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Qui sont les nouveaux ultra-riches des cryptomonnaies ?

© Changpeng Zhao - Craig Wright - Peter Thiel - Vitalik Buterin - Sam Bankman-Fried

Les cryptomonnaies promettent de faire émerger un nouveau système monétaire, de rebooter l'ancien monde dénoncé comme inégalitaire. Mais elles ont surtout forgé une nouvelle génération d'ultra-riches. Portraits.

Ils ont prophétisé la révolution des cryptos avant tout le monde et sont aujourd’hui milliardaires. Ces cryptogourous influents se présentent volontiers comme des chevaliers en lutte contre le vieux monde de la finance. À rebours de l’idée selon laquelle les cryptomonnaies permettraient de redistribuer le pouvoir de manière plus égalitaire, ils incarnent une élite atypique et exclusivement masculine. 

Changpeng Zhao, fondateur de Binance

Changpeng Zhao, CZ pour les intimes, fonde Binance (contraction de binary et de finance) en 2017. La plateforme est depuis devenue la plus grande place de marché mondiale pour l’échange de cryptomonnaies. Elle compte aujourd’hui plus de 90 millions d'utilisateurs. Lunettes sans monture et hoodie noir (flanqué tout de même du logo jaune de Binance), le Sino-Canadien CZ ne verse pas dans les outrances d’un Musk, et ce même s’il affiche 6,4 millions d’abonnés au compteur sur Twitter.

Le mythe CZ s’est forgé dans le travail, depuis l’époque où il passait d’un job à l’autre dans les McDo de Vancouver pour aider ses parents qui avaient fui la Chine après les manifestations de Tian’anmen. CZ n’est pas un génie du trading. Il est, dit-il, le forgeron qui fournit aux gens leurs épées. « Appauvri » par le récent cryptocrash, la fortune de CZ ne pèse plus « que » 14 milliards de dollars.

Le magnat de la crypto vient de jeter son dévolu sur l’Hexagone. Après un incubateur Web3 fraîchement installé à Station F, il ambitionne d’établir son siège européen à Paris. La France, une bitcoin nation ? L'Autorité des marchés financiers (AMF) vient de lui délivrer un précieux sésame : l'agrément de prestataire de service numérique (PSAN), qui lui ouvre la porte des marchés financiers français.

Sam Bankman-Fried, fondateur de FTX

Le patronyme de Sam Bankman-Fried, alias SBF, le destinait-il à la finance ? Né en 1992 à Stanford, il est, à tout juste 30 ans, l’un des cryptomilliardaires les plus en vue. Repéré très jeune pour son talent en mathématiques, puis formé au célèbre MIT, il a commencé sa carrière comme trader à Wall Street. Il doit sa fortune aux entreprises qu’il a fondées : FTX, une plateforme d’échange de devises numériques et Alameda Research, un fonds d’investissement en cryptos positionné sur le marché nippon. Son créneau : le business florissant du métavers et des NFT.

Mais le jeune milliardaire aux cheveux hirsutes et au visage rond est également un passionné de sport : il collectionne les contrats de sponsoring et de naming. Il a même réussi à faire du footballeur américain Tom Brady, et de son épouse Gisele Bündchen, les ambassadeurs bienfaiteurs de FTX. Sa fondation, la FTX Foundation, lutte contre la pauvreté et la souffrance animale, SBF étant lui-même un végane convaincu. Sa légende rapporte qu’il vit encore en colocation et ne s’offre jamais de vacances. Mais aussi que, contrairement à certains de ses homologues libertariens, il soutient plutôt le démocrate Joe Biden. SBF se dit sensible à l’idée de redistribution des richesses. Est-ce pour ça qu’il a récemment déclaré au Financial Times que Bitcoin n’a pas d’avenir en tant que moyen de paiement ? Un pavé dans la mare pour celui qui a bâti sa fortune en partie en… bitcoin.

Vitalik Buterin, concepteur d'Ethereum

Sacré « prince de la crypto » par Time Magazine en mars 2022, Vitalik Buterin est la tête pensante de la blockchain Ethereum et de la cryptomonnaie du même nom, l’Ether. Petit génie des maths, il conçoit ce protocole alternatif à Bitcoin en 2015, à tout juste 20 ans. Quelques années plus tard, il est déjà milliardaire. Le Russo-Canadien s’est enflammé pour le Bitcoin à l’adolescence entre deux parties de World of Warcraft et après avoir quitté les cours, où il s’ennuyait à mourir. Il incarne la figure du drop-out, ces génies précoces qui quittent les bancs de la fac pour lancer leur entreprise. Mais l’entrepreneuriat a fini par lasser Vitalik Buterin.

Pendant la pandémie, Vitalik Buterin choisit d’apporter sa pierre à la lutte contre le Covid-19 en Inde grâce à des dons importants, libellés en Ethers, bien sûr. Il cofonde une organisation caritative, Balvi, qui soutient la recherche scientifique dans l’élaboration d’autovaccins contre l’infection au coronavirus. Le jeune cryptophilanthrope fait également partie de ceux qui veulent abolir le vieillissement et transcender la mortalité de l’être humain. Il abreuve ainsi les fondations transhumanistes de ses dons, notamment celle de Nick Bostrom, le fondateur de la World Transhumanist Association.

Roger Ver aka Bitcoin Jesus, investisseur Bitcoin de la première heure

Figure des « whales » , ces investisseurs précoces immensément riches aujourd’hui, Roger Ver a très tôt parié sur Bitcoin. C’est d’ailleurs de cette intuition qu’il tire son surnom de Bitcoin Jesus. En parallèle de ses investissements personnels dans Bitcoin et dans nombre de projets en lien avec la blockchain (Ripple, ZCash, BitPay, Kraken…), Roger Ver pilote le site d’informations référent sur l’actualité des cryptos, Bitcoin.com, jusqu’en 2019. Il finance aussi la Bitcoin Foundation, une structure de lobbying qui œuvre pour que la crypto rivalise avec les monnaies fiduciaires.

Comme entrepreneur, Ver connaît une carrière interlope. Il commence en revendant des composants informatiques sur Ebay, au début des années 2000. Précocement riche, il quitte ses études (encore un drop-out) et fonde l’entreprise d’e-commerce Memory Dealers. Jugé en 2002 pour vente d’explosifs sans permis, il fait un petit détour par la case prison.

Libertarien et anarcho-capitaliste revendiqué, Ver s’est fait connaître comme philanthrope alors qu’il fait un don d’un million de dollars à la Foundation for Economic Education, une organisation qui promeut la dissolution de l’État et la défense rigide du principe de liberté. Déçu des lois de son pays, le messie passe du troc de disques durs à l’échange de passeports en lâchant sa citoyenneté américaine contre celle de Saint-Christophe-et-Niévès, paradis caribéen décoré de palmiers et de cadeaux fiscaux. Mais Ver qui souffre d’une réputation de menteur colérique, traîne aussi quelques casseroles. Bitcoin Jesus ou… Bitcoin Judas ?

Craig Wright, l'usurpateur d'identité

Australien surdiplômé, Craig Wright semble avoir eu plusieurs vies, dont l’une l’a conduit à usurper l’identité de Satoshi Nakomoto, le mystérieux individu (ou groupe) à l’origine du white paper de Bitcoin. Wright se définit tout à la fois comme expert en cybersécurité, juriste, économiste, mais aussi pasteur (!), investisseur et mathématicien. En 2014 il tente de fonder la première banque basée sur le Bitcoin, la Denariuz Bank. Le projet est très vite taclé par les régulateurs.

Est-ce pour se laver de cet échec qu’il décide de s’attribuer la paternité de Bitcoin ? Hélas, les preuves fournies par Wright pour justifier du dévoilement de l’identité du mythique Satoshi (des lots de 2009 pour envoyer du bitcoin, des signatures cryptographiques servant à chiffrer des données) ne convainquent pas les experts. Vexé, il annonce sur son blog se retirer du débat public, préférant rester tranquillement dans le silence des espaces infinis de la blockchain. Aujourd’hui, il y a ceux qui voient en lui une figure incomprise et les autres, qui le considèrent comme un escroc en mal d’attention.

Peter Thiel, le vieux génie de la Silicon Valley

Vieux génie de la Silicon Valley et prophète libertarien, Peter Thiel est tombé dans la marmite de la finance quand il était petit. Cofondateur de PayPal, président d'une hedge fund et investisseur de capital-risque, le libertarien né à Francfort investit un peu partout dans la Silicon Valley, au gré de ses lubies. Rien d’étonnant à ce que ce milliardaire conservateur et controversé de la tech jette son dévolu sur les cryptomonnaies. Lui qui s’est toujours défendu d’être politique affirme à présent qu’il n’y aurait rien de plus politique que Bitcoin, dont il est un fervent partisan.

Mais ses inclinaisons l’ont aussi conduit à apporter son soutien à Donald Trump ou au très conservateur chancelier autrichien Sebastian Kurz. Son obsession actuelle ? Le Web3. Une nouvelle génération du web aux contours encore nébuleux mais où le cash abonde. Peter Thiel se voit en figure de proue de cette révolution et il le fait savoir. La finance traditionnelle ? Old school. L’investisseur-star Warren Buffett ? Un « gérontocrate » . Pour lui, la technologie doit libérer le monde. De quoi ? De tout ! Dans le Web3 rêvé de Thiel, la planète deviendrait alors une super-bourse tokénisée.

Cet article a paru dans le dossier Clash « Faut-il débrancher Bitcoin ?  » de la revue 31 de L'ADN

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