Daphné Bürki, Nicky Doll, Kiddy Smile de Drag Race

Drag Race France : dix drag-queens à l'assaut des téléspectateurs français

© Nathalie Guyon / Jean Ranobrac - FTV - Daphné Burki

Programme culte aux États-Unis, Drag Race France arrive sur France Télévisions. Compétition de télé-réalité qui se joue à coups de bec, ou message d'inclusion pour cette communauté ? Un peu des deux...

RuPaul’s Drag Race n’est peut-être pas un concept très familier dans l’Hexagone. Pourtant, voilà plus de dix ans, 191 épisodes et 14 saisons, que l’émission explose les audiences à la télévision US. Car oui, dans cette Amérique post-Trump capable de révoquer le droit à l'avortement, ce sont les drag-queens qui font chavirer les téléspectateurs. Et cette passion ne s’arrête pas au petit écran. Entre festivals, le DragCon qui est aux drag-queens ce que le ComicCon est à la BD, les produits dérivés en tous genres... C’est une véritable folie. L'émission RuPaul’s Drag Race emprunte à tous les codes de la télé-réalité : c'est un battle royale où le vainqueur ramasse toute la mise. Elle met en scène des personnalités très hautes en couleur qui enchaînent les challenges et se chambrent à tout bout de champ.

France Télévisions a confié l'animation à Nicky Doll, ancienne participante de la saison 12 de la version US (chic ! ), et à Daphné Bürki qui se montre plus discrète qu'à son habitude. Le plateau ressemble en tout point à celui de l'émission, et le rendez-vous est proposé le samedi, en seconde partie de soirée.

Top moumoute

Diffusée jusqu'alors sur Netflix, la version américaine est devenue un phénomène pop mais aussi très politisé qui tâche d'aller plus loin qu'un concours de faux cils et de talons compensés. La version française tâche de relever ce défi. Certes, avec leurs perruques gigantesques, leurs maquillages outranciers et leurs tenues incroyables... Drag Race France est avant tout un spectacle. Mais sous des airs de concours de beauté, il est question d’acceptation, de représentativité et des Fiertés. Les drag-queens viennent de partout en France afin de montrer que le phénomène ne connait pas de frontière. Chaque artiste raconte son parcours et le rôle du drag dans leur libération. Et là, il y a nettement moins de fanfreluches – les récits sont émouvants et racontent les difficultés et les bonheurs d'être différent.

« Technologie de genre »

Au-delà de la dimension engagée, Drag Race est un divertissement hors norme. Elles chantent, dansent, jouent sur des talons vertigineux. On y découvre que les drag-queens sont un peu les pentathlètes du show-business, avec réparties féroces en bonus. Être Drag, c’est avant tout une performance, une « technologie de genre » comme l'explique le sociologue Arnaud Alessandrin : « Le maquillage, les corsets, les perruques ce sont des armures, de la peinture de guerre : une fois qu’ils vous recouvrent, votre confiance explose. »

De sous-culture à contre-culture

Les récents débats sur l’identité et les questions de genre pourraient expliquer le regain de popularité des drag-queens. « Il y a un renouveau dans la question du genre, une complexification du sujet avec les transidentités, le refus de la binarité… Ce phénomène s’y inscrit bien qu’il reste une pratique de niche. La majorité des Drag sont gays, mais leur genre est la performance. Ils jouent une parodie, une caricature du genre. Une théâtralité semblable au style « Camp », note Arnaud Alessandrin, terme qui apparaît dans les Notes on "Camp" de Susan Sontag en 1964. Il s'agit d'une façon de voir le monde à la manière d’un phénomène esthétique. « Cette façon, la façon Camp, ne se traduit pas en termes de beauté mais en termes d’artifice, de stylisation. »

Et en terme d'artifices, les Drags ne se privent pas et aiment bousculer les codes. « On a basculé de la sous-culture à la contre-culture. Le Drag est devenu une proposition alternative aux normes et à la culture traditionnelle », conclut Arnaud Alessandrin. Autrefois stars de la scène underground gay, les drag-queens se sont imposées à la télévision. Au risque de devenir un produit comme un autre. Ce n'est pas exclu. La suite au prochain épisode.

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