Logo Linkedin, avec un personnage au centre

LinkedIn révèle avoir mené des expériences sociales secrètes pendant 5 ans

© Ben Sweet

Le réseau social a conduit des expériences sur environ 20 millions d'utilisateurs afin d'évaluer la force des liens sociaux dans les réseaux professionnels.

Dans une étude publiée dans la revue Science, LinkedIn a indiqué avoir mené « plusieurs expériences à grande échelle » de 2015 à 2019 en utilisant l'algorithme People You May Know du site du réseau social professionnel. L’objectif : tester la force des liens sociaux pour la recherche d'emploi. L'étude était centrée sur la théorie sociologique de la « force des liens faibles », décrite par les auteurs comme « l'une des théories sociales les plus influentes du siècle dernier ». De quoi s'agit-il exactement ?

Qu'est-ce que la théorie de la « force des liens faibles »  ?

La théorie de la « force des liens faibles » (Strength of weak ties) a été énoncée pour la première fois en 1973 par le sociologue Marc Granovetter, l'une des figures majeures de la « nouvelle sociologie économique ». Sa théorie distingue, au sein d’un réseau, deux types de relations définies comme essentiels dans le fonctionnement des structures relationnelles : les liens forts, constitués de proches (famille, amis...) et les liens faibles, de connaissances sociales éloignées (un « ami d’ami » par exemple). Selon Marc Granovetter : « les liens faibles servent bien souvent à créer des ponts entre des acteurs qui seraient autrement isolés ou qui ne pourraient se rejoindre que par des détours beaucoup plus longs ». En conséquence, selon cette théorie, les liens faibles seraient beaucoup plus utiles que les liens forts.

Les liens faibles favorisent-ils la recherche d'emploi ?

Au cours de ses expériences, LinkedIn a ajusté au hasard l'algorithme de recommandation People You May Know (suggestion de nouvelles personnes à ajouter à son réseau) afin d'orienter les utilisateurs à former des liens forts ou faibles. Les chercheurs ont ensuite analysé les données des différents groupes pour déterminer si la différence de choix avait eu un impact sur leur recherche d’emploi. Il en ressort trois découvertes :

  1. L’algorithme de recommandation façonne de manière significative la formation des liens.
  2. L’expérience fournit la preuve que des liens modérément faibles sont plus de deux fois plus efficaces que des liens forts pour aider un demandeur d’emploi à trouver un nouvel employeur.
  3. La force des liens faibles varie selon le secteur d’activité. Les liens faibles augmentent la mobilité dans les industries plus digitales, tandis que les liens forts augmentent la mobilité dans les industries moins numériques.

Dirigée par Karthik Rajkumar et Guillaume Saint-Jacques, l'équipe composée de chercheurs du MIT, de la Harvard Business School et de l'Université de Stanford conclut : « Les liens faibles sont particulièrement bien adaptés pour offrir de nouvelles opportunités d'emploi car ils fournissent de nouvelles informations sur le marché du travail, faisant de la mobilité professionnelle une pièce maîtresse de la théorie originale des liens faibles ».

Le caractère secret de l'étude interpelle

Depuis la publication de son étude, LinkedIn fait face à une vague de mécontentement. À ceux qui condamnent la dimension secrète de l'étude, la plateforme rappelle que sa politique de confidentialité mentionne que « les données personnelles des utilisateurs peuvent être utilisées pour mener des recherches sur les tendances sociales, économiques et professionnelles ». Karthik Rajkumar précise : « Si notre étude a permis à une personne de décrocher un emploi, alors notre travail a été un succès. Nous avons hâte de voir comment l'étude aide les entreprises, les recruteurs et les demandeurs d'emploi à changer leur façon de penser le marché du travail. » Les auteurs de l'étude ont indiqué que les expériences ont généré la création de « 2 milliards de nouveaux liens et 600 000 nouveaux emplois ».

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.