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À tester : voir les sons et entendre les couleurs de Kandinsky... depuis son salon
© Centre Pompidou x Google Arts & Culture

À tester : voir les sons et entendre les couleurs de Kandinsky... depuis son salon

Le 10 févr. 2021

Le Centre Pompidou dévoile une rétrospective virtuelle et sonore autour de l'œuvre de Vassily Kandinsky avec Google Arts & Culture. L’expérience, à vivre chez soi, propose notamment de réinterpréter le don de synesthésie du peintre abstrait grâce à l'intelligence artificielle.

Le Centre Pompidou fermera de 2023 à 2027 pour de grands travaux de restauration, mais peut toujours compter sur des projets numériques pour laisser la porte entrouverte. Le 10 février et à l’issue d’une collaboration de deux ans, le musée parisien dévoilait une rétrospective virtuelle et sonore autour de l'œuvre de Vassily Kandinsky avec Google Arts & Culture. Un voyage intime et poétique au cœur de l’univers sensoriel de l’artiste, accompagné toute sa vie du don de synesthésie, une condition neurologique qui consiste à mélanger des sens comme voir des sons ou entendre des couleurs.

Une monographie inédite à explorer en ligne

Ce sont, au total, près de 3 000 images (œuvres d’art, esquisses, photos, images d’archives…) léguées au Centre Pompidou par la veuve de l’artiste, Nina Kandinsky, qui peuvent être explorées en ligne. De sa jeunesse à Moscou jusqu’à la fin de sa vie (1944) à Neuilly-sur-Seine, en passant par son carnet de voyages et une exploration détaillée de son studio parisien, l’exposition virtuelle invite le public à entrer dans l’univers du peintre au travers de documents, pour la plupart rendus publics pour la première fois.

« Une façon d’entrer dans ses petits papiers, avant qu’il ne devienne peintre à l’âge de 30 ans, explique Pierre Caessa, Chef de projet chez Google Arts & Culture. On veut que ce projet donne envie aux gens qui ne peuvent pas aller au musée ou n’y allaient pas avant la pandémie de s’y rendre. Ce n’est pas une expérience dédiée aux experts de Kandinsky ! »

Une seconde partie de l’exposition, la « Pocket Gallery », permet de découvrir en réalité augmentée les chefs-d'œuvre du peintre conservés par le Centre Pompidou, voire d’en exposer un chez soi depuis un smartphone ou une tablette. Une expérience troublante de réalisme qui intéresse de plus en plus d’institutions culturelles à l’heure de la distanciation physique. À New York, le Metropolitan Museum of Art a aussi lancé The Met Unframed, une expérience immersive et gratuite à vivre depuis son téléphone.

Voir la musique et entendre les couleurs

Mais c’est surtout la troisième partie de l’exposition, baptisée « Play a Kandinsky », qui intrigue. Et si vous pouviez, vous aussi, entendre les couleurs ? Quels sons entendait l’artiste lorsqu’il peignait ? L’expérience interactive, dont l’ambition est de réinterpréter le don de synesthésie de Kandinsky, plonge dans l’une des œuvres abstraites les plus célèbres du peintre, Yellow Red Blue (1925). Grâce à l’outil de machine learning Transformer, sorte d’algorithme mélomane développé par Google, il est possible de « jouer » le chef d'œuvre, au prisme des archives musicales retrouvées dans l’atelier du peintre et de sa théorisation des couleurs et des sons

Là où l’on ne verrait qu’un simple cercle bleu, « Kandinsky entendait un orgue et ressentait un sentiment céleste, presque surnaturel, explique Pierre Caessa. En peignant du jaune, il entendait le son d’un trompette et le rattachait à une émotion plus effrontée, impertinente. Tout cela a été théorisé par l’artiste et a servi à nourrir la machine. » Pourtant très influencé par la musique de Debussy, « Kandinsky écoutait aussi du jazz et des choses plus populaires comme du Fox Trot et de la musique tzigane, raconte Antoine Bertin, artiste sonore ayant travaillé sur le projet avec son acolyte NSDOS. Nous avons nourri l’algorithme de ces éléments et l’avons laissé proposer ses propres variations. »

Au préalable, la machine a été entraînée sur des milliers d’heures de musique, du classique à la pop en passant par le jazz. « L’algorithme n’a pas de notion de théorie ou d’harmonie, mais va exprimer sa propre vision de la musique en fonction de ce qu’il a déjà écouté », poursuit Antoine Bertin. Une façon de plonger dans la musique que l’artiste écoutait et voyait lorsqu’il peignait, mais aussi de réactualiser l’interprétation de l'œuvre au prisme de sonorités modernes. « Si Kandinsky vivait à notre époque, est-ce qu’il entendrait un son de synthétiseur en peignant du rouge ? », questionne l’artiste sonore.

La fin de l’expérience permet notamment de jouer différentes zones du tableau simultanément : une cacophonie de couleurs et de sons dissonants. « C’est comme assister à la préparation d’un concert symphonique, juste avant l’entrée du premier violon ou du chef d’orchestre, décrit Pierre Caessa. C’est le chaos, il n’y a pas d’ordre et chacun cherche sa note, jusqu’à atteindre l’harmonie. Est-ce cela que Kandinsky voulait dire ? » Peut-être. « Créer une œuvre, c’est créer un monde », a en revanche écrit l’artiste, et pour le comprendre, il faut le vivre : dans l’intimité de Kandinsky / Centre Pompidou x Google Arts & Culture.

Margaux Dussert - Le 10 févr. 2021
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  • WAHOU quel choc cette vision de l’artiste qui conduit à cette osmose entre la peinture et la musique... l’une induisant l’autre !!! Magique !!!