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Portrait de média : Mad Movies

Le 7 juin 2016

Mad Movies aborde le meilleur de la fiction sur papier, sur le Web et plus récemment lors de festivals. Une liberté de ton et de découverte sans frontières qui fait figure de résistance dans un paysage cinématographique qui tend à la blockbusterisation des salles obscures. Rencontre avec son rédacteur en chef Fausto Fasulo.

Peut-on voir Mad Movies sous un œil « activiste », car il propose un cinéma différent de celui prôné par les grandes institutions ? 

 

FAUSTO FASULO : Mon souci premier est de fonctionner par décloisonnement pour faire cohabiter dans le même magazine des films qui seraient traités différemment ailleurs. Il faut affranchir toute logique de hiérarchisation. Chez nous, un film est un film et il ne sera pas moins bien traité s’il sort en vidéo ou au cinéma. On vise avant tout sa pertinence. Le fait de rédiger des pages sur une petite production peut paraître militant, ça l’est peut-être inconsciemment, mais c’est avant tout naturel pour nous, il n’y a pas de démarche politique mûrement réfléchie derrière.

Qu’appréciez-vous dans les projections que vous organisez ?

F. F. : Voir pleinement son public, contrairement au magazine où l’on ne voit pas le lectorat. La rencontre avec le public visé est formidable. C’est une concrétisation directe de notre travail.

Pour cultiver ce lien, nous travaillons sur une plate-forme VOD sur laquelle on pourrait trouver les films selon leur appartenance, avec une vraie éditorialisation ainsi qu’un travail de présentation et d’accompagnement. C’est un projet compliqué que l’on nourrit depuis plusieurs mois, mais qui, une fois sorti, sera très intéressant.

Vous, activistes du fantastique, résistez bien quand beaucoup de revues de cinéma disparaissent. Comment cela se fait-il ?

F. F. : C’est une résistance relative. On a subi la crise, mais plus lentement. Notre spécialisation nous protège mais ne nous rend pas inébranlables. Un bon exemple est celui du choix des couvertures qui reste un exercice précautionneux. Il faut être stratégique sans trahir l’esprit du magazine. On ne peut pas passer notre temps à traiter des petits films en regrettant qu’ils ne soient pas plus connus tout en mettant Star Wars en couverture par exemple !

Est-ce qu’une des forces du cinéma fantastique est encore sa portée politique et contestataire ?

F. F. : Certains films l’ont gardée, mais la majorité des films diffusés en salle ne l’ont pas vraiment… ou ils sont contestataires dans le mauvais sens du terme, en véhiculant des idées plutôt nauséabondes comme Annabelle ou The Conjuring. Le cinéma fantastique est une caisse de résonnance sociétale, il peut dénoncer et créer un niveau de lecture politique qui se révèle ultrajuste.

Vous avez organisé un festival juste après les attentats, n’est-ce pas un peu risqué ?

F. F. : Il faut bien savoir choisir ses mots, et surtout croire en la capacité des gens à mettre entre parenthèses le contexte. Le but est de créer une bulle dans laquelle on peut montrer ce que l’on veut.

Pour le film de clôture, très dur et qui se passait dans une salle de concert assiégée, je me suis posé des questions. Le film étant bon, je n‘ai pas eu le sentiment de prolonger la parano extérieure.

D’autant plus que ces événements rassurent. On se sent appartenir à une tridobu car on fréquente des personnes qui ont le même bagage culturel, les mêmes références, les mêmes affinités, donc on se sent en famille. C’est le genre fantastique qui le veut. On ne pourrait jamais retrouver une telle osmose avec d’autres genres. Quand on rencontre son lectorat et que l’on fait en sorte que le lectorat se rencontre, ça ne peut être que bénéfique.

S’il y avait une œuvre qui ferait réfléchir par rapport à cette période de peur et d’obscurantisme, laquelle serait-ce ?

F. F. : Starship Troopers. Le film en dit long sur la façon dont les États sont gérés, la façon dont on intervient dans le monde, dont l’info est véhiculée à travers les médias et qui décrit la course au spectaculaire qui finit par nous désensibiliser à la gravité de certaines situations.

À PROPOS DE MAD MOVIES

Mad Movies est un magazine de cinéma français spécialisé dans la fiction. Lancé en 1972, il a conquis un statut de référent dans le genre. Fausto Fasulo est son rédacteur en chef depuis 2006 et le directeur artistique du Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF), créé à l’initiative de l’association Paris Ciné Fantastique et dont le Mad Movies est le partenaire de référence.

mad-movies.com

Propos recueillis par Eric Darkplanneur Briones, directeur du Planning stratégique de Publicis EtNous, professeur associé ISG Moda Domani Institute, blogueur, et coauteur de La Génération Y et le Luxe (Dunod, 2014) et de Luxe et Digital (sortie en mars 2016, chez Dunod).

Crédit photo : Romain Devoise

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