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Un homme âgé sourit et tient une télécommande sur son canapé
© Deagreez via Getty Images

Découvrez les longévistes, les transhumanistes convaincus que la mort est évitable

Le 19 sept. 2019

Depuis quelques années, l’idée que le vieillissement n’est qu’une maladie dont on pourrait très bien guérir gagne du terrain. Entre réels progrès scientifiques et rêves transhumanistes, nous sommes partis à leur rencontre. 

Le vieillissement n'est qu'une maladie comme les autres et on pourrait très bien y échapper... Cela vous paraît absurde ? Certains y croient dur comme fer. Une vingtaine d’entre eux étaient réunis mercredi 18 juin à l’EP7, la « guinguette numérique » du 13ème arrondissement de Paris, lors d’une soirée organisée par l’Association française transhumaniste (AFT). Des transhumanistes convaincus et des curieux étaient venus assister à la projection d'une série de vidéos sur les causes du vieillissement et les moyens pour lutter contre.

Dans ces vidéos Guilhem Velvé Casquillas, sérial-entrepreneur et ancien chercheur au CNRS, explique d’un ton pédagogue les 9 causes du vieillissement et l’état des recherches en cours pour les contrer. Accrochez-vous bien, on y parle lésions du génomes, épigénétique, rétrécissement des télomères, dysfonctionnement des mitochondries… soit les différents mécanismes qui altèrent notre organisme et finissent par nous conduire progressivement, mais sûrement, vers la mort. Réjouissant. Mais ces mécanismes seraient – pour certains en tout cas – évitables. Des équipes de recherche sont parvenues à les freiner voire à les inverser, chez l’animal du moins, nous explique les vidéos, preuves à l'appui.

« Nous savons que nous allons mourir, pourquoi ne rien faire contre ? »

Guilhem Velvé Casquillas a créé la société Long Long Life. Une sorte de laboratoire de recherche privé dont le but est notamment de vulgariser les principes du vieillissement et ses remèdes. Après tout, pourquoi la vie éternelle ne serait réservée qu’aux milliardaires de la Silicon Valley ? « Aujourd’hui les personnes qui parviennent à augmenter leur longévité sont soit très riches, soit très au courant. On ne peut pas faire en sorte que tout le monde soit riche, mais on peut essayer de tenir tout le monde au courant », explique le chercheur. Sur le site de Long Long Life, on peut lire : « nous sommes persuadés qu’au sein de notre génération, ou peut-être de la suivante, se trouvent déjà les premiers individus qui ne seront plus condamnés à vieillir. » 

Didier Coeurnelle, porte-parole de l’Association française transhumaniste, croit lui aussi que viser 200 ans d’espérance de vie, voire plus, n’a rien d’impossible. Il faut commencer selon lui par changer notre rapport à la mort et à la vieillesse. « Nous savons que nous allons mourir et que 90 % des morts sur terre sont causées par des maladies liées au vieillissement, pourquoi ne rien faire contre ? », se demande ce juriste de 57 ans, qui se passionne pour les questions de longévité depuis une dizaine d’année. Il préside aussi Heales, une association à la dizaine de membres actifs qui « milite pour l’extension de la vie ». Sur son site, Heales présente la mort comme « une tragédie humaine universelle » contre laquelle il faudrait se mobiliser. 

« Old Age is Over ! » selon le MIT

Ces prophéties dignes de science-fiction prêtent à sourire, mais la lutte contre le vieillissement n’est pas qu’une lubie de quelques hurluberlus, c’est un sujet pris très au sérieux par un certain nombre de chercheurs, médecins et entrepreneurs. Le MIT Technology Review, média référent en matière de sciences et de technologie, écrivait en Une de son numéro de septembre 2019 : « Old age is over ! » (la vieillesse, c’est fini !).

Le magazine interroge quelques-uns des scientifiques les plus en pointe sur ce sujet, dont l'Australien David Sinclair. Ce biologiste de l’Université d’Harvard est parvenu en 2017 à inverser le vieillissement de l’ADN de souris grâce à un traitement. Pour lui, le vieillissement pourrait être plus facile à guérir que le cancer. « La plupart des maladies graves aujourd’hui sont liées au vieillissement. Donc identifier les mécanismes cellulaires et les traitements du vieillissement devrait être une urgence », expose-t-il au MIT Technology Review.

La vieillesse n’est pas une maladie selon l’OMS

Sauf que la vieillesse n’est pas considérée comme une maladie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Selon Guilhem Velvé Casquillas cette classification explique le peu de financement existant pour accélérer le développement de médicaments et de biotechnologies anti-vieillissement. Sa société Long Long Life s’est donné pour mission d’accélérer ces recherches en développant des outils – des humains sur puce notamment (l’organisme d’un humain reproduit en cellules souches) – destinés aux chercheurs pour tester leurs traitements et accélérer leur mise sur le marché.

La recherche est peut-être trop lente pour les transhumanistes, mais quelques projets et technologies apparus ces dernières années s’avèrent très prometteurs. Premier en liste : CrispR CAS-9, un ciseau génomique permettant de modifier certaines parties de notre ADN. Il ouvre la voie aux thérapies géniques anti-âge. En février 2019, des chercheurs du Belmonte Salk Institute (à San Diego, Californie) sont parvenus à bloquer l’expression d’un gène responsable du vieillissement de souris atteintes de progeria (une maladie qui accélère le vieillissement).

Autres solutions à plus ou moins long terme : des systèmes d’intelligence artificielle pour prédire et éviter le développement de certaines maladies, voire « des nano-rabots qui remplaceraient nos organes et tissus défaillants », espère Didier Coeurnelle.

Google est sur le coup

Rassurez-vous (ou pas) : les géants de la tech sont sur le coup. On peut les comprendre : le marché des personnes souhaitant vivre plus longtemps et en meilleure santé est potentiellement énorme. Google a créé en 2013 Calico (California Life Company), un laboratoire dédié à la compréhension des mécanismes du vieillissement et aux solutions pour les contrer. 1,5 milliard de dollars ont été investi dans cette entité.   

Avant de voir leur ADN modifié et des nano-robots envahir leur organisme, les pros de la longévité luttent contre les mécanismes du vieillissement avec des méthodes simples et non-invasives. « Goûter quelque chose qu’on aime a un rôle anti-inflammatoire naturel, comme la lumière, la relaxation, sentir un parfum agréable… », énumère la professeure Patrizia d’Alessio, hématologue et chercheuse spécialiste des mécanismes du vieillissement, invitée à la soirée de l’AFT. Les probiotiques et vitamines sont une autre option. Certains extrémistes ingèrent des dizaines de compléments alimentaires par jour pour espérer gagner quelques années en rab, racontait The Guardian en juin 2019.

Vivre jusqu’à 200 ans, est-ce bien sérieux ?

Vouloir allonger la vie de plusieurs décennies, voire plusieurs siècles n’est pas une opinion si bien acceptée. Les opposants aux transhumanistes avancent notamment qu’il n’est pas naturel de vouloir repousser la mort. « Mais qu’est-ce qui est vraiment naturel autour de nous ? », rétorque Didier Coeurnelle.

Certes, mais si l’on compte vraiment se diriger vers une vie quasi-éternelle, certaines problématiques éthiques, philosophiques et environnementales méritent d’être adressées. La série dystopique Arte Ad Vitam (2018) en aborde certaines. Dans cette fiction, un moyen de régénérer l’ensemble des cellules du corps permet aux humains de ne jamais vieillir, ni de mourir donc, sauf en cas d'accident. Une partie de la population, notamment la jeunesse, se rebelle contre ce dictat de l’immortalité : à quoi rime l’existence sans date de péremption ? Comment faire face au deuil si la mort n’est qu’occasionnelle ?

En revanche, la série aborde peu le sort de la planète. Question cruciale alors que dans la vraie vie, certains considèrent que la surpopulation est l’une des principales causes du réchauffement climatique et préfèrent ne plus avoir d’enfant

Les seniors encore plus discriminés 

Par ailleurs, considérer la vieillesse comme une maladie pourrait stigmatiser encore plus les seniors, juge le MIT Technology Review. Alors même que ces derniers sont déjà victimes d’« âgisme » (discrimination liée à l’âge), dans le monde de l’entreprise notamment.

Les longévistes ont conscience de ces critiques. Leur réponse est de dire qu’ils souhaitent simplement donner aux humains l’opportunité de choisir ou non le vieillissement, pas que celui-ci s’impose à eux comme une fatalité. À vous donc de décider…

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Commentaires

Répondre à Terence Ericson Annuler la réponse

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  • Attention, la surpopulation n'as rien à voir avec l'espérance de vie. C'est même le contraire (le Japon, où l'on vit le plus longtemps, connait la plus grande décroissance démographique sur Terre. Ce qui influence la surpopulation, c'est donc non pas l'espérance de vie, mais le nombre d'enfant par femme (s'il est au dessus de 2 / femme (exponentiel) ou en dessus de 2 (tend vers une limite)). Et ce taux de natalité est directement corrélé au taux d'éducation (et donc de libertés) des femmes. Permettre aux femmes d'être libres et non illettrées, c'est leur permettre de choisir pleinement d'avoir un enfant pour des raisons réfléchies. Et ça, c'est quand même plus altruiste et philanthrope, pour contrôler la surpopulation, que de souhaiter la mort des gens "obligatoire à 80/90 ans car sinon au dessus c'est pas naturel"
    Pour ajouter, n'oublions pas que encore récemment (époque victorienne) l'espérance de vie en moyenne était autour de 40 ans. Ainsi, qu'est-ce qui est naturel dans le fait de vivre 80/90ans ?