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Un homme se prend en selfie dans un ascenseur
© Photo by Daan Stevens via Unsplash

L'extase du selfie, le livre qui rend poétiques nos gestes du quotidien

Le 2 juill. 2019

Smartphone, vapoteuse, écouteurs… Dans son dernier livre, Philippe Delerm décrypte certains de nos usages numériques avec poésie.

Ça se prend en selfie à bout de bras, ça vapote dans un coin en attendant son train, ça « swipe left » sur Tinder, ça discute même au téléphone, écouteurs dans les oreilles… Dans son dernier livre, L’extase du selfie et autres gestes qui nous disent, Philippe Delerm nous décortique, et avec, certains de nos gestes numériques. S’adonnant à une succession de descriptions minimalistes, le nouvelliste concède une part de poésie dans nos gestes les plus quotidiens, parfois décriés, régulièrement critiqués. C’est comme « une première gorgée de bière », ça se boit tout seul et ça fait du bien.

Le selfie

Un soi avantageux, au bout de la tension du bras.

Nous en prenons tous, mais sommes les premiers à taxer les autres de narcissiques chroniques : le selfie divise, mais il n’en reste pas moins un geste universel. Moins critique que nous, Philippe Delerm a choisi d’observer. Il voit le touriste naïf, celui qui se prend en photo, doigts en V, devant la Tour Eiffel ; et puis la prise de selfie bon enfant, celle qui immortalise le moment avec un ami ou une personnalité chérie. Mais finalement, il se rend compte que c’est le fait de tendre le bras, de s’éloigner de soi pour mieux s’en rapprocher, qui le fascine.

La cigarette électronique

On n’ose pas même dire que la cigarette électronique se fume. Elle se biberonne en retrait, visage penché, regard fuyant.

Elles sont passées où, les stars de ciné ? Celles qui balancent leur réplique et disparaissent dans une mystérieuse volute de fumée ? Avec le vapotage, substitut connecté de la cigarette portée aux lèvres, on a quand même nettement moins de charisme, regrette l’auteur. Ah le temps où l’on pouvait cloper partout, se tuer à petit feu, mais avec style et en toute connaissance de cause…

Le « swipe »

A-t-on vécu vraiment ou n’a-t-on fait que frôler sans atteindre ?

Passer d’un contenu à l’autre en un glissement de doigt, c’est un peu le leitmotiv de nos vies. Geste mythifié par l’application de rencontres Tinder, le « swipe » nous réserve bien des surprises. On ne sait d’ailleurs pas toujours ce qui nous attend au tournant. L’auteur lui, y voit surtout la mémoire incarnée au bout de nos doigts, le réel devenu artificiel. Les photos et les souvenirs défilent, mais l’on ne peut jamais réellement s’en saisir : « la vie est là mais de l’autre côté de la paroi ».

Le « kit mains libres »

C’est beau, cette façon de célébrer leur intimité dans le souffle de l’air hivernal ou la rumeur ensoleillée de la ville d’été.

On les pense fous lorsqu’on les croise. Immobiles ou marchant d’un pas pressé, ils semblent parler seuls. Ce n’est qu’en voyant le fil de leurs écouteurs – ou plus discrets encore, leurs écouteurs sans fil ! – que l’on comprend la supercherie : ils conversent avec quelqu’un d’autre, ailleurs. À l’autre bout du fil, il y a un inconnu. C’est lui qui intéresse l’auteur, lui et l’intimité qui réside dans un échange que l’on entendra jamais qu’à moitié.

Un livre à déguster en vapotant (négligemment).

L’extase du selfie et autres gestes qui nous disent, Philippe Delerm – À paraître le 12 septembre 2019 aux éditions du Seuil.

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