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un Fairphone 2 démonté

Fairphone : « Il n’est pas nécessaire de changer de portable tous les ans »

Le 5 oct. 2018

Luke James, le responsable des ventes de Fairphone - le téléphone éthique -, nous explique la stratégie de la compagnie qui vient de lever 2,5 millions d’euros en Crowdfunding. 

Depuis maintenant 5 ans, Fairphone propose à sa communauté des smartphones modulables, réparables et éthiques. Après avoir sorti le Fairphone 2 en 2015, l'entreprise poursuit sa croissance en levant 2,5 millions d’euros via une campagne de crowdfunding qui s’est déroulée en juillet 2018. Luke James, responsable des ventes de la marque, revient sur la stratégie à long terme de la société. Cette dernière espère jouer le rôle de modèle dans une industrie entachée de nombreux scandales sociaux et environnementaux. Mais au-delà de la chaîne de production et de vente, c’est aussi aux consommateurs que la marque veut montrer qu’il est possible de « consommer » des téléphones portables autrement.

Vous venez de lever 2,5 millions d’euros en Crowdfunding. Pourquoi avoir choisi ce système de financement ? 

Luke James : Nous considérons notre marque comme un mouvement et comme chaque mouvement, il faut une communauté derrière pour le soutenir. Actuellement, nous comptons 150 000 utilisateurs FairPhone et nous visons les 500 000 utilisateurs d’ici 2020. Cette levée de fonds était donc nécessaire à notre croissance. Mais en plus de grandir, nous voulions aussi faire profiter les personnes qui nous soutiennent. Pour ça nous avons offert des parts de l’entreprise par l’intermédiaire de ce crowdfunding. Au final, nous avons atteint cet objectif en moins de trente jours.

Contrairement aux autres géants du secteur qui sortent un nouveau produit tous les ans, votre dernier téléphone portable le remonte à 2015. Comment faites-vous face à la logique commerciale et marketing de vos concurrents ? 

L.J : On essaye d’avoir une approche complètement différente des autres. Bien sûr, notre dernier portable date de 2015, mais on veut montrer aussi que l’appareil peut traverser l’épreuve du temps. Il est modulaire et on peut le réparer. Nous sommes les premiers à avoir mené une mise à jour hardware en aout 2017 en changeant les appareils photo. Ils sont passés de 2 et 8 mégapixels à 5 et 12 mégapixels. Avec les garanties sur la coque et la batterie, on espère que les consommateurs gardent le téléphone entre 3 et 5 ans. 

C’est un sacré changement de mentalité ! 

L.J : Pour les clients qui nous soutiennent, ça s’inscrit complètement dans leur choix. Ils ont acheté un Fairphone pour nos efforts sociaux et environnementaux. Ils savent aussi que plus ils gardent leur téléphone portable moins ils ont d’impact sur l’environnement et moins ils relâchent de CO2 dans l’atmosphère. Mais il n’y a pas qu’eux qui doivent changer de mentalité. On doit aussi toucher les opérateurs téléphoniques, les revendeurs, les usines, les acheteurs de matériaux, les fournisseurs et enfin les mines. 

Ça coûte combien un Fairphone 2 ?

L.J : Actuellement l’appareil coute 529 euros et les deux caméras coute environs 75 euros à changer. Sur ce prix, environ 120 euros reviennent aux taxes et dans les marges des revendeurs et une cinquantaine d’euros reviennent à l’entreprise. Enfin, les 340 euros restants vont dans la production même du produit. Sur cette somme, nous donnons 67 euros à des ONG qui travaillent sur place. Avec ces prix, nous donnons à nos clients la liste de l’ensemble de nos partenaires pour qu’ils puissent voir d’où viennent les matériaux. 

Vous avez eu des soucis d’approvisionnement l’année dernière.

L.J : Effectivement. Toute l’industrie des téléphones portables a été touchée par une pénurie de composants pour fabriquer les écrans. Comme nous sommes tout petits, nous passons des commandes de quelques milliers de pièces. De ce fait, nous sommes passés après tout le monde. C’est justement pour éviter ce genre de problème que nous avions besoin de grandir. À présent, nous avons une équipe en Chine qui s’occupe de ces sujets directement.

On sait que la plupart des minéraux viennent de zones de guerre ou que les lieux de production ne donnent pas de bonnes conditions de travail aux ouvriers. Comment votre action se traduit dans les lieux de production que vous choisissez ?

L.J : Une partie de notre philosophie, c’est d’aller dans les endroits où il y a des problèmes. Nous sommes présents en Chine, car nous savons que les conditions de travail y sont difficiles et nous travaillons main dans la main avec des ONG pour améliorer des conditions de vie des ouvriers sur place. Même chose pour les minerais. On pourrait très bien aller s’approvisionner en Australie, mais plutôt que de boycotter des pays en guerre comme la RDC ou le Rwanda, nous allons sur place et choisissons des mines artisanales qui n’exploitent pas d’enfants et qui travaillent sous le label Fairtrade. Plutôt que de faire semblant de ne pas voir les problèmes, on préfère essayer de les résoudre sur place. 

Vous espérez que les autres marques du secteur comme Apple ou Samsung, suivent votre voie ?

L.J : Plutôt que de critiquer la concurrence, on essaye d’être le plus transparent possible pour que les autres suivent notre exemple. Plus on a de demandes sur le marché du téléphone, plus on prouve que notre démarche a du sens et qu’il est possible de changer l’industrie. 

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