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deux rangées de fraises verticales
© Agricool

Et ouais, la ferme tech la plus avancée du monde est… en banlieue parisienne

Le 20 févr. 2020

Alors que l’agriculture urbaine est souvent dépeinte comme non viable, Agricool réussit un tour de force technologique et entend bien prouver que l’AgTech pourrait, d’ici 2050, compter pour plus de 30% de la consommation alimentaire dans les grandes villes…

La semaine dernière, la première ferme urbaine était inaugurée. Elle a été développée à la Courneuve, par la start-up française Agricool. Ici, ni champs ni prés verdoyants. Sur une sorte de terrain vague, entre la ligne de RER B et des immeubles de briques rouges, une dizaine d'énigmatiques conteneurs blancs. A l’intérieur, sous des lumières artificielles, poussent salades, fraises et herbes aromatiques…

Silence, on pousse !

La ferme s'érige sur d’anciennes terres maraichères, le « ventre de Paris », qui nourrissaient la capitale avant la révolution industrielle. Difficile de deviner que vous vous trouvez face à la ferme urbaine la plus avancée du monde.

La structure est le fruit de plus de quatre ans de recherche et développement menés par une cinquantaine d’ingénieurs. L'objectif est ambitieux : prouver qu’une ferme urbaine peut-être viable, tant sur le plan économique qu’écologique, en proposant des produits sains, locaux et responsables, c’est-à-dire dépourvus de pesticides, disponibles à moins de quinze kilomètres de l’assiette, et très peu gourmands en énergie.

Des conteneurs blancs sur un terrain vague

Crédit : Agricool

« Ce qui a été moteur dans notre envie de promouvoir l’agriculture locale, c’est cette info flippante : trois jours après sa récolte, une fraise a déjà perdu 50% de ses vitamines… En ville, l'appauvrissement de la valeur nutritionnelle de nos aliments fait que ce n’est plus cinq fruits et légumes jour qu’il faut manger chaque jour, mais dix… », précise Guillaume Fourdinier, cofondateur d’Agricool.

A ce jour, la ferme produit chaque semaine près de 1 000 barquettes de fraises et 6 000 de salades et herbes aromatiques. Un tout  petit pas donc au regard de nos besoins, certes. D'ici 2050, il faudra selon la Food and Agriculture Organization produire 70% de nourriture en plus pour satisfaire les besoins alimentaires de 9,1 milliards d'individus, et ce dans des conditions hostiles, entre réchauffement climatique, pollution, et acidification des sols. 

Oui, mais. La jeune pousse française aurait peut-être réussi à craquer l'équation magique... 

Un tour de force technologique

Longtemps la ferme s’est cantonnée à la culture des fraises. Pourquoi les fraises ? « Ce fruit est complexe à travailler, il demande beaucoup de recherche pour comprendre sa photosynthèse, ce qui a impliqué de reprendre les fondamentaux de l’agronomie. C’est cet apprentissage de plusieurs années qui nous a permis de développer de nouveaux produits aujourd’hui », explique Guillaume Rossi, Directeur Technique.

Car pour jouer un rôle conséquent dans l’alimentation, il fallait se diversifier. Et pour cela, réussir une prouesse technique qui rendrait le modèle économique viable : personnaliser le climat, la lumière et l’irrigation des zones, chacune dédiée à une culture spécifique, le tout en mutualisant les ressources énergétiques entre chacun des conteneurs. Pari réussi pour Agricool qui passe cette année d’un prototype fonctionnel à un modèle de solution industrielle déployable à grande échelle et adaptable à la façon d'un jeu de Lego à tous types de terrains. 

« Par rapport à l’agriculture traditionnelle, on économise 90% d’eau. On fonctionne en circuit fermé, tout ce qui n’est pas consommé par la plante est récupéré et réintégré dans le circuit », précise Guillaume Fourdinier. « Au mètre carré, nous produisons près de 120 fois plus qu’un champ traditionnel… »

Pour en arriver là, Agricool n’a levé que 18 millions d’euros... Une broutille quand on pense que les trois plus grands acteurs du secteur (Plenty, Bowery et Infarm) ont en dix ans et à eux trois levé plus de 420 millions de dollars sans réussir à rendre leur modèle viable économiquement et à dupliquer leur ferme. Alors, est-ce que cette fois, on tiendrait un modèle intéressant ?

Laure Coromines - Le 20 févr. 2020
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