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Un drone volant devant un groupe d'africains

Génocide, guerre, catastrophe naturelle : les drones deviennent les nouveaux chevaliers du ciel

Le 31 oct. 2018

On le sait. La technologie n’est ni bonne ni mauvaise. Utilisés par l'armée pour des missions d'espionnage et d’assassinat, l’imagerie satellite et les drones se traînent une sale réputation. Heureusement les ONG prouvent que ces outils peuvent aussi sauver des vies. Démonstration avec Human Rights Watch qui nous explique comment ils améliorent leurs actions sur le terrain.

Décembre 2017. Pour la première fois de son histoire, l’ONG Human Rights Watch utilise un drone. Dans la campagne libanaise, l’appareil doit photographier l’activité d’une décharge illégale. Des incendies toxiques empoisonneraient la population locale. Il faut pouvoir le prouver. Grâce aux images obtenues par un drone, elle y est parvenue. Une première qui a bouleversé le travail de l’ONG qui avait déjà entamé un virage technologique quelques années auparavant en utilisant des cartes satellites. Depuis, la documentation des bombardements de villes syriennes à celle de camps de réfugiés à la frontière birmane, les technologies d’imageries ont considérablement amélioré son travail sur le terrain. 

Il aura fallu attendre 2005 et l’arrivée de Google Earth pour que l’imagerie satellite se démocratise. Selon Josh Lyons, analyste d’images satellite chez Human Rights Watch, la plupart des organismes humanitaires ont tardé à adopter ces nouveaux outils. « Au début des années 2000, quand les premiers GPS et les cartes basées sur les images satellites ont été commercialisés, certains organismes comme la Croix-Rouge ont refusé de les utiliser, raconte-t-il. À cette époque, seuls les militaires avaient accès à ces technologies. Les ONG redoutaient que les travailleurs humanitaires puissent être confondus avec des espions et fusillés au premier checkpoint. »

une photo aérienne de decharge

Simple, basique : les satellites permettent de se localiser dans les coins paumés 

Pourtant, ces technologies répondent à de réels besoins. « Que ce soit pour répondre à une catastrophe ou enquêter sur des exactions, les ONG doivent savoir où elles se situent géographiquement, explique le spécialiste. Avant l’imagerie satellite, nous nous reposions sur de vieilles cartes qui n’avaient pas été mises à jour depuis des décennies. Certaines remontaient aux années 50 et ne donnaient même pas les bons noms de localités. À partir du moment où l’on a pu coupler le GPS avec une carte satellite, Il est devenu plus facile de repérer des réfugiés dans un désert ou de trouver des villages persécutés par des milices, perdus au milieu de la jungle. » Les images satellites permettent aussi de mieux coordonner les interventions sur le terrain. Lors du tsunami de 2004 qui a frappé la Thaïlande ou le séisme de Haïti en 2010, ces outils ont été utilisés pour identifier les routes et les villages détruits permettant ainsi une action plus rapide et plus efficace. 

Du côté des enquêtes de terrain portant sur des manquements aux Droits de l’Hommes et des crimes de guerre, c'est le même constat. « Le problème des témoignages, c’est qu’ils sont souvent altérés par le temps explique Josh. La mémoire humaine peut fabriquer de faux souvenirs ou même s’effacer à cause de traumatismes. Les images aériennes ou satellites viennent renforcer les informations que l’on récolte ». Le spécialiste se souvient notamment d’une enquête menée après un raid dans un village au Darfour. « Les habitants nous avaient raconté que des soldats avaient pratiqué des viols systématiques puis qu’ils avaient brûlé le village le lendemain. Les images satellites ont confirmé la présence des véhicules de la milice, mais quelque chose clochait. Le village avait bien été brûlé, mais trois mois après les faits. Sans cette découverte, le gouvernement aurait pu jeter le discrédit sur l’ensemble des témoignages. Nous avons poussé l’investigation et découvert que les survivants de cette attaque étaient revenus sur les ruines de leur village quatre mois après les faits. Ils en avaient déduit que ce dernier avait été brûlé le jour après l’attaque. »

Garder un œil sur la planète, 24h sur 24

Comme l’indique Josh, c’est bien sur la temporalité des évènements que les satellites offrent de nouvelles informations. D’un point de vue technique, l’ONG collabore avec l’entreprise Planet qui a déployé à basse altitude une multitude de CubSat, des appareils très petits et parfaits pour la surveillance. « C’est le gros changement auquel nous faisons face depuis 5 ans, explique Josh. Avant on devait compter sur un énorme satellite qui prenait en priorité des images à but commercial. Or, nous avons parfois besoin de connaître l’évolution d’une situation dans des endroits un peu paumés qui ne sont pas photographiés. Avec les minis satellites, il est maintenant possible de capturer en image l’intégralité du globe, toutes les 24 h. »

Grâce à ces nouveaux outils, Human Rights Watch a pu mettre en évidence en janvier 2018, la destruction systématique de villages Rohingya par le gouvernement birman. L’information a d’ailleurs été mise en scène à travers des montages photos interactifs, montrant la situation « avant » et « après » le passage des bulldozers.

Le drone : le nouveau super héros des ONG

Quand la couche nuageuse est trop importante pour photographier depuis l'espace, les drones prennent le relais. « Il s’agit d’un outil formidable et je les adore, raconte Hosh. Dans certains cas, ils permettent de vraiment changer la donne. Dernièrement, on en a utilisé en Syrie pour documenter une fosse commune située dans un gouffre naturel. On avait essayé d’utiliser l’imagerie satellite, mais on manquait de détails. Un drone a pu pénétrer à l’intérieur pour prouver la présence de cadavres. »

Capable de produire des images thermiques, de la vidéo, et même du son, les engins volants sont parfaits quand il s’agit d’enquêter dans des endroits trop difficiles d’accès ou trop dangereux. Cependant, leurs usages posent de nombreuses questions éthiques. « Comme pour les cartes satellites et le GPS au début, les drones sont encore considérés comme des appareils de renseignement ou d’attaque, explique-t-il. Si vous faite voler un engin au-dessus d’un village qui a subi un bombardement, vous risquez de traumatiser toute la population. Par ailleurs, on peut se mettre en danger en opérant avec un drone. Au Liban, j’avais toutes les autorisations possibles pour faire voler l’appareil. Mais ça n’a pas empêché un paysan furieux de me prendre pour un espion et de venir me braquer. »

Quand la technologie de pointe se heurte au pragmatisme politique

Josh en a parfaitement conscience : les nouvelles technologies de l’imagerie peuvent délivrer de l’info plus précise, plus rapidement, sur les exactions en cours... pour le meilleur comme pour le pire. Mais quoi qu'il en soit, elles ne pourront jamais accélérer les décisions politiques pour stopper des crimes dénoncés. Pour illustrer ce problème, il raconte une investigation menée lors d’un épisode de sècheresse en Somalie. « Avec l’image satellite, les Nations Unies ont découvert que c’était l’Éthiopie voisine qui asséchait les rivières avec des barrages hydroélectriques et des réservoirs géants. Ils auraient pu rendre l’affaire publique, mais finalement personne n’a rien dit car ce pays accueille aussi de nombreuses ONG et des camps de casques bleus. Dénoncer la situation aurait pu mettre en danger toute l’organisation. » CQFD. La technologie n’est ni bonne ni mauvaise… et résoudre les imbroglios éthiques qu'ils ont eux-même créés reste encore et toujours la grande affaire des humains.

 

crédit : Unicef et Human Rights Watch

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