
Produit par un youtubeur indépendant, le film Iron Lung cartonne sur grand écran et illustre comment le cinéma d'horreur cherche un second souffle dans le folklore du Web.
Un petit sous-marin rouillé qui tombe en pièces, une lune désolée recouverte par un océan de sang et un prisonnier envoyé au fond pour y trouver des ressources cruciales. S’il survit, il gagnera sa liberté. Ce pitch qui tient en quelques mots a généré plus de 18 millions de dollars dans les salles obscures américaines (et 25 millions dans le monde). Il est même passé devant le dernier film de super-héros Disney, Avengers: Doomsday, et le film d’horreur du légendaire Sam Raimi, Send Help. Pas mal pour une production indépendante qui a coûté à peine 3 millions de dollars. Et ce petit miracle est un pur produit d’Internet.
Itinéraire de la flippe, du streaming à la toile
Car oui, Iron Lung n’est pas un film indépendant classique mais une expérimentation venue du Web. Son réalisateur, Mark « Markiplier » Fischbach, est un youtubeur aux 38 millions d’abonnés, surtout spécialisé dans le streaming de jeux d’horreur. C’est lui qui joue le rôle principal de ce huis clos étouffant. L’histoire est elle-même tirée d’un autre petit projet indépendant : un jeu vidéo de 2022 portant le même nom et créé par David Szymanski. Outre son ambiance claustrophobique qui oblige les joueurs à déplacer leur véhicule à l’aveugle en prenant des clichés médiocres pour se repérer, le titre a aussi excité la curiosité du public au moment de l’implosion du sous-marin Titan au-dessus de l’épave du Titanic.
À en croire les critiques, le film n’est pas si bon que ça, mais l’intérêt n’est pas là. L’œuvre a pu être projetée dans plus de 3 000 salles grâce au travail d’évangélisation de ses fans, qui ont contacté les exploitants, et outre la quantité gargantuesque de faux sang utilisée pendant le tournage (plus de 300 000 litres), le public semble surtout apprécier de voir leur streameur préféré performer les mêmes actions et vivre les mêmes angoisses que dans le jeu… avec un décor et des moyens supplémentaires.
À l’heure où l’industrie du cinéma continue de capitaliser sur des jeux ultra-populaires comme Mario ou Minecraft, l’exemple d’Iron Lung prouve une chose : les émotions fortes qu’ont vécues collectivement les internautes, que ce soit en jouant à des jeux d’horreur ou en regardant des streameurs le faire pour eux, peuvent être transposées sur grand écran. C’est particulièrement vrai avec les univers horrifiques du Web, qui ont influencé plusieurs générations d’enfants et d’adolescents.
Peur des mascottes et des bureaux vides
Le dernier exemple en date, c’est celui de Five Nights at Freddy’s, plus connu sous l’acronyme FNAF, dont le deuxième opus cinématographique est sorti en décembre 2025. Pour les personnes trop âgées qui ont raté le coche, FNAF est avant tout une saga de onze jeux vidéo indépendants dirigée par Scott Cawthon entre 2014 et 2025, mais surtout un véritable phénomène de streaming qui a propulsé des stars des réseaux, dont Markiplier. S’ajoutent à cela des tonnes de contenus (dessins, musiques…) produits par les fans, les centaines de théories et de pages de wiki sur le sujet, parfaitement racontées par le youtubeur Feldup, et vous obtenez… des films pas franchement géniaux mais qui ont respectivement généré 297 et 111 millions de dollars.
C’est presque la même logique qui devrait être appliquée pour le film Backrooms, produit par A24 et réalisé par Kane Parsons, alias Kane Pixels, un autre youtubeur plus spécialisé dans les vidéos horrifiques d’ambiance. L’univers de ces espaces liminaux inquiétants est devenu un classique de l’imaginaire horrifique du Web, mais à la différence des deux autres projets, il n’est pas vraiment rattaché à un auteur, un streameur ou un jeu en particulier. Kane Pixels est sans doute l’un des créateurs qui a le mieux su rendre tangible cet entrelacs de mèmes, d’images et d’histoires collectivement construits par les internautes. Il faudra attendre la sortie du film, prévue cette année, pour voir si le pari fonctionne. Si c’est le cas, cela signifiera que c’est bien le Web, et non plus le cinéma, qui crée les recettes de la peur.






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