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IA : quand l’analyse de tableaux révèle les stratégies politiques des leaders
© National Gallery of Art

Intelligence artificielle : quand des tableaux révèlent les stratégies de com' de leaders

Le 28 sept. 2020

« En se faisant tirer le portrait, les grands de ce monde ont selon les époques voulu manifester leur pouvoir et inspirer la crainte, ou au contraire se donner un air sympathique et digne de confiance », révèle une étude française menée à l'aide d'un algorithme.

En haut, un portrait austère du dignitaire religieux Thomas Cranmer réalisé par Gerlach Flicke au 16ème siècle. En bas, l’homme politique britannique Sir Matthew Wood, sourire bienveillant aux lèvres, peint par Arthur William Devis au 19ème.

Évolution de la confiance perçue en Angleterre au cours du temps, Lou Safra, Coralie Chevallier, Julie Grèzes & Nicolas Baumard, Nature Communications, 22 septembre 2020.

Quelques siècles séparent ces deux tableaux, quelques différences stylistiques bien sûr, mais aussi et surtout un contraste frappant entre les expressions des deux protagonistes. 

La peinture comme indice de « confiance sociale »

À l’aide d’un algorithme de traitement des visages utilisé sur deux corpus de peintures, des scientifiques français (CNRS, ENS, Inserm & Sciences Po) se sont penchés plus en profondeur sur ces différences. Selon leur étude, publiée le 22 septembre 2020, les portraits de leaders européens en disent long sur les évolutions socio-culturelles et politiques du continent, en particulier sur l’augmentation du sentiment de confiance et de sympathie véhiculé par les peintures officielles au cours des siècles.

En analysant une collection de 1962 portraits anglais de la National Portrait Gallery de Londres, peints entre 1506 et 2016, les auteurs ont constaté que les indices faciaux liés à la confiance interpersonnelle devenaient plus nombreux au cours du temps. Ils ont également pu reproduire leurs conclusions sur 4 106 portraits de la Web Gallery of Art, couvrant 19 pays d'Europe occidentale entre 1360 et 1918.

Afin de s’assurer de la fiabilité de l’algorithme, les scientifiques l’ont d’abord testé sur des photos de visages dont le sentiment de confiance avait préalablement été analysé par des humains. Lors d'autres tests, l'algorithme a reproduit des conclusions tirées de la littérature scientifique au sujet de la confiance qu’inspire un visage. Des facteurs tels que l'âge, le sexe, les traits du visage ou encore les émotions exprimées ont été pris en compte. 

Une question de niveau de vie

En recherchant les causes potentielles de cette évolution, l’équipe a constaté que l'augmentation de l’impression de confiance et de fiabilité dans les portraits était plus fortement associéee à l'augmentation du PIB par habitant qu'aux changements institutionnels comme l'émergence de sociétés plus démocratiques. C'est la raison pour laquelle « les puissants ont commencé à se faire peindre sous un jour plus bienveillant, explique The Times. Ils ont même fini par se faire représenter le sourire aux lèvres, une révolution sans doute également liée aux progrès des soins dentaires. »

Pour autant, certains dirigeants politiques contemporains semblent échapper à la règle. Analysés pour le quotidien britannique, les visages de Boris Johnson, Donald Trump et Vladimir Poutine révèlent un indice de confiance très faible. À noter que « l’algorithme est sujet aux mêmes préjugés que l’être humain, expliquent les chercheurs. Il considère les visages jeunes, féminins et souriants plus dignes de confiance. »

Les scientifiques poursuivent actuellement leur investigation sur la base d’autres sources, comme les textes littéraires ou la production musicale. 

Margaux Dussert - Le 28 sept. 2020
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