Jeunes fille dansle noir devant son smartphone

Une adolescente exploitée sexuellement attaque Snapchat

© Georgijevic - getty

Une adolescente de 16 ans et sa famille mènent un recours collectif contre Snapchat, accusant les concepteurs de l'appli de ne rien faire (en tout cas pas suffisamment) pour empêcher l'exploitation sexuelle de jeunes filles sur leur réseau social.

Elle avait 12 ans quand il a commencé à exiger des photos nues, disant qu'elle était jolie, qu'il était son ami. Parce qu'ils étaient connectés sur Snapchat, elle croyait que ses photos et vidéos disparaîtraient... Mais les choses ne se sont pas passées ainsi. L'accusé, un Marine en service actif qui a été reconnu coupable l'année dernière d'accusations liées à la pornographie juvénile et aux abus sexuels devant un tribunal militaire, a enregistré ses photos et vidéos Snapchat et les a partagées avec d'autres sur le Web, selon l'enquête.

Dans le procès qui s'est ouvert lundi devant un tribunal fédéral de Californie, la jeune fille (demandant l'anonymat en tant que victime d'abus sexuels) et sa mère accusent Snapchat d'avoir « omis par négligence de concevoir une plateforme qui pourrait protéger ses utilisateurs de violences flagrantes » . Les avocats de la victime ont ainsi comparé Snapchat à un « produit défectueux » , davantage concentré sur les innovations pour capter l'attention des enfants que sur des outils efficaces pour assurer leur sécurité. « L'application s'appuie sur une approche intrinsèquement réactive qui attend qu'un enfant soit blessé et lui impose le fardeau de signaler volontairement ses propres abus » , ont écrit les avocats de la jeune fille.

Un procès qui pointe les échecs des législateurs

La famille réclame 5 millions de dollars de dommages et intérêts et l'assurance que Snap investira davantage dans la protection. Mais selon Juyoun Han, avocate de la jeune fille, cette affaire pourrait avoir des effets en cascade non seulement dans la Silicon Valley mais aussi à Washington, pointant les échecs des législateurs fédéraux à adopter une réglementation technologique préférant laisser l'industrie se contrôler elle-même. « Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que les mêmes entreprises qui profitent du fait que des enfants soient blessés aillent les protéger » , a déclaré Juyoun Han.

Brian Levine, professeur à l'Université du Massachusetts à Amherst qui étudie la sécurité en ligne des enfants et la criminalistique numérique et qui n'est pas impliqué dans le litige, va dans le même sens, car selon lui le manque de réglementation technologique du pays met les jeunes en danger. « Comment se fait-il que tous les constructeurs automobiles et toutes les autres industries aient des réglementations pour la sécurité des enfants, et l'une des industries les plus importantes d'Amérique n'a presque rien ?  » demande t-il. « L'exploitation entraîne une victimisation à vie pour ces enfants et elle est encouragée sur des plateformes en ligne qui gagnent de l'argent avec ces applications et fonctionnent comme des propriétaires absents… Au bout d'un certain temps, n'ont-ils pas une part de responsabilité ?  » – c'est ce que le procès va tenter de déterminer.

Apple et Google sont également sur le banc des accusés en raison de leur rôle dans l'hébergement d'une application, Chitter, que l'homme avait utilisée pour diffuser les images de la jeune fille. Les deux sociétés ont déclaré mercredi avoir supprimé l'application de leurs magasins.

Pour rappel Snapchat est un des réseaux sociaux les plus utilisés dans le monde par les moins de 20 ans. En 2022, il compte 319 millions d’utilisateurs actifs quotidiens et 500 millions d'utilisateurs mensuels. En France, l'application totalisait en janvier 2022 18,1 millions d’utilisateurs actifs quotidiens. 57 % des 12-49 ans l'utilisent tous les jours.

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