habillage
premium1
Sourire triste
© Getty Images

Tops et flops de l’intelligence artificielle

Sandrine Cochard
Le 14 déc. 2018

Surveiller sa santé et prévenir les maladies ? On adhère. Vendre des données très privées aux compagnies d’assurance pour pénaliser les gens ? On est moins fans… Preuve que ce n’est pas tant l’I.A. qu’il faut craindre, mais son usage.

Côté pile, une innovation qui redonne autonomie et mobilité à des personnes handicapées. Côté face, la même innovation, conçue pour l’armée cette fois, à des visées nettement moins pacifistes. C’est là toute l'ambiguïté de la technologie : elle échappe à toute morale. « Elle n’est ni bonne, ni mauvaise, seul compte l’usage qui en est fait», selon Alexandre Cadain, cofondateur et CEO d’ANIMA.ai, invité au Mastercard Innovation Forum à défendre sa vision d’une « intelligence artificielle positive » capable de construire le monde de demain, un monde meilleur. Mais pas question d’être naïf quant aux dérives possibles.

Démonstration en 5 exemples d’innovations qui reflètent cette schizophrénie technologique, capable du meilleur comme du pire.

Top : défibrillateur cardiaque implantable, bracelet électronique, prothèse de genou connectée ou algorithme calculant les doses d’un traitement… les dispositifs médicaux connectés sont variés ! Ils permettent aux médecins de suivre précisément leurs patients, sur de longues périodes. Parce qu’ils ont un objectif médical, ces dispositifs doivent répondre à des standards et sont rigoureusement encadrés par la Haute autorité de santé. Le récent scandale des Implant files a toutefois révélé d’importantes failles au niveau européen et international.

Flop : ces dispositifs connectés sont des mines d’informations très personnelles qui peuvent se retourner contre leur porteur. Ainsi les compagnies d’assurance pourraient s’appuyer sur les données collectées pour revoir le montant de leurs contrats, invoquant la (mauvaise) santé du patient. Vous pensez que c’est de la science-fiction ? Plus tout à fait : aux États-Unis, un assureur américain propose à ses assurés de porter un tracker d’activité connecté, officiellement pour promouvoir des habitudes de vie saines. Ceux qui acceptent peuvent obtenir une réduction des cotisations. Serons-nous bientôt obligés de dévoiler nos données de santé ? En poussant ce raisonnement à l’extrême, on pourrait imaginer se voir refuser un prêt bancaire pour cause d’apnée du sommeil, de diabète ou d’intolérance au gluten ! Bienvenue à Gattaca...

  • Les bracelets connectés

Top : On s’en sert pour compter nos pas ou pour optimiser une séance de sport. Pratique et ludique, les bracelets et montres connectés nous obligent à nous bouger, quitte à parfois tricher (un peu), pour garder la forme.

Flop : Et si votre patron surveillait vos pauses pipi ou café à la minute près ? C’est ce que craignent des employés d’Amazon, qui se sont indignés du bracelet électronique développé par la firme, officiellement pour suivre leur travail et développer leur productivité. Certains y ont vu un outil de surveillance traquant leurs moindres faits et gestes. Face à la polémique qui a éclaté en février dernier, Amazon a réagi en évoquant des « spéculations erronées ». Mais le débat sur la robotisation de l’humain au travail ne fait que commencer.

 

  • Les exosquelettes

Top : Les exosquelettes sont l’une des innovations les plus prometteuses. La marque française Wandercraft a développé un exosquelette capable de reproduire la marche, permettant ainsi à des handicapés de se mouvoir à nouveau.

Flop : Mais les exosquelettes peuvent avoir aussi des applications militaires. États-Unis, Russie, France… de nombreux pays allient science et robotique dans une nouvelle course à l’armement tech. Plusieurs exosquelettes militaires ont vu le jour ces deux dernières années, pour aider ou protéger les soldats dans leurs missions, à l’image de cette tenue de combat russe façon Stormtrooper ou de sa rivale américaine ultraconnectée baptisée Talos. Les conflits du futur auront des allures de guerre de droïdes.

  • Les satellites

Top : Ils scrutent la Terre et l’espace 24h/24 et sont les témoins des grands bouleversements climatiques et sociétaux de notre planète. Les satellites permettent d’observer les inondations, la déforestation, le déclin des glaciers dans les Pyrénées ou encore de protéger l’agriculture africaine. Ils sont également essentiels pour notre société moderne qui repose sur les télécommunications.

Flop :Les satellites sont les yeux et les grandes oreilles du monde, avec quelques abus. La NSA (l’agence américaine de renseignement) a été épinglée après la révélation par Edward Snowden d’un vaste programme d’espionnage des citoyens américains, mais aussi des chefs d’État étrangers (dont le président français François Hollande et la chancelière allemande, Angela Merkel). Les satellites jouent également un rôle éminemment stratégique en matière de renseignement et dans les conflits. La militarisation de l’espace, qui s’est accélérée ces dernières années, les destructions de satellites par la Chine et les États-Unis, et l’incident récent entre un satellite français et un satellite russe illustrent bien les enjeux et les tensions de cette nouvelle guerre des étoiles.

 

  • Les puces RFID

Top : La puce RFID, nouveau sac à main de la taille d’un grain de riz ? En Suède où quelques milliers de personnes ont opté pour ce système, une puce implantée dans la peau remplace clés, badge, cartes de visite et billets de train. Pour entrer au bureau, il suffit de glisser sa main sur un petit boitier. La puce peut aussi prendre en charge les billets de train de la société ferroviaire nationale suédoise. Pratique pour ceux qui veulent bouger léger ou qui ont toujours peur d’oublier quelque chose.

Flop : Plusieurs entreprises ont implanté des puces électroniques à leurs salariés. A l’instar des bracelets connectés d’Amazon, ces puces posent la question du respect de la vie privée, mais également du vol de données qui correspondent directement à notre identité : nom, prénom, date de naissance, adresse... Autant d’informations qui composent notre ADN numérique et qui sont reliées à un identifiant unique, véritable clé d’accès à notre existence (travail, loisirs, maisons, etc).

Les intelligences artificielles sont autant porteuses d’espoirs que de craintes. Pour ne pas se réveiller demain dans une société à la Black Mirror, il faut agir dès aujourd’hui. Pour Alexandre Cadain, cela passe par « un nouvel humanisme technologique » capable d’impacter positivement des milliards de personnes : « Le vrai défi aujourd’hui est de trouver les zones de collaboration humain-machines qui nous permettront de résoudre les grands défis de notre époque », conclut-il.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.