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tech en afrique
© Getty Images

Arrêtons de comparer l'écosystème tech africain avec la Silicon Valley

Le 10 déc. 2018

D’un bout à l’autre du continent africain, la nouvelle économie numérique promet de répondre à certains des grands enjeux de développement. Nous avons profité du festival FUTUR.E.S de juin 2018 pour rencontrer Rebecca Enonchong, l’une des figures de la tech sur ce continent.

Du Woe Lab de Lomé au Togo à la Silicon Mountain du Cameroun, le continent africain est déjà une terre fertile pour la tech. L’Afrique verra-t-elle naître la prochaine Silicon Valley ?

REBECCA ENONCHONG : Je ne suis pas favorable à la comparaison systématique avec la Silicon Valley. Chacun des pays d’Afrique possède son modèle qui propose quelque chose de différent. Et nous avons nos propres atouts. Si l’on emmène des entrepreneurs de la Silicon Valley dans la Silicon Mountain au Cameroun ils ne réussiront peut-être pas car l’environnement y est très différent par rapport aux États-Unis. Les compétences ne sont pas systématiquement transférables.

Par ailleurs, tous les pays ne sont pas au même niveau de développement, certains pays vont plus vite que d’autres. C’est le cas de l’Afrique du Sud, du Kenya, du Nigeria ou du Rwanda. Au Cameroun, il y a beaucoup de startups, mais la démarche d’innovation n’infuse pas encore dans toute la société. Quant à l’Afrique centrale, elle est très en retard par rapport aux pays d’Afrique de l’Est et de l’Ouest. Globalement, il y a encore un fossé entre pays francophones et pays anglophones.

Quels sont les grands défis auxquels pourrait répondre la tech, à l’échelle du continent ?

R.E. : Ils sont nombreux mais je retiens la santé, l’éducation et l’agriculture. Dans le domaine de la santé, on peut par exemple utiliser la médecine à distance pour établir des diagnostics et trouver des solutions dans des zones reculées où il n’y a pas de médecin. Au Mali, cette médecine 2.0 est en plein essor, notamment grâce au Raft (Réseau Afrique francophone pour la médecine).

Pour ce qui est de l’éducation, il y a les MOOCS (massive online open courses). Certains ne nécessitent même pas de connexion à Internet car en Afrique la technologie USSD (unstructured supplementary service data) est très développée. Ce sont des codes que l’on utilise pour recharger du crédit téléphonique, tous les Africains savent s’en servir. Ils peuvent donc étudier directement sur leur mobile et se financer des formations en direct, avec des tests et un suivi. Au Kenya, la startup Eneza Education a déjà plus de trois millions d’utilisateurs.

Les solutions tech sont également nombreuses dans le domaine de l’agriculture. Au Rwanda, de jeunes entrepreneurs ont créé un capteur qui donne des informations précises sur la composition de la terre, ce qui permet aux agriculteurs d’optimiser leurs cultures. Une initiative similaire baptisée iCow existe au Kenya. Ces technologies fonctionnent grâce au mobile, les exploitants agricoles reçoivent des informations précises sur l’état des sols par SMS.

Le mobile est la technologie phare sur le continent africain…

R.E. : Tout à fait, l’Afrique est mobile-first, voire même mobile-only ! Le continent a sauté l’étape des ordinateurs pour passer directement au téléphone mobile. Les Africains s’en servent pour tout : communiquer, trouver de l’information, travailler et aussi payer. Néanmoins il y a une différence entre le mobile wallet en Europe et aux États-Unis et la mobile money en Afrique, qui n’est pas liée à un compte en banque ou à une carte de crédit. C’est une monnaie qui est entièrement associée à un numéro de téléphone : on y reçoit notre salaire, on peut payer nos employés, nos impôts, la scolarité de nos enfants, le loyer. Tout passe par ce porte-monnaie associé à son numéro de téléphone.

Vous défendez également une approche inclusive de la tech. D’après vous, pourquoi est-ce nécessaire ?

 R.E. : Aujourd’hui la technologie a une représentation physique, celle d’un homme blanc. Je pense que cela doit absolument changer. C’est un combat que l’on doit mener en Europe, en Afrique et même aux États-Unis. Quand on parle d’IA aujourd’hui, on parle d’une technologie qui a déjà intégré des biais racistes et sexistes. On est en train d’informatiser les biais et de les structurer. C’est pour cela que je défends le besoin de plus de diversité. On doit faire en sorte que le succès technologique ait un visage différent pour ne pas que la technologie renforce les inégalités.


Cet article est paru initialement dans le hors-série "Business4Good" réalisé par L'ADN Studio en partenariat avec les #Intrapreneurs4Good de BNP Paribas.
Retrouvez-les sur le compte Twitter @Intra4Good.

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