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Un robot debout avec ciel bleu
© Bruce Tang via Unsplash

Les athlètes doivent-ils se méfier des machines ?

Le 12 févr. 2020

Le robot pourra courir aux côtés des humains dès 2027. Compétiteurs ? Coéquipiers ? Comment les humains et les robots cohabiteront dans le futur ? A quoi pourrait ressembler le sport côté humain et côté machine ? Extra zoom sur un futur possible (et rêvé ?).

Et si le sport catalysait finalement les évolutions du genre humain ? L'homme a toujours imaginé que les robots prendraient le dessus. Mais ils pourraient bien être là pour lui faire la passe décisive.

À l’occasion du Mastercard Innovation Forum qui s’est déroulé le 14 novembre 2019 à Paris, Philippe Blanchard, fondateur et PDG de Futurous, a parlé futur du sport, technologie et inclusion.

Homme augmenté

Dans le sport, on parle de contre la montre, mais pour beaucoup, le quotidien c’est avec la montre. « Avec l’arrivée de la big data et de l’homme connecté, confie Philippe Blanchard, nous repoussons déjà les limites connues de notre corps. Avec tous les objets connectés le sport prend une nouvelle dimension : il est un espace transversal dans la société, un espace de réflexion. »

Mais l’innovation ne se limite pas à la technologie « gadget ». On parle aussi d’Homme augmenté quand on parle des prothèses. Hugh Herr, directeur de recherche au Massachusetts Institute of Technology (MIT) est à la tête du laboratoire de biomécatronique. Il a créé des prothèses biomimétiques qui réagissent comme des muscles. Il a ainsi pu équiper une danseuse, qui a perdu une jambe lors de l’attentat du marathon de Boston en 2013. Un an plus tôt, Oscar Pistorius, athlète paralympique se présentait comme « l'être le plus rapide sans jambes ».

Selon Philippe Blanchard, « le sport a beaucoup manqué d’un mariage entre l’innovation et l’humain. Surtout lors des épreuves paralympiques où les athlètes demandaient à ne pas être opposés aux valides. La question des technologies s’est alors posée. Mais pour faire accepter l’innovation technologique nous avons besoin d’innovation sociologique. » L'ambition : ne plus opposer les athlètes valides et en situation de handicap, mais réunir les communautés sportives. Un autre questionnement émerge alors : comment trouver un nouvel espace de compétition ?

Des robots à l'entraînement

Le 11 mai 1997, le champion d'échecs Garry Kasparov a été mis KO par l’ordinateur Deep Blue. Personne n'y croyait, et pourtant, ce n'était qu'un début. Aujourd’hui, c'est un fait : on passe en mode robot. Et les machines explorent tout un tas d'activités réservées jusqu'à présent aux humains.

Nombre d’entre eux sont ainsi devenus de fervents pratiquants du sport. Certains, comme Jennifer, un robot skieur conçu à l’université de Manitoba au Canada, ne peuvent entrer en compétition. Pas assez agile. D’autres, peuvent toutefois faire la différence. Atlas par exemple est un sportif 4.0, gymnaste plus précisément. Conçu par Boston Dynamics, il est capable de faire backflips, sauts et autres saltos en se réceptionnant sans aucun problème. Le monde des courses est également concerné, avec les robots jockeys des courses de chameaux au Moyen-Orient ou encore Forpheus, un robot japonais complètement fada du ping-pong.

Genres, espèces, supports, frontières... tout se mélange

Alors que la compétition reste principalement binaire (femmes contre femmes, hommes contre hommes), et que la mixité des équipes est souhaitable selon Philippe Blanchard, on pourrait imaginer que celle-ci aille bien au-delà du genre. « Le futur sera collaboratif grâce à des équipes mixtes mélangeant hommes et femmes, para-athlètes, et robots », prédit l'ancien directeur de la gestion de l'information du Comité international Olympique (CIO). « Je pense que d’ici 2059, les oppositions d'aujourd’hui n’existeront plus. J'imagine aussi des convergences entre différents pays, comme pour l’eSport. La notion de nationalité des équipes va évoluer. »

N’oublions pas que le sport se pratique, mais se regarde aussi. Le fondateur de Futurous mise sur le mélange entre deux espaces : le physique et le virtuel. « Nous aurons à la fois un espace physique et virtuel sur les terrains et plateaux - on parle de Phygital, pour physique et digital. Il sera possible grâce à des capteurs de rendre les spectateurs actifs et d’avoir de l’interaction avec les compétiteurs. Qu’ils puissent ressentir ce que l’athlète ressent. De sentir les chocs, les crispations, les faiblesses… »

Et l'éthique, dans tout ça ?

Le sport de demain sera donc résolument connecté, quitte à brouiller les frontières. Mais sera-t-il éthique ? Pour Philippe Blanchard, ce n'est pas vraiment le sujet. « Le sport peut être l’occasion d’un débat sur l’éthique : il reste un espace international de discussion autour du respect et de l’éthique quant à l’intégration des robots et de la technologie. » Pour autant, il n'estime pas que le rôle des sportifs soit de se prononcer sur la question. Il faudra probablement légiférer... mais on ne sait pas vraiment comment, ni quand. Avis aux comités : les droits des robots, les collectes de données et les règlements sportifs vont faire débat, et il serait bon de statuer un peu en amont. Histoire d'éviter les scandales ou les dérives...

Vincent Thobel - Le 12 févr. 2020
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