
Stella Lefty a un joli brin de voix, mais le compte en banque de son père pourrait lui coûter cher.
Silhouette longiligne, sourire solaire et le look étudiant de votre voisine de palier. Depuis longtemps, 2022 au moins, Stella poste des vidéos. Beaucoup de vidéos. On découvre son joli brin de voix qu’elle exerce sur des reprises, souvent, et des compositions originales, parfois - dont certaines ont soulevé des accusations de plagiat. À force de partages, Stella Lefty a fini par faire un carton sur TikTok. Mais depuis que les internautes ont découvert son pedigree, elle est la fille d’un milliardaire de la tech, les commentaires continuent d’affluer, nettement moins gentils.
De « sensation virale » à la « prochaine grande star de la country »
La chanson Boston est une déclaration d’amour que Stella destinait à son nouvel amoureux. Le refrain, « j'abandonne tout ce que je croyais savoir. J'ai du mal à l'admettre, mais je crois que je ne suis pas mieux seule », est une petite ritournelle pop-country. Quand elle le poste sur TikTok en février dernier, elle n’a pas encore écrit les couplets. Elle-même ne comprend pas le succès immédiat de son post : « Plus personne ne détient la solution miracle. C'est TikTok qui décide » confie-t-elle à Vanity Fair. Et pour Boston, la plateforme a décidé que ça allait marcher. Et ça a marché. En quelques semaines cela donne : 200 millions de streams sur Spotify, une deuxième place au Billboard Hot 100 et Stella qui tout à coup est invitée sur les scènes des plus gros festivals. La presse l’adoube. Rolling Stone la considère comme « sensation virale » et « l’une des plus grandes chansons de l’année », Vanity Fair comme « prochaine grande star de la country » et « artiste en pleine ascension » tandis que le New York Times la place dans la course de la « chanson de l’été ».
Dans la famille milliardaire, je ne demande pas sa fille artiste !
L’histoire pourrait illustrer, un énième tours de passe passe des réseaux sociaux avec ces stars née sans impresario, sans maison de disques, élues par le contact direct avec le public. Stella aurait pu être une nouvelle Billie Eilish, une Taylor Swift en devenir. Pas tout à fait. Comme elles, son activité en ligne a fait éclater ses premiers succès, comme elles, son capital social a surement compté. Mais pour elle, la barre du capital était trop haute, et ce n’est pas passé. Le père de Stella est le cofondateur de Groupon, reconverti depuis dans les biotechnologies avec Tempus AI, un entrepreneur à gros succès à la tête d’une fortune estimée à plus de 5,5 milliards. L’information n’a jamais été un secret et Eric Lefkofsky partageait déjà sa fierté pour les compositions de sa fille sur X en mai 2023. Et sa fille reconnait les effets qu’un tel soutien a eu pour elle. « Le principal avantage d’avoir grandi dans un milieu privilégié, c’est le temps. J’ai eu la possibilité d’explorer vraiment, et je n’avais pas de chronomètre au-dessus de la tête. J’avais l’impression d’avoir ce coussin de sécurité » livrait elle à Vanity Fair en août dernier.
Toute la musique que j'aime…
C'est une photo mettant en scène Stella avec deux petites filles qui a déclenché la fureur des internautes. L'image a été prise juste avant que la jeune chanteuse monte sur la scène du Grand Ole Opry, la plus ancienne émission de radio des États-Unis devenue la référence absolue de la country américaine. Et les amateurs de country sont sourcilleux, volontiers inhospitaliers avec les nouveaux entrants (on se souvient de l’accueil qu’ils avaient réservé à Lil Nas X) et particulièrement sensibles aux biographies cabossées : Lainey Wilson, fille d’agriculteurs, vivant trois ans dans son camping-car, Loretta Lynn et ses années de misère, Dolly Parton et son enfance dans une cabane sans électricité. Arrivée par la voie rapide depuis une enfance dorée et un succès porté par TikTok, Stella ne coche aucune case : « J’imagine que “retour à Boston en jet privé”, ça sonne moins bien », ironise un commentaire. Un autre résume la colère : « Ton père milliardaire fait d’une chanson un tube et, soudain, tu peux jouer à l’Opry ? »
Difficile d’additionner le nombre de messages hostiles, dispersés entre TikTok, Instagram, X et Reddit. Mais leur répétition systématique a tout d'une déferlante qui s'élève contre un narratif propre à notre temps. Le numérique avait promis de renverser les privilèges, de permettra à chacun de développer son talent et d’entrer en contact direct avec son public - chacun devait compter sur son mérite personnel. Les Américains n’y croient plus et toute une génération affirme que la tech, loin de supprimer les privilèges, a accéléré leurs effets. Et dans par ces temps de permacrises, ça commence à permalasser.







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