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Deux visages de femmes côte à côte en gros plan
© Pexels

La pandémie nous a fait changer nos BFF (best friends forever)

Le 9 oct. 2020

Le nouveau coronavirus ne s’attaque pas uniquement à nos organismes. Les mesures sanitaires prises pour lutter contre la pandémie ont aussi des effets sur nos interactions sociales.

Entre les périodes de confinement total, la distanciation physique et le concept de bulle sociale, la façon dont nous interagissons change et pourrait même être modifiée à long terme. Pour mieux comprendre le phénomène, une étude a été lancée en Australie. Marlee Bower, spécialiste de la solitude à l’Université de Sydney, et Roger Patulny, sociologue à l’Université de Wollongong, étudient les relations sociales de 2 000 Australiens depuis le début de la pandémie. Les premiers résultats indiquent déjà que des changements de comportement dus à la pandémie sont à l’œuvre.

Recentrer ses relations sur « l’essentiel »

Le premier effet de la pandémie, on s’en doute, est la réduction en taille du cercle social. Ce changement quantitatif s’accompagne d’une modification qualitative. On observe ainsi un recentrage des relations sur des « sous-groupes très particuliers ». C’est le cas de Karen Lamb, statisticienne écossaise installée à Melbourne, qui raconte à la BBC comment le Covid a renforcé sa relation avec Amy, une amie d’enfance. Avant le confinement : les deux femmes se parlaient 4 ou 5 fois par an. Depuis, elles s’appellent tous les jeudis à horaire fixe. Et elles se demandent pourquoi elles n’ont pas fait ça plus tôt.

Ce retour à « l’essentiel » est également mis en lumière par le sociologue François Dupuy qui a étudié la façon dont les Français et Françaises ont vécu le confinement. Lors d’un webinar organisé par EDHEC Online, il évoquait notamment un renforcement des liens au sein de la famille élargie – les cousins au premier degré – pendant cette période. Ce ralentissement – et parfois arrêt – de la mobilité à cause de la situation sanitaire illustre la prééminence de la proximité géographique dans les relations habituelles. « Lorsque les interactions sociales migrent en ligne, seulement certains types de relations semblent survivre, explique Marlee Bower à la BBC. Ce sont des relations où les points communs sont plus forts que partager le même travail ou le même loisir. » En tant de crise mondiale, les amis d’enfance ou la famille deviennent des valeurs sociales refuge.

Nous avons aussi besoin du superflu

Malheureusement, se concentrer sur l’essentiel et renforcer ses liens les plus forts ne protège pas du sentiment de solitude. L’étude australienne montre que nous avons aussi besoin de toutes les petites interactions sociales du quotidien. Karen décrit ainsi le manque qu’elle a ressenti de ne plus pouvoir discuter avec certaines personnes de son entourage. Parmi elles : une amie de la chorale dont elle n’est pas suffisamment proche pour proposer un Zoom en tête-à-tête, mais dont les papotages hebdomadaires se sont révélés importants. Ça n’a l’air de rien mais ça peut peser lourd sur le mental. À ce propos, Roger Patulny, co-auteur de l’étude, évoque un « risque d’effritement du réseau social sans ces petites interactions qui aident à se connecter aux autres. »

Des impacts à long termes ?

Le Covid-19 va-t-il faire de nous des asociaux enfermés dans une bulle sociale réduite au minimum ? Pas la peine de paniquer. La pandémie fonctionne plus comme un accélérateur de tendance qu’un déclencheur. Marlee Bower fait référence à une étude britannique qui montre que les personnes qui souffraient de solitude avant le Covid-10 ont plus de risque de se sentir encore plus seules. Pour les autres, aucun changement durable n’est observé. Spécialiste du sujet, Michelle Lim, parie elle aussi sur des conséquences ponctuelles. Elle affirme qu’il est dans la nature humaine de se tourner vers le groupe social et pointe du doigt le fait que la plupart des entorses au confinement avaient pour objectif d’aller rendre visite à des amis ou sa famille.

Alice Huot - Le 9 oct. 2020
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