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poupée tchernobyl
© Szustka via Getty

Une rave party à Tchernobyl, avant-gardiste ou malsain ?

Le 6 déc. 2018

À Tchernobyl, le projet Artefact ouvrait la zone sinistrée aux journalistes le temps d’un festival alternatif. Entre mémoire artistique, tourisme post-apocalyptique, encadrement militaire et merchandising nucléaire, l’événement est tendance mais fait débat.

Dans la ville de Prypiat, à une centaine de kilomètres au nord de Kiev en Ukraine, un festival d’arts numériques investissait la zone irradiée de Tchernobyl. Premier événement culturel à s’y dérouler depuis la catastrophe survenue il y a plus de 30 ans, l’événement Artefact sonne le glas d’une « nouvelle culture post-apocalyptique » et réveille un débat bien vivant : faut-il délivrer la zone de son passé tragique ou continuer à honorer les vestiges de son cataclysme ?

Artefact - Tchernobyl

Une rave party à la Black Mirror

Les militaires balancent leurs hanches au rythme de la musique. Nous dansons dans le froid en regardant les lumières se refléter sur les salons et les cuisines des immenses blocs soviétiques qui nous entourent.

Le 22 novembre dernier, plus de 200 journalistes internationaux se sont réunis dans la zone d’exclusion pour prendre part à la fête. Encadrés par des militaires et vêtus de combinaisons, ils sont les seuls à avoir pu y pénétrer. Les curieux, eux, ont pu visionner le spectacle en ligne et poser des questions en direct via une plateforme live.

Combinant sculptures numériques, installations lumineuses, musique et intelligence artificielle, le festival se voulait moderne et activiste. Pour autant, son fondateur Valery Korshunov n’a pas oublié de rendre hommage à ceux qui ont (presque) prophétisé la catastrophe. « Stalker d’Andreï Tarkovski, un film russe de 1979 qui semblait prédire le désastre, est projeté sur des écrans LED, rapporte Tom Seymour, journaliste à The Guardian présent à l’événement. Les militaires balancent leurs hanches au rythme de la musique. Nous dansons dans le froid en regardant les lumières se refléter sur les salons et les cuisines des immenses blocs soviétiques qui nous entourent. On me dit que des restes de vêtements sont toujours dans les penderies, que les couverts sont rangés dans les placards, que les lits sont encore faits ».

À Prypiat, ville fantôme, c’est tous les jours la fin du monde, et une rave n’y changera rien, semble vouloir dire le journaliste. Son récit nous fait naviguer entre deux eaux, entre soif de tourner la page et impossibilité d’aller de l’avant.

« Certains ne veulent rien oublier de Tchernobyl. Ils considèrent l’endroit comme trop triste et tragique pour y organiser un événement. D'autres veulent transformer la zone d'aliénation et la remplir de nouvelles significations », rapporte Valery Korshunov. Soucieux d’attribuer une symbolique activiste à la zone, l’homme explique avoir monté le projet dans le but de sensibiliser à la propagation des fake news en Ukraine et dans le monde.

Tourisme post-apocalyptique  

 
 
 
 
 
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Considérée comme la plus grande catastrophe nucléaire du XXème siècle (l’accident a eu lieu en 1986), l’explosion de la centrale de Tchernobyl avait été provoquée par le dérèglement d’un réacteur, lequel avait implosé et relâché d’importantes quantités d’éléments radioactifs dans l’air. La suite, vous la connaissez. Depuis, quelques 200 habitants ont réinvesti la zone et y habitent à l’année. De nombreuses espèces d’animaux prolifèrent elles aussi. On y trouve même des agences spécialisées dans le tourisme nucléaire. En 2017, le site de Tchernobyl avait attiré près de 50 000 visiteurs, rapporte Sciences et Avenir dans un article dédié.

Autant dire que l’initiative Artefact n'a rien de surprenant. Et bien que les intentions du festival semblent vertueuses, le contexte dans lequel il s'inscrit fleure bon le business opportuniste. « En face du poste de contrôle se trouve le centre d’information touristique de Tchernobyl », rapporte The Guardian. « On y vend des t-shirts, des hot-dogs, des aimants pour réfrigérateur, des masques à gaz et, si vous le souhaitez, un costume complet anti-nucléaire. On y vend également de la crème glacée Tchernobyl ». Un vrai Disneyland pour les amateurs de frissons dystopiques. 

Ce n’est pas la première fois qu’une initiative artistique prend racine dans une zone d’exclusion. En 2015, moins de 5 ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, un collectif d’artistes avait monté l’exposition « Don’t Follow the Wind » dans la zone irradiée, une exposition symbolique à laquelle personne n’avait pu assister, l’entrée étant toujours interdite au grand public.

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