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jeune fille aux cheveux violets
© K-pop Confidential - Stephan Lee

K-pop Confidential : le roman qui vous fera découvrir une industrie musicale impitoyable

Le 5 oct. 2020

Une jeune fille que rien ne prédisposait à la gloire, un amour interdit… A priori, K-Pop Confidential est un roman classique pour ados. À paraître en France, il nous montre les coulisses de la K-pop et la manière dont ses idoles sont fabriquées.

Candace Park, une Coréano-Américaine de 16 ans, est obsédée par SLK, le boys band K-pop le plus populaire du moment. Quand elle apprend que la maison de disque du groupe fait passer des auditions pour lancer son premier band féminin, elle tente sa chance et s’embarque dans une aventure qui ressemble en tous points à ce que l’on connaît de la déferlante musicale K-pop, née en Corée du Sud dans les années 90 et aujourd’hui populaire dans le monde entier. Son but ? Devenir la prochaine idole du genre.

Derrière les chorégraphies millimétrées et les clips acidulés qu’elle dévore sur YouTube, Candace va découvrir la réalité d’une industrie qui génère chaque année des milliards de dollars. Entraînements intensifs allant parfois jusqu’à 16 heures par jour, compétition féroce et discipline de fer, régime alimentaire strict, culte du corps et chirurgie esthétique, interdiction formelle de tomber amoureuse… la jeune recrue à la crinière violette devra se frayer un chemin dans les méandres d’un star-system sans pitié.

Premier roman du journaliste Stephan Lee, K-pop Confidential s’inspire d’un voyage au cœur de l’industrie du divertissement sud-coréenne. À l’occasion de sa sortie en France le 8 octobre, l’auteur livre sa vision d’un phénomène culturel mondial, aussi controversé qu’adulé. 

Qu’est-ce qui vous fascine dans la K-pop ?

Stephan Lee : L’industrie de la K-pop me fascine parce qu’elle en dit beaucoup sur la culture sud-coréenne. Étant moi-même américano-coréen, je suis toujours à l'affût des tendances du pays qui s’exportent dans le monde entier. Je travaille pour le magazine Entertainment Weekly depuis longtemps et c’est le genre de thématique que je traite au quotidien. Et puis, je suis un fan inconditionnel de musique K-pop. J'adore BTS bien sûr, mais aussi le groupe féminin Blackpink.Elles sont féroces et ont beaucoup de style ! J’aime aussi Twice, Red Velvet…

Avant d’écrire ce roman, je travaillais sur un livre totalement différent. Un jour, David Levithan, directeur éditorial de Scholastic (la maison d’édition qui a publié la saga Harry Potter aux États-Unis, ndlr), m’a demandé si j’avais en stock une histoire qui évoluerait dans l’univers de la K-pop. J’ai toujours pensé que quelqu’un devrait en écrire une, mais je ne pensais pas que ce serait moi ! En y réfléchissant, j’ai tout de suite pensé au processus de formation des stars du genre et à ce que cela implique; la pression, la charge physique et mentale, les restrictions, les attentes des managers… C’était le cadre idéal pour écrire une histoire s’adressant à des adolescents car ils peuvent eux-même subir ce genre de pression à leur niveau, d’où qu’ils viennent. C’était une bonne manière de leur donner des clés sur la façon dont la société tente de les modeler et sur la façon dont ils peuvent résister. 

« Slave contracts », abus de pouvoir, harcèlement moral, suicides… Comment écrit-on sur une industrie constamment décriée, notamment sur la manière dont elle traite, voire manufacture, ses jeunes stars ?

S. L. : Dans les médias américains, l’industrie de la K-pop est très souvent abordée de manière négative, parfois à juste titre ! Mais s’il est important de parler de ce qui ne va pas, je ne voulais pas que mon livre ne traite que des dessous sales du milieu. J’ai aussi voulu parler de la créativité et des rêves de ces jeunes gens qui veulent devenir des artistes et des fans qui les soutiennent. Bien sûr, certains sujets étaient difficilement évitables comme les problèmes liés à la perception corporelle, les entraînements intensifs des futures idoles, les régimes qui leur sont imposés et tous ces idéaux pernicieux fabriqués par la milieu. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit-là de choses universelles qui existent partout, dans les sports de compétition comme à l’école.

Je me suis vite aperçu que l’industrie est très secrète, ou plutôt très prudente sur ce qu’elle partage ou non.

Vous êtes parti plusieurs semaines à Séoul pour découvrir les coulisses de l’industrie. Qu'avez-vous utilisé dans le livre ?

S. L. : Je suis parti trois semaines pour faire des recherches sur l’industrie du divertissement en général. Ce que j’en retiens, c’est que les Coréens sont extrêmement fiers de leur culture et cherchent à la diffuser le plus possible, tant au cinéma que dans la musique. J’ai pu interviewer des artistes comme le réalisateur Bong Joon-ho (Parasite, 2019), des scénaristes de K-drama (drames télévisés coréens, ndlr), des idoles K-pop comme Lee Hi, Tablo… La Corée du Sud est un petit pays et a mis des années à obtenir son indépendance. Là-bas, l’industrie du divertissement reflète cette résilience, cette volonté de se raconter au reste du monde.

En ce qui concerne la K-pop, je me suis vite aperçu que l’industrie est très secrète, ou plutôt très prudente sur ce qu’elle partage ou non. J’ai pu visiter les bâtiments de certaines des grandes majors du genre, mais tout était très contrôlé. C’est d’ailleurs ce que j’essaye de transmettre dans le livre, toutes ces clauses, toutes ces règles de confidentialité que les artistes doivent respecter. En tant que journaliste occidental, je devais toujours me promener avec des magazines et des exemples d’articles que j’avais écrit auparavant. Aux États-Unis, je n’utilise jamais mes cartes de visite. Là-bas, je devais les montrer partout ! Fort heureusement, l’une de mes amies a suivi un programme de formation K-pop, c’est comme cela que j’ai pu agréger autant de détails. J’ai aussi fait beaucoup de recherches pour m’efforcer de rester objectif. Je ne voulais pas me concentrer sur une seule major de K-pop, mais sur un ensemble. J'ai aussi dû faire appel à mon imagination car en général, les idoles K-pop parlent peu des détails de leur formation. J’ai dû imaginer ce qu’une jeune personne pourrait ressentir dans ce genre de milieu.

En Corée du Sud, l’industrie du divertissement n’est pas juste un business qui promeut des artistes, c’est une façon de présenter le pays au reste du monde.

Relations amoureuses interdites, bienséance en fonction du genre, attitude en public, respect de la hiérarchie... vous décrivez un monde très codifié.

S. L. : Je pense que ces règles sont le reflet de différences culturelles. Aux États-Unis, on attend des artistes qu’ils soient un peu délurés, rebelles. C’est très différent en Corée. Les artistes sont moins singularisés et la société met davantage l’accent sur le collectif que sur l’individualisme. Les idoles de K-pop sont dès le départ incitées à faire bonne figure, à faire attention à ce que le public pense d’elles. Il y a comme une forme d’abnégation. En Corée du Sud, l’industrie du divertissement n’est pas juste un business qui promeut des artistes, c’est une façon de présenter le pays au reste du monde. Les artistes se doivent d’être talentueux, de réussir et de cultiver une image positive d’eux-mêmes pour leur pays.

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Dans le roman, vous parlez d’une « vitre des genres » qui sépare les garçons des filles dans la cafétéria. Existe-t-elle réellement ?

S. L. : C’est un mélange entre mes recherches et mon imagination. Mais en réalité et dans la plupart des programmes d'entraînement K-pop, les garçons et les filles sont séparés. Tout est genré : ils ne peuvent pas emprunter les mêmes ascenseurs, doivent utiliser des entrée différentes, ont l’interdiction d’entretenir des relations amoureuses… c’est aussi en cela que l’univers K-pop plaît aux jeunes adultes : l’amour interdit ! Quant à la « vitre des genres » qu’il y a dans le roman, c’est une interprétation très visuelle de ces codes, elle n’existe pas réellement.

La K-pop est aussi une véritable réussite marketing et financière. Le groupe BTS, valorisé à plus de 4 milliards de dollars, devrait même bientôt entrer en Bourse… Comment expliquer ce succès planétaire ?

S. L. : C’est un marché très important pour la Corée. La première vague de K-pop est née dans les années 90, mais elle prend aujourd’hui un nouveau tournant avec des groupes stars comme BTS ou Blackpink, tous deux nés dans les années 2010. L’industrie est plus ouverte sur le monde et accueille désormais des artistes K-pop d’autres pays. C’est quelque chose que l’on observe aussi dans les séries de K-drama qui se sont par exemple adaptées aux heures de prière des fans musulmans pour qu’ils puissent regarder leurs shows au même titre que d’autres pays. Il y a cette force inclusive dans la culture coréenne qui arrive à toucher le monde entier. Je pense que ce qui plaît aux fans, c’est cet esprit de groupe. Quand vous voyez les membres du groupe BTS se comporter de façon aussi respectueuse les uns avec les autres, vous avez envie d’en faire partie. La musique, l’esprit créatif, les chorégraphies millimétrées, les couleurs qui pulsent font aussi que ça intrigue. C’est d’ailleurs assez étrange de voir ces stars être ultra badass sur scène, transmettre des messages forts et audacieux dans leurs paroles et parallèlement, de les voir être aussi polis et attentionnés en dehors.

Ce sont moins les médias que les fans qui promeuvent la culture K-pop dans le monde.

Les fans de K-POP ont aussi énormément de pouvoir et d'influence sur les réseaux sociaux. On a d'ailleurs pu le voir avec le mouvement Black Lives Matter pour lequel ils se sont mobilisés en masse.

S. L. : Dans un sens, les fans de K-pop ont toujours été considérés comme des outsiders, ils n’ont rien à perdre ou à prouver. Je pense que c’est là que la fanbase du genre se révèle être puissante. Même si c’est un genre de plus en plus populaire, on n’entend pas beaucoup de K-pop passer à la radio aux États-Unis. Ce sont moins les médias que les fans qui promeuvent la culture K-pop dans le monde. Ils se rassemblent sur Internet, regardent leurs vidéos préférées des milliers et des milliers de fois, pulvérisent des records d’audience sur YouTube, streament sur Spotify autant qu’ils le peuvent… ils savent aussi se rassembler autour de causes sociales ou politiques qui leur tiennent à coeur et réussissent à influencer leurs groupes préférés. Malgré les choses négatives et extrêmes qui continuent d’exister dans cette industrie, cela mérite d’être souligné !


STEPHAN LEE a plusieurs casquettes : éditeur, auteur, critique littéraire et cinématographique pour Entertainment Weekly. Grand fan de K-pop, il est parti plusieurs semaines à Séoul pour découvrir les coulisses de l’industrie où il a pu interviewer les plus grandes stars du genre. K-pop Confidential est son premier roman.

Margaux Dussert - Le 5 oct. 2020
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