Nous sommes 90% à avoir des a priori négatifs sur l’égalité des sexes

Un rapport alarmant du Programme des Nations unies pour le développement fait état d’un ralentissement mondial des progrès en faveur de l’égalité des sexes. En cause, un manque de mesure concrètes, mais aussi le poids de nos biais socio-culturels.

Le monde n’atteindra pas l’égalité femmes-hommes en 2030, c’est le constat réaliste d’un récent rapport du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement).

Analysant les normes sociales de genre de 75 pays abritant plus de 80% de la population mondiale, le document d’une trentaine de pages montre que les progrès globaux en matière d’égalité et d’autonomisation des femmes – économie, santé, éducation – sont en baisse. Pire, il montre que les biais socio-culturels (des pays riches comme pauvres) freinent encore leur évolution.

Il faudrait 257 ans pour résorber l’écart économique entre les hommes et les femmes

Selon le rapport, le nombre de femmes chefs de gouvernement a réussi à baisser en un peu plus de 5 ans avec seulement 10 femmes occupant ce poste dans 193 pays (contre 15 en 2014). 

En matière d’opportunités économiques, on apprend qu’il faudrait 257 ans pour résorber l’écart entre les hommes et les femmes. En 2020, elles ne représentent que 21% des employeurs dans le monde et 12% des milliardaires. De même seulement 5,8% des CEOs sont des femmes.

Concrètement, plus les responsabilités sont élevées, moins les femmes ont de chances d’être représentées, en entreprise comme en politique.

Outre ces mesures chiffrées, des inégalités moins facilement quantifiables sont à prendre en compte, précise le document : la charge mentale et la double dose de travail à domicile, le harcèlement dans les transports publics, la discrimination sur le lieu de travail ainsi que d’autres contraintes passées sous silence auxquelles les femmes sont pourtant quotidiennement confrontées.

Pourquoi l’égalité est-elle si difficile à atteindre ?

Alors que différents mouvements émergent dans le monde (#MeToo pour le harcèlement sexuel, #IWillGoOut en Inde pour la récupération de l’espace public, #NiUnaMenos en Amérique latine contre les féminicides et les violences faites aux femmes…), comment se fait-il que la parité soit si difficile à atteindre ?

Ici, ce sont les normes sociales qui entrent dans la danse. Selon le rapport, les sociétés qui promettent aux femmes qu’elles peuvent devenir ce qu’elles veulent sont aussi les mêmes qui bloquent leur accès aux responsabilités en leur refusant des opportunités équitables.

Exemple : dans les 50 pays où les femmes adultes sont plus instruites que les hommes, elles perçoivent en moyenne 39% de revenus en moins qu’eux - en consacrant plus de temps au travail.

Des biais sociaux à renverser  

En matière de stéréotypes, femmes et hommes sont pourtant bien égaux, et c’est justement là que le bât blesse. Dans le monde, près de 50% de personnes tout genre confondu pensent que les hommes font de meilleurs dirigeants politiques et plus de 40% estiment que les hommes sont de meilleurs chefs d’entreprise : « un jugement social sur la seule base du genre, une barrière invisible et un affront à l’équité et la méritocratie », commente le rapport.

De même, le document estime que 91% des hommes et 86% des femmes nourrissent au moins un biais jouant en la défaveur de l’égalité des sexes, qu’il s’agisse de politique, d’économie, d’éducation, d’intimité, de procréation, voire de violences conjugales. Sur ce dernier point, près de 30% de personnes interrogées conviennent qu’il est légitime pour un homme de battre sa partenaire.

Plus inquiétant, les préjugés contre l’égalité des sexes augmentent dans une quinzaine de pays, autant chez les hommes que chez les femmes. Des enquêtes ont aussi montré que les jeunes hommes pouvaient être encore moins attachés que leurs aînés aux questions de l’égalité.

« Nous savons tous que nous vivons dans un monde dominé par les hommes, mais avec ce rapport, nous sommes en mesure de chiffrer ces préjugés, a déclaré Pedro Conceição, directeur du Bureau du rapport sur le développement humain du PNUD au Guardian. Et ces chiffres, je les trouve choquants. (…) Si vous prenez la moyenne globale des informations dont nous disposons, nous montrons qu'en moyenne, nous reculons - que les préjugés, au lieu de diminuer, réapparaissent. »

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