Une famille dans un rayon de supermarché

Lidl, Aldi : « Ça a été la révélation. Les premières fois, j'étais comme en transe. »

© drobotdean

Ils affectionnaient Naturalia ou Monoprix. Aujourd'hui, ils écument les allées des enseignes discount à la recherche de la bonne affaire. Et ils adorent ça.

« Avant j'aimais beaucoup arpenter les rayons de la boutique bio en bas de chez moi. Tout était joli, bien présenté. J'avais envie de tout rafler. Quand j'avais un coup de barre, je m'offrais des biscuits en forme d'étoile dans un paquet rétro. Ils étaient délicieux. Et ils coûtaient horriblement cher. Maintenant, il faudrait me payer pour que j'y remette les pieds. Acheter 3 biscuits 7 euros, c'est de la folie, et surtout, ce n'est plus possible », affirme Léa* en levant les yeux au ciel. Directrice artistique dans une agence parisienne, la jeune femme de 32 ans rallie dorénavant régulièrement le magasin Aldi de son quartier pour faire le plein de produits « sans chichis. » Léa n'est pas la seule dans ce cas. Un récent rapport de la Fondation Jean-Jaurès indique que l'appétence des Français pour les chaînes de supermarchés hard-discount allemandes ne fait que croître. Sous la pression de l'inflation et de la stagnation des salaires, c'est ici que se croisent, listes de courses en main, toutes les classes sociales, des plus populaires aux plus bobos.

« Et tout ça pour 35 euros ! Aldi, c'est Byzance ! »

Après avoir été virée de son précédent emploi, Léa a dû se calmer sur les biscuits et les pâtes à tartiner hors de prix. Pour son alimentation, la Parisienne pure souche a privilégié d'abord Franprix. « Mais c'était tout aussi délirant que les enseignes bios, où j'achetais auparavant une miche de pain et un bout de Comté pour 15 euros. » Un jour, une amie lui propose de l'accompagner chez Aldi. « Ça a été la révélation, rit la jeune femme. Les premières fois, j'étais comme en transe. Je remplissais mon caddy – je voyais les produits s'entasser, je commençais les calculs dans ma tête, je me faisais des pronostics... Au moment de passer à la caisse, j'étais surexcitée. Un panier en osier rempli à rebord, et tout ça pour 35 balles. Aldi, c'est Byzance ! »

Cette nouvelle passion a donné lieu à rituel hebdomadaire. Une fois ses courses terminées, Léa appelle sa mère pour lui raconter tout ce qu'elle a mis dans son panier et elles s'émerveillent ensemble de la quantité de légumes et de condiments achetés. « Quand je vois tout ce que je peux acquérir pour quelques dizaines d'euros, cela me soulage incroyablement... Oserais-je dire que je suis devenue accro ? Oui. » La jeune femme a même réussi à convertir sa mère, récemment retraitée d'un grand groupe. À 63 ans, Dominique* n'avait jamais mis les pieds dans un Aldi. Depuis que sa fille a fait les présentations, elle ne pratique plus que l'enseigne allemande, et elle a aussi entraîné quelques amies. « J'adore Aldi, confie t-elle avec excitation. Il n'y a pas toujours tout ce que l'on cherche en termes de fruits et légumes, mais en fait je m'en fiche, ce n'est pas grave. J'aime me dire que je dois composer avec ce qu'il y a en rayon ce jour-là. Il y a une notion de retour à l'essentiel qui me plaît bien. Et puis on ne sait jamais sur quoi on va tomber, cela me plaît bien. »

« J'ai même un tableau Excel avec la liste des achats que je veux faire »

Ne pas savoir à quoi s'attendre et déambuler rêveusement dans les allées, ce n'est pas vraiment le modus operandi de Nadine*, 44 ans. Cette mère célibataire montpelliéraine arpente les rayons Aldi depuis des années et en connaît les moindres recoins. Aucun bon plan ne lui échappe. « Dans notre groupe WhatsApp "Aldi c'est la vie", avec mes copines, on s'échange les tuyaux. Les grosses promos, ou les arrivages de produits spéciaux. » Employée à La Poste avec deux enfants à charge, Nadine tient un budget rigoureux pour pouvoir boucler les fins de mois. Avec la récente hausse des prix, elle fait de plus en plus attention, ce qui ne l'empêche pas de guetter les bons plans afin de pouvoir s'offrir quelques produits exceptionnels.

Mi-décembre, elle a par exemple fait le pied de grue à l’entrée de son Aldi d'adoption pour mettre la main sur le nouveau robot multifonction façon Thermomix lancé par l'enseigne. Pour cela, Nadine a prévenu qu'elle serait en retard au travail afin de pouvoir faire le tour des magasins et mettre dans son caddie le fameux Ambiano, vendu quelques centaines d'euros moins chers que ses équivalents de marque. « Les produits Aldi sont de super bonne qualité, je n'achète quasiment plus rien qui ne vient de là, pour moi c'est une institution. Casseroles, vaisselle, bouilloire, vêtements parfois aussi : je dresse la liste de tout ce qu'il me faut et que je vais sur place régulièrement, je chope tous les catalogues et je garde l’œil ouvert ! » Elle marque une pause et glisse sur le ton de la confidence : « Bon, j'ai même un tableau Excel avec la liste des achats que je veux faire pour ne rien oublier... » Pour Nadine, économiser sur les courses, c'est un moyen de ne pas priver ses enfants de petits plaisirs (ciné et glaces pour son plus jeune fils, quelques fringues de marques pour sa fille adolescente) et d'économiser pour des vacances près de la mer en été.

« Je refuse de me faire ponctionner comme ça ! »

Faire des économies, c'est aussi le mot d'ordre de Timothée*. Depuis que le jeune homme a quitté le domicile de ses parents pour s'installer dans une résidence étudiante, il fait soigneusement ses comptes, attentif à la hausse des prix et aux différences de gamme, chez Lidl cette fois. Mais pour l'étudiant en histoire et en philosophie, il ne s'agit pas uniquement de mettre des sous de côté, c'est aussi une histoire de principe : « Je trouve que c'est une question de bon sens. J'estime que l'on paye beaucoup trop cher de nombreux produits, juste pour de jolis emballages et des labels bidon, et cela ne va même pas dans la poche de ceux qui font, ceux qui fabriquent, je pense aux agriculteurs, aux éleveurs... Je refuse de me faire ponctionner comme ça, pour rien, pour engraisser je ne sais qui. » Ce n'est pas pour autant que l'étudiant ne privilégie que le prix. Ses parents, professeurs, fidèles de la Biocoop, l'ont habitué aux coopératives et aux circuits courts. « J'achète du bio dès que possible, même si c'est parfois bidon, mais c'est un choix politique. Je choisis aussi un maximum de produits de saisons ou d’articles produits en France. Je trouve normal de payer plus cher pour ça. Mais pas non plus aussi cher, faut pas déconner, c'est suffocant. »

Pour contrecarrer cette sensation, Maria*, 25 ans, a trouvé la parade. Deux à trois fois par semaine, cette fille de chef d'entreprise effectue un passage express au Lidl de son quartier de Marseille. Sur place, elle se fixe une somme à ne pas dépenser et tente de respecter son budget sans regarder les étiquettes. « Je suis devenue assez imbattable je dois dire. Je sais maintenant évaluer à l’œil nu le prix de quelques poires ou d'un demi-kilo de carottes, et je me trompe rarement sur le prix des fromages. Si je réussis, je m'autorise la fois d'après à dépenser quelques euros en plus dans des petits extras, tablettes de chocolat de meilleure qualité ou fruits exotiques. L'inflation a un peu changé la donne, mais je suis en train de prendre le coup. »

*Le prénom a été changé

commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Les supermarchés français sont ringards , je n’y vais plus.
    Cet article met bien en valeur les logiques de LIDL
    sobriété, qualité, bon rayon bio, choix restreint de produits courants, alternatives ponctuelles qui évitent la lassitude etc.

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