Illustration QR code

QR code : de l’industrie au grand public, le festival du scan

Avec Lyf
© Damiano Lingauri / Montage

Plus de 25 ans après sa création, le QR code est désormais adopté par des utilisateurs restés longtemps réfractaires à ce dispositif. Retour sur l’histoire de ce format, et les raisons de son retour en force.

Qu’il apparaisse pixelisé sur un écran de smartphone ou affiché dans un lieu public, le QR code s’est taillé une place grandissante dans le quotidien des Français au cours des derniers mois. Si un tel retour en grâce doit évidemment beaucoup au pass sanitaire, ce dispositif n’a pas attendu la pandémie de Covid-19 pour faire ses preuves. En plus de 25 ans d’existence, ce code-barres à deux dimensions né dans l’industrie s’est rendu indispensable dans de nombreux secteurs, malgré son lot de faux départs.

Le QR code –  pour « quick response » –  est développé au Japon au début des années 90, au sein de l’entreprise Denso Wave. Cette filiale d’un fabricant de composants automobiles conçoit des appareils d’identification automatique : ils déchiffrent les codes-barres collés sur les stocks des entrepôts pour suivre leur production et acheminement. Lent à scanner, un code-barre classique ne renferme qu’une quantité limitée d’informations. Peu à peu, la diversification de la production contraint à multiplier l'étiquetage sur les emballages. Un casse-tête logistique lors des inventaires qui contraint les ouvriers à scanner jusqu’à un millier de codes par jour, rappelle Denso Wave. L’entreprise est chargée de régler ce défi chronophage pour augmenter la productivité des autres filiales du groupe.

Big in Japan

En 1992, Masahiro Hara, ingénieur au sein de Denso Wave, s'attelle à la tâche. Il lui faut inventer un code capable de stocker plus d’informations et d’être lu plus rapidement, tout en étant scannable en taille réduite. Hara mise sur un code-barres 2D, système développé aux Etat-Unis à la fin des années 80. Contrairement au code-barre classique, un code bidimensionnel peut être lu dans les deux sens (horizontalement et verticalement), et ainsi contenir bien plus d’informations.

Assisté par l’informaticien Takayuki Nagaya, Masahiro Hara travaille durant des mois sur un prototype de code, en s’inspirant de son environnement pour pallier certaines contraintes. La vision d’un gratte-ciel se dégageant de l’horizon et la disposition des pions noirs et blancs du jeu de go lui soufflent des idées pour affiner la précision de son futur code : il doit pouvoir être déchiffré par un scanner même étant entouré de texte ou un peu dégradé.

Après un an et demi de recherches, Hara met au point en mars 1994 son nouveau pictogramme constitué de carrés blancs et noirs. Le dispositif ne se limite pas aux sites de Denso ou de son actionnaire Toyota et séduit des fabricants concurrents. Son adoption est facilitée par sa diffusion sous licence libre dès 1999 : le QR code devient alors utilisable gratuitement par tous, sous réserve du respect de certains standards.

Le retard de l’Europe et de l’Amérique 

Initialement réservé aux professionnels, le QR code commence à concerner le grand public avec l’avènement des smartphones, à la fin des années 2000. Des sociétés se créent pour proposer un nouveau type de services marketing autour de ce concept, comme la française Mobile Tag ou l’américaine AT&T Mobile Barcode Services. Mais  en dehors de l’Asie, les usages ne décollent pas vraiment. « Malgré de nombreuses initiatives commerciales en Europe et aux États-Unis de 2010 à 2017, l’utilisation du QR code est alors bridée par son manque d’universalisme et le fait que sa lecture requiert le téléchargement d’app spécifiques. Cela limite son déploiement et son usage grand public » , explique Christophe Dolique, CEO de Lyf, Fintech leader du paiement mobile augmenté.

Les publicitaires n’ont pourtant pas manqué d’imagination pour surfer sur la nouveauté du QR code, et sa capacité à déclencher une action sur un smartphone, comme l’ouverture d’une page web. Aux États-Unis, à l’été 2010, la marque de prêt-à-porter Calvin Klein se paye une campagne d’affichage dans plusieurs villes américaines. En lieu et place des habituels top models, les passants découvrent un QR code géant dans l’espace urbain, et sont invités à regarder un contenu « non censuré » . Rien ne dit que l’inoffensif spot de 40 secondes visible sur YouTube en scannant le QR code ait été vraiment interdit d’antenne, mais le dispositif est suffisamment original pour valoir à l’entreprise une flopée de reprises dans la presse : mission accomplie, mais le train du buzz ne siffle pas deux fois.

Dans un genre plus morbide, des QR code commencent à apparaître dans certains cimetières américains. Ils sont censés permettre aux proches des disparus de faire perdurer la mémoire du défunt, en renvoyant vers une page web compilant détails personnels, musique préférée, etc. Si la très sérieuse Agence France-Presse s’en fait l’écho en 2013, l’offre existait déjà depuis quelques années, notamment via l’initiative d’une entreprise dont le spot visible ci-dessous osait le slogan « donnez vie à votre pierre tombale »  !

Parmi les tentatives de démocratisation du dispositif en France, outre les initiatives de communes affichant des QR codes dans l’espace public, on peut citer l’émission Télématin, diffusée sur France 2. En 2010, pour la première fois à la télévision française, un QR code est affiché à l’écran et invite les téléspectateurs à « accéder à du contenu web dédié » .

Un an plus tard, l’émission vante les mérites de cette technologie à l’occasion d’un reportage improbable, où il est notamment question de QR codes personnalisés brodés sur des casquettes et tee-shirts. Une tendance (heureusement) restée confidentielle :

Pour l’expert en nouvelles technologies Christophe Dolique, qui avant de diriger Lyf avait notamment travaillé dans la zone Asie-Pacifique, l’avancée asiatique s’explique en partie par « le succès d’Alipay, véritable killer app, autrement dit une application propriétaire qui s’impose » . Cette application de paiement mobile, créée par le géant chinois Alibaba, est depuis 2015 disponible dans d’autres pays asiatiques (Japon, Corée du Sud, etc.).

« Le QR code est largement employé en Asie car il est moins cher à exploiter que les cartes à puce » des cartes bancaires, estime Masahiro Hara. Il fait ici référence aux infrastructures importantes que nécessite la carte à puce, moins simple à déployer que le QR code, plus agile.

La démocratisation via l’iPhone

La bascule opère en 2017 avec l’arrivée d'iOS 11, la nouvelle version du système d'exploitation mobile d’Apple. N’importe quel iPhone peut désormais lire directement un QR code depuis son appareil photo, sans devoir télécharger ni lancer une application tierce. Cette innovation, bientôt imitée par d’autres marques, permet « un usage démocratisé » du QR code selon Christophe Dolique. Ce dernier rappelle que, durant la dernière décennie, « les usages qui ont fonctionné sont ceux qui n’imposaient pas à l’utilisateur de s’équiper d’un lecteur » .

Un exemple : l’envoi d’un billet de train – que la SNCF propose depuis 2013 – ou d’une carte d’embarquement avec QR code via mail ou SMS, que le client n’a qu’à présenter pour obtenir sa place.

Loin du purgatoire des technologies « gadgets » , le QR code s’impose par sa simplicité d’usage comme une passerelle entre support physique et espace virtuel. Reste à savoir quelle sera la « killer app » (autre que le pass sanitaire, temporaire a priori ! ) qui l’installera définitivement dans les usages du quotidien.

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