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les lettres du mot tabac

J’ai acheté des Bitcoins dans un tabac et je ne sais toujours pas à quoi ça sert

Le 22 janv. 2019

Depuis le 1er janvier 2019, une centaine de bureaux de tabac à travers la France proposent d’acheter des Bitcoins. Mais vous avez intérêt à vous y connaître un peu avant de vous lancer dans l’aventure…

L'info était passée discrètement, mais avait fait doucement rire les gens qui suivent l’actualité des cryptomonnaies. En novembre 2018, un article d’Europe 1 annonçait qu’on allait bientôt pouvoir acheter des Bitcoins dans les tabacs de France. Ce nouveau marché était le résultat d'un accord passé entre la start-up KeplerK et Bimédia, la société qui édite les logiciels de caisses automatiques utilisés par les buralistes.

Deux mois plus tard, me voilà Avenue Montaigne, dans les beaux quartiers de Paris. Je suis devant l’un des tout premiers tabacs qui propose l’achat de Bitcoins. Sur la porte, une petite affichette discrète fait la promotion de ce nouveau service. Une fois entré, je demande la marche à suivre. La buraliste me tend immédiatement un prospectus de la société KeplerK, intitulé : « Ici, j’achète des Bitcoins ». Sur ce dernier on m’explique ce qu’est un Bitcoin. Les termes sont abscons, à savoir, « un instrument numérique pouvant être échangé par voie électronique ». J'ai quelques notions sur le sujet. Franchement, pas sûr qu'un débutant y comprenne quoi que ce soit.

Acheter des Bitcoins, c'est simple, même quand on n'y comprend rien 

Voulant en savoir plus, je demande si on peut m’expliquer comment fonctionne la Blockchain. La buraliste semble redouter cette question. « On m’a un peu expliqué ce que c’est, mais j’aurais du mal à vous restituer tout ça, m’indique-t-elle. On sert juste d’intermédiaire entre la société et les clients. » Elle me détaille toutefois la procédure à suivre pour acheter mes Bitcoins. « Vous avez le choix entre un ticket de 50, 75 ou 100 euros m’indique-t-elle. Sur ce ticket, vous trouvez un code que vous pouvez entrer en ligne en téléchargeant l’application KeplerK. Après ça, vous pouvez les dépenser dans des boutiques ou les garder au cas où la valeur remonte ». Je suis étonné d’apprendre que des boutiques acceptent des Bitcoins sur Paris. D'ailleurs, quand je lui demande où ces dernières se trouvent, la commerçante a du mal à me répondre.

Conscient que le cours du Bitcoin n’est plus ce qu’il était en 2017, je demande aussi si c’est un bon investissement. Son collègue qui travaille dans l’arrière-salle sourit avant de m’indiquer que la valeur a encore baissé ces derniers jours (le taux de change est d’un Bitcoin contre 3 117 euros au moment où je procède à l’achat). La buraliste me précise que ça ne décourage pas les clients et qu’elle en a « un à deux par jour » qui viennent acheter un ticket.

Une fois de retour au bureau, je suis la procédure pas à pas. Je dois fournir deux justificatifs d’identité pour pouvoir entrer mon code. Je vois aussi plusieurs frais annexes qui sont annoncés après l’inscription. Les transferts d’un portefeuille virtuel à un autre ne coûtent rien, mais le service prévoit de facturer 1 euro par mois (après trois mois gratuits) de frais de service. Autrement dit, et pour être clair, si le cours du Bitcoin continue de chuter, le seul à en profiter reste KeplerK.

Une offre « pour les curieux »

Au téléphone, Adil Zakhar, directeur de la stratégie de la start-up m’explique plus en détail à qui s’adresse cette offre. « On vise avant tout les curieux, ceux qui veulent avoir des Bitcoins facilement, sans passer par des procédures difficiles, m’indique-t-il. Quand on veut acheter des cryptomonnaies en ligne, c’est compliqué. Il faut comprendre les notions de clés publiques ou privées, le concept de la Blockchain et éviter les arnaques. C’est pour ça qu’on a décidé de vendre uniquement du Bitcoin dans des tabacs. C’est la cryptomonnaie la plus connue, mais elle manque de proximité avec le grand public. Ces points de vente y remédient. »

Après deux semaines de lancement, Adil Zakhar indique qu’il y a 200 points de vente partenaires dans toute la France. Quand on lui demande si l’objectif est de permettre à tout le monde de s’adonner à la spéculation, ce dernier met surtout en avant la possibilité de faire des achats en ligne. « On est en lien avec le site cryptopage.com qui répertorie tous les commerces qui acceptent les monnaies virtuelles, explique-t-il. Pour le moment c’est limité, mais on compte développer cette possibilité de payer avec du Bitcoin en France ».

En effet, en 10 ans d’existence, il n'existe que très peu de commerces qui acceptent ce type de paiement (en dehors de ceux du Darknet). De plus le site cryptopage.com semble complètement inopérant au moment de la rédaction de cet article. De quoi poser la question de l’intérêt réel de cette initiative. Outre le fait de « satisfaire la curiosité » des personnes voulant avoir des Bitcoins sans y connaître quoi que ce soit, KeplerK précise que ce deal « ravit les buralistes qui voulaient diversifier leur offre ». De son côté, la Banque de France avait rappelé en novembre dernier, après l'annonce de KeplerK, que « les risques associés à un investissement sur ces actifs spéculatifs, peu adaptés aux profils d’investisseurs particuliers non avertis, sont à prendre en compte. » Traduisez ici que les gens qui n'y connaissent pas grand chose, devraient se renseigner avant d'acheter un ticket au tabac du coin. En bref, à moins d’avoir 50 euros à perdre, les passionnés comme les curieux de crypto seraient bien avisés de passer leur chemin.

Commentaires

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  • Cette initiative de démocratisation du bitcoin via les buralistes est une bonne chose.
    Pour comprendre le bitcoin je conseille ce tutoriel pour débutant : http://bitcoin.wikeo.net/. Et surtout on y explique d'une part que, comme tout produit financier, les arnaqueurs et les escrocs sont à l'affut. Et on explique aussi qu'il n'y a pas besoin de payer un abonnement ou des frais de annexes lorsqu'on est inscrit gratuitement à une plateforme d'échange. Pour le paiement en ligne avec le bitcoin il n'y a pas que le darknet, quelques boutiques accepte le bitcoin, il y a un exemple dans le tuto. Finalement on devrait aussi comprendre que les 50 euros ne sont pas perdus ! Ils sont bien au chaud sous forme de bitcoins.

  • Bonjour,
    L'initiative de vendre dans les bureaux de tabac est très bonne. Mais mettre des bâtons dans les roues des potentiels acheteurs en demandant 2 pièces d'identité est scandaleux. Il est devenu tellement banal de tout contrôler en France que plus personne ne s'étonne de cela.
    Les concepts de bitcoin et de blockchain ne sont pas indispensables à comprendre pour les utiliser : 99.9% des gens n'ont aucune idée de comment fonctionne internet (moi le premier) et pourtant ils s'en servent tous les jours.
    Enfin, une recherche sur Google vous apprendrait qu'on trouve un bon nombre de commerces physiques qui acceptent les bitcoins autour du quartier de Montorgueil à Paris. Il est effectivement intéressant de savoir que les vendeurs dans les bureaux de tabac n'y connaissent pas grand chose, mais combler ce manque d'information dans votre article n'aurait fait de mal à personne.
    Enfin, je trouve qu'expliquer aux passionnés et aux curieux de s'abstenir de toucher aux bitcoins en fin d'article est une insulte à leur intelligence. C'est bien souvent grâce aux passionnés et aux curieux que les choses avancent.

    • Merci pour ce commentaire. Effectivement, il existe bien des commerces qui accepte les bitcoins (même s'il sont assez rares) et ça sera sans doute l'objet d'un prochain article. Quand à la fin de l'article, l'usage ironique des guillemets sur le mot curieux n'est pas aussi clair que je l'espérais (désolé). Ce que je voulais dire c'était que l'initiative me semblait un peu profiter de la crédulité de certains acheteurs qui ne connaissent pas vraiment le systeme des cryptomonnaies.

      • Bonjour,
        Merci beaucoup pour votre réponse, et désolé si j'ai pu paraître un peu remonté mais ce n'était pas contre vous ou votre article.
        Certes, les cryptomonnaies ne sont pas encore très démocratisées dans les commerces (physiques ou en ligne) mais on répète à tout va les dangers sans jamais rappeler leurs avantages et cela effraie les gens. Internet a également démarré avec de terribles travers (spéculation de la bulle dotcom, vols d'informations bancaires, trafic de photos d'enfants, vente de drogue et d'armes) et pourtant Internet n'est pas aussi sombre que cela en 2019.

        Quelques avantages que peuvent apporter les cryptomonnaies :
        - ne pas communiquer ses codes de cartes bancaires à un site tiers
        - envoyer ou recevoir de l'argent n'importe où dans le monde à moindre coût (envoyer de l'argent en Afrique coûte une fortune)
        - permettre à des personnes qui n'ont pas accès à la banque (interdits bancaire, ou une majorité de gens en Afrique) de ne pas se mettre en danger en voyageant avec trop de liquide sur eux.
        - ouvrir la voie à l'argent programmable qui va devenir une nécessité à l'heure où tout doit être automatisé.
        - avoir une traçabilité totale des mouvements d'argent
        - éviter la censure (Wikileaks par exemple)
        - ne pas subir l'inflation
        - ne pas s'exposer à une faillite des banques

  • Les tickets sont en réalité de 50, 100 et 250€. En ce qui concerne les frais, je les trouve relativement bas par rapport Coinbase avec qui je suis client depuis 2 ou 3 ans. J'ai acheté un ticket pour essayer, tout se passe bien. Belle initiative en tout cas de leur part