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Extrait du film le diable s'habille en Prada, avec Meryl Streep et Ann Hathway

En entreprise, les jeunes sont sous-exploités, les seniors mis à la trappe, et la génération du milieu complètement harassée

Le 30 mars 2018

Transformer les organisations en s’appuyant sur toutes les générations : c’est le pari réussi d’Octave, un programme initié par Anne Thévenet-Abitbol, Directrice Prospective et nouveaux concepts chez Danone.

Lorsque la direction lui demande en 2009 d’élaborer un programme qui puisse aider les femmes à progresser en entreprise, Anne Thévenet-Abitbol, Directrice Prospective et nouveaux concepts chez Danone, met en place Eve : un projet interentreprises, dont le motto est « oser être soi pour pouvoir agir ». Orienté autour du développement personnel, il réunit hommes et femmes pendant plusieurs jours. Dès la première édition, c’est un succès, et les retours des entreprises participantes ( L'Oréal, Orange, KPMG, SNCF, Crédit Agricole, Caisse des Dépôts...) sont enthousiasmants.

« Rapidement, je me suis demandé s’il n’y avait pas d’autres populations qui avaient besoin d’aide en entreprise ». Son statut un peu particulier, proche de la direction, fait qu’elle attire les confidences. « Je ne fais pas tellement d’études marketing, mais j’observe beaucoup. Je capte les mal-être ». Elle constate alors que le sujet des générations est un véritable enjeu pour les entreprises.

« Si à 45 ans tu n’as pas un bon poste, personne ne fait attention à toi et tu as l’impression que tu vas disparaître dans une trappe. En parallèle, de nombreux jeunes ont beaucoup d’idées à proposer et se sentent coincés par leur patron. Enfin, la génération du milieu, sans formuler le problème, est épuisée : ils sont constamment harassés, on compte sur eux pour faire rouler l’entreprise et incarner le futur de la direction. »

Elle précise que le sujet des différences entre les générations sur le lieu de travail a toujours existé – mais qu’il est aujourd’hui exacerbé par les nouvelles technologies. « Elles changent les comportements à l’extérieur de l’entreprise et entraînent des difficultés de compréhension, des modes de fonctionnement qui se confrontent. C’est de plus en plus criant ». Le résultat, c’est que les « petites » tensions se cristallisent autour de sujets du quotidien.

Une jeune femme prenant la parole à l'occasion d'une conférence organisée par Oscar

« Quel que soit son âge, on se doit d’être de culture Y. »

De ces constats naît Octave. Sur le même modèle qu’Eve, le séminaire est interentreprises et a vocation à mixer les populations : 25% des participants et participantes ont moins de 32 ans, 25% plus de 48 ans et 50% entre 32 et 48 ans. « Au-delà du seul sujet des générations, je voulais permettre à toutes et à tous de comprendre l’évolution du monde. L’idée, c’est que chaque personne, quel que soit son âge, comprenne qu’elle a un rôle à jouer ». Elle poursuit : « ce n’est pas grave de ne pas faire partie de la génération Y. En revanche on se doit d’avoir une culture Y : savoir s’adapter à ce monde qui est en mouvement permanent n’est pas une question d’âge, mais une façon d’être ».   

Octave porte bien son nom : « l’entreprise est comme un piano qui doit arrêter de négliger certaines octaves que sont les générations extrêmes ». Pendant la durée du programme – deux jours et demi -, des acteurs divers et variés se retrouvent (Bristol Meyers Squibb, Engie, Société Générale, Orange et L'Oréal...) pour échanger sur les bonnes pratiques, les nouveaux modes de fonctionnement et de management, les cultures émergentes, les besoins d’adaptabilité et de flexibilité, ou les nouvelles organisations. « Nous faisons venir des intervenants de tous horizons, de tous âges ». D’un côté, nous retrouvons Khuyen Bui, étudiant en 2ème année à Tufts University aux Etats-Unis, est le lauréat du Global Drucker Challenge 2015 ; de l’autre Tammy Erickson, professeure et chercheuse à la London Business School.

Le manager neuro-amical - Pierre-Marie Lledo - Programme Octave 2018

« Les organisations sont écartelées par les injonctions contradictoires. »

Les entreprises qui rejoignent le programme sont motivées par plusieurs raisons. Certaines sont bloquées dans des situations difficiles à décoincer sans intermédiaires, d’autres se posent la question de motiver l’ensemble des troupes sans laisser personne sur le bord de la route…

Le sujet n’est pas si évident à mettre en avant : « au lancement d’Octave, les entreprises n’avaient pas l’impression qu’il y avait un vrai problème. Le mouvement déclencheur,  c'est quand les organisations se rendent compte qu'elles doivent mieux comprendre les mutations en cours pour mieux s'y adapter ».

Anne Thévenet-Abitbol explique que certaines se retrouvent écartelées par les injections contradictoires : « il faut faire du test & learn, penser comme une startup… Mais respecter la hiérarchie et les process ». Pour faire bouger les lignes, elle insiste sur le besoin de s’entourer d’alliés. « C’est pour ça que le programme est orienté autour des soft skills, du développement personnel. Nous rendons les individus plus forts : ils doivent devenir au sein de leur entreprise des acteurs de transformation, gagner en puissance de conviction ».

Construit sur trois thèmes (Apprendre : décoder les générations, combattre les préjugés et repérer les différences de fonctionnement et les leviers de coopération / Comprendre : mieux comprendre le monde en mutation et l’impact des nouvelles technologies dans les organisations / Entreprendre : avoir pleinement confiance en soi, se doter de nouvelles compétences, savoir mieux exploiter les potentiels individuels et collectifs), le programme est évolutif… et libre. « Nous voulons que les gens osent : le fait d’être interentreprises permet de lâcher prise. Il n’y a aucune forme de jugement ». En plus des plénières, les équipes se retrouvent pour des ateliers qui privilégient le jeu de rôle pour se mettre dans la peau de l’autre, la simulation, la mise en situation. Valérie Amalou, Directrice de la communication du programme, insiste sur le besoin d’aller à la rencontre des autres. « À la suite des retours que nous avons collectés, nous avons lancé un nouveau format : les brain dates. Chaque participant a la possibilité de former un sujet de discussion et de retrouver un petit groupe pour échanger ». Sur le format des conférences libres, les gens discutent et apprennent les uns des autres. « Ça permet de sortir du schéma expert-audience ».

Pour orienter les participants, Valérie Amalou a développé une application. « On leur demande qui ils sont, pas ce qu’ils font : on ne s’intéresse pas à leur CV ou leur diplôme. On s’intéresse à leurs passions, leurs envies : ça nous permet de les aider à construire leur expérience Octave ».

Faire vivre les échanges en-dehors du programme

À leur niveau, Valérie et Anne ont la volonté de faire vivre Octave en réunissant les alumni en-dehors des temps forts. Par ailleurs, elles expliquent que certaines octaves aiguës (« les jeunes ») ont, à leur retour du programme, demandé aux octaves graves (« les plus vieux ») d’être leur mentor. Par ailleurs, les équipes ont lancé avec la startup Unatti un programme de mentoring interentreprises. « Ça marche super bien : les sujets ne sont pas forcément les mêmes, mais les enjeux se rejoignent ».

« Il y a une volonté de transmettre cet état d’esprit à l’ensemble de l’entreprise : les gens repartent avec une idée nouvelle, celle qu’une situation bloquante ne nous transforme pas forcément en victime mais que nous faisons partie de la situation ». Pour le webmagazine d’Octave, Valérie Amalou recueille les propos de participants de différents âges qui se sont trouvés lors de l’événement. « Ils ont commencé à faire des projets ensemble, ils comprennent mieux les gens qui sont dans leur équipe ».

« C’est une erreur crasse de penser que la question des générations n’est pas une priorité pour les entreprises. »

Pour Anne Thévenet-Abitbol, ce qui fait le succès de l’opération, c’est de vraiment mêler les générations. « C’est le seul séminaire où l’on ne réunit pas des seniors pour étudier les millennials comme des bêtes curieuses. Nous incitons à ne pas avoir peur de l’autre, à ne pas avoir peur de l’échec, à ne pas avoir peur pour sa carrière. Il faut oser, et parfois oser dire que l’on ne sait pas où que l’on ne comprend pas : nous voulons inspirer pour transformer ».  Avec l’idée que si le dialogue paraît parfois compliqué à établir, la tâche n’est pas impossible. Avec un peu d’aide et de bonne volonté… ça peut marcher !
Commentaires
  • Comment pouvons-nous dans une entreprise transformée par Octave gérer les carrières, les ambitions personnelles et la sécurisation des situations individuelles? Le gâteau à partager reste toujours le même avant et après Octave.

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