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Une femme regarde son smartphone dans son lit
© ediebloom via Getty Images

Tinder compte des agresseurs sexuels reconnus parmi ses utilisateurs... et n'y fait pas grand-chose

Le 3 déc. 2019

Des agresseurs sexuels identifiés par les services de police sont inscrits sur Tinder, OK Cupid et toutes les autres applications du groupe américain Match, révèle une enquête de BuzzFeed, ProPublica et du Columbia Journalism Investigations (CJI). L’entreprise déploie peu de moyens pour lutter contre leur présence.

Les criminels sexuels peuvent utiliser Tinder sans trop de problèmes. Une enquête fouillée de ProPublica, Buzzfeed et du Columbia Journalism Investigations (CJI) révèle que Match Group, le propriétaire de nombreuses applis de rencontre dont Tinder, OK Cupid et Plenty Of Fish, ne vérifie pas la présence d’agresseurs sexuels sur ses applications gratuites. Il le fait en revanche pour Match, son site de rencontre payant.

« C'est certain que des agresseurs sexuels sont inscrits sur nos services gratuits », affirme un porte-parole du groupe aux trois médias. Il précise que la société ne collecte pas suffisamment de données permettant de filtrer correctement les personnes condamnées pour crimes sexuels.

Le CJI a étudié plus de 150 cas d’agressions sexuelles aux États-Unis impliquant une application de rencontre ayant eu lieu ces cinq dernières années. Dans 10 % des cas, la victime a « matché » avec une personne déjà accusée ou condamnée pour agression sexuelle. OKCupid a par exemple autorisé Michael Miller à se créer un nouveau compte alors qu’il avait été condamné en 2015 pour le viol d’une femme qu’il avait rencontrée sur le site. Seth Mull a de son côté pu utiliser plusieurs applications du groupe Match malgré plusieurs accusations de crimes sexuels.

Pas de protocoles définis pour lutter contre les agressions

Match Group minimise ces faits. Ces cas d’agressions doivent « être mis en perspective avec les 10 millions d’utilisateurs de nos services de rencontre », explique le porte-parole. La société avance que des mesures sont prises pour assurer la sécurité de ses utilisateurs. Des interviews réalisées par les trois médias avec d’anciens salariés du groupe révèlent toutefois un manque de protocoles définis pour traiter les cas d’harcèlements et d’agressions.

Depuis 2018, un comité de sécurité existe pourtant au sein de Match Group. Mais ce comité est plutôt dédié à faire en sorte que les victimes se prennent en charge elles-mêmes plutôt qu’à inciter Match à prendre des mesures.

Et lorsqu’une victime rapporte une agression auprès de l’entreprise, celle-ci ne s’avère pas toujours d’une grande aide. Une utilisatrice Tinder interrogée par les journalistes raconte qu’elle a été violée lors de son premier rendez-vous avec un homme rencontré via l’application. Elle a demandé à Tinder de récupérer l’historique de sa conversation avec son agresseur afin de l’apporter comme preuve à la police. Tinder n’a jamais répondu. Et quelques jours plus tard, elle a revu l'auteur du viol sur l’application.

Boom des cas d’agressions sexuelles impliquant une appli

Le CJI a sondé 1 200 femmes ayant utilisé une application de rencontre ces 15 dernières années. Un tiers d’entre elles disent avoir déjà été victimes d’une agression sexuelle. Et parmi ce tiers, la moitié dit avoir été violée. Le CJI précise qu’il ne s’agit pas d’une étude scientifique et que cet échantillon n’est pas forcément représentatif de l’ensemble des utilisateurs des sites de rencontre. Si ce chiffre venait à être confirmé par des études plus poussées, il serait bien au-dessus de la moyenne de victimes d’agressions sexuelles parmi l’ensemble de la population.

Le problème dépasse largement les frontières des États-Unis. En 2016, une enquête de la UK National Crime Agency constate que les agressions sexuelles impliquant une application de rencontre ont progressé de 450 % en cinq ans.

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