est pas une dépression comme les autres. Quand elle les attrape, elle les lamine de la tête aux tripes, en remettant à zéro tous leurs compteurs, et là commence le grand huit des émotions. Une grosse descente d’eco-anxiété – qu’est-ce que je fais dans cette fournaise ? –, une bonne montée de solastalgie – la nostalgie de quand je n’avais pas pris conscience du problème –, des passages de colère – et comment ça se fait qu’on en parle que maintenant, les gars ? –, des retours de déni – sérieux ? toute la communauté des scientifiques est formelle ? non ? mais vraiment, c'est sûr... ? –, des boucles de négociation – et si je m’installe dans le Pas-de-Calais, les + 7 degrés vont passer crème, non ?

Et on vous épargne les relents de culpabilité et les petits renvois de « c’est pas ma faute à moi ».

Bref. On est évidemment très au-delà d’un like jeté sur un post Facebook, d’une opinion politique lâchée à l’apéro, d’un effet de mode générationnel, ou d’une tendance de consommation. On serait plus proche du séisme que provoque le deuil d’un être cher, du choc post-trauma d’un lendemain de viol collectif. Le truc pas drôle. Qui ne fait pas marrer. Dans cette peine-là, il y a un avant et puis un après. Et en matière d’après, heureusement, on trouve quelques pionniers pour travailler dessus.

Les néotransitionneurs sont là !

On les appelle les néotransitionneurs. Ils ne sont pas plus malins que les autres. Ils n’ont pas trouvé la martingale pour changer le CO2 en air pur, mais ils ont tout de même un sérieux avantage sur les effondrés du climat. Eux ont déjà affronté leur peine écologique et, surtout, ils sont parvenus à la surmonter. Comment ? Très simplement. En passant à l'action. Ils ont admis qu’il fallait changer, alors ils changent. Par blocs successifs, en choisissant leur combat, à leur rythme, ils font. Là où ils sont, avec ce qu’ils ont, comme ils sont, ils font. Alignés entre ce qu’ils sentent, ce qu’ils pensent et ce qu’ils vivent, ils font. L’énergie du désespoir ? Non, on les décrit même comme étant particulièrement optimistes. Mais ce qui est certain, c'est qu'ils n'ont pas l'intention de faire comme avant, tout simplement parce qu'ils ne sont plus du tout comme avant. 

Le Green vous le rendra

Super. Mais peut-on espérer résoudre la crise du climat avec une poignée (de plus en plus grosse) de nouveaux convertis à sa cause, fussent-ils des bobos surdiplômés ayant la main sur le budget fournitures de leur équipe ? Refuser de monter dans l’avion, arrêter les cotons-tiges, se nourrir d’épluchures..., même si on s’y met à plusieurs, est-ce que cela fait le poids contre les émissions des centrales à charbon, les 20 milliards de tonnes de déchets déversés annuellement dans les océans, l’explosion du streaming... entre autres ?

Optimistes ou pas, soyons clairs. La réponse est : non.

Si on considère sérieusement que les choses doivent bouger, très vite (en moins de trente ans) et très fort (obtenir la neutralité carbone à l’échelle de la planète vers 2060), les entreprises ont un rôle crucial à jouer. Et de ce côté-là aussi, les choses ont changé.

S’il y a toujours plus de CO2 dans l’air, le niveau du déni crasse, et de mauvais tours de passe-passe, a baissé.

En juin 2019, ce sont 477 investisseurs internationaux représentant ensemble 34 000 milliards de dollars d'actifs sous gestion – pas franchement une assemblée de beatniks – qui ont appelé les gouvernements du G20 – qui, clairement, ne font pas que dans la production de cotons-tiges – à renforcer leurs engagements pour une économie bas carbone.

Le 19 août 2019, c’est le plus conservateur des lobbys américains qui a basculé dans le greenLa Business Roundtable – qui réunit les 181 plus grosses entreprises américaines, autant dire l’association qui peut se vanter d’avoir le pire bilan CO2 au monde – a fait signer une déclaration à tous ses membres pour reconnaître l'importance de « protéger l'environnement en adoptant des pratiques durables », quitte à ne plus répondre aux appétits de ses actionnaires.

Le 20 septembre 2019, c’est l’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos himself, qui annonce l’initiative « The Climate Pledge », pour sa société Amazon, et pour toutes celles qui voudront bien s’y associer. « Si une entreprise avec autant d’infrastructures physiques que la nôtre — qui livre plus de 10 milliards de colis par an — peut remplir les objectifs de l’Accord de Paris 10 ans plus tôt, alors toutes les entreprises peuvent le faire. »

Faudrait vraiment être un climatosceptique particulièrement obtus pour le nier : en termes de déclarations d’intention, ça clignote de partout... Les marques commence à comprendre ce qu'elles peuvent faire de tout cela.

Et effectivement, c’est simple. Elles peuvent faire comme font les néotransitionneurs. Faire de la cause du climat leur priorité, leur colonne vertébrale, leur fameuse raison d’être. Avouons qu'en matière de mission, « empêcher que notre monde ne se défasse » a une sacrée gueule... Elles sont déjà quelques unes à se mettre (pour de vrai) en mouvement. C'est le début d'une bonne raison de ne pas sombrer dans un sentiment intense de chagrin.

Ce texte est extrait de la revue 20 de L'ADN - Le temps des mutants - et pour la dévorer, c'est par ici.

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