femme debout et le bras en l'air

Vous n'avez pas encore vu un concert virtuel ? On a un plan pour vous sur Twitch

© ARTE/Atlas V

Avec le confinement, les artistes ont appris à jouer avec le numérique. Et les concerts virtuels ne sont pas la seule nouveauté. « Avec ce projet, je me suis pris une énorme claque », nous raconte la musicienne Owlle.

Depuis le confinement, le virtuel semble squatter durablement la programmation de certains théâtres. Ce 16 septembre 2022, c'est la musicienne française Owlle, ARTE et Atlas V (le studio multiprimé de créations immersives) qui font une nouvelle proposition : un concert à la fois virtuel — qui mène le public de Shanghaï à la Sibérie — et interactif. Le live sera diffusé sur Twitch à partir de 22 heures. Ces décors 3D se modifieront en fonction des messages sur le chat de la chaîne Twitch d’ARTE. L’artiste Owlle nous raconte comment le virtuel commence à entrer dans ses pratiques artistiques.

Comment vous est venue cette idée un peu folle d’un concert virtuel et interactif ?

Owlle : L’univers créé pour mon dernier album Folle Machine jouait déjà avec le virtuel. Pour un des clips de l’album, j’avais approché Pierre Zandrowicz, le réalisateur de ce live virtuel (cofondateur du fameux studio français de créations immersives, Atlas V, ndlr). Ça ne s’est finalement pas fait, mais nous nous sommes retrouvés pour ce projet complètement dingue et inédit. Pour concevoir ce live virtuel, on est vraiment allés puiser dans l’imagerie de l’album. J’ai vite compris que ça allait au-delà du visuel, et que tout ce savoir « geek » allait permettre de faire participer les gens. Notamment sur Twitch. Lors du live, on présentera quatre titres sur lesquels les utilisateurs pourront interagir. Et sans trop dévoiler le concert, ce sera visible. Il y aura pas mal de surprises.

Que signifie en matière de préparation, de chant, même de scénographie, de donner un concert virtuel ?

O. : Sur le live en soi, tout ce qu’on entendra a été chanté et capté dans les conditions du direct. C’était hyper ludique et drôle. Avec la combinaison que je portais (utilisée pour la motion capture, ndlr), j’avais un peu l’impression de ressembler à un Teletubbies. On était loin de tout romantisme ou du glamour. Comme on travaillait en studio sur du fond vert, les décors n’existaient pas. Le son était capturé. Je l’entendais simplement dans mes retours. C’était curieux comme sensation. J’étais un peu solitaire. On se sent un peu nue, de décors, de lumières, de costumes.

Owlle en plein concert virtuel (Albyon/Atlas V et ARTE)

On a aussi travaillé de sorte que cela ne soit pas statique, que cela ne soit pas moi qui me balade dans un espace. J’ai donc travaillé avec une chorégraphe du duo « I could never be a dancer » pour m’aider à trouver les bons mouvements. Pour déclencher certaines choses du décor numérique, je dois faire des mouvements particuliers. C’est assez engageant et sportif comme expérience. Sur mes concerts, j’aime bien bouger, mais je bouge quand je le sens, quand j’en ai envie. (Elle rit). Bon là, c’est très différent d’un live traditionnel. C’est un autre registre, mais j’y ai trouvé une certaine beauté.

Dans tout le processus, qu’est-ce qui vous a le plus surpris ?

O. : Je crois que c’est le rendu de mon corps. Quand je faisais la chorégraphie, je n’arrivais pas vraiment à me représenter ce que ça rendrait. Je me disais : « comment va-t-on arriver à rendre fluides ces mouvements à travers un avatar ». Je jouais, je bougeais, mais sans voir le ciel, sans sentir l’ambiance. Et quand le studio m’a envoyé les premiers rendus, j’ai trouvé ça dingue. L’équipe a réussi à restituer les mouvements du corps, du vêtement, de manière très juste. Finalement, ça donne au concert quelque chose de très cinématographique.

(Albyon/Atlas V/ARTE)

Et qu’attendez-vous du live sur Twitch ?

O. : Hé bien, déjà, je serai présente sur le live, je vais pouvoir interagir directement avec les gens sur Twitch. C’est quand même inédit, je serai spectatrice de mon propre live. Je pourrai voir les réactions en direct. Que ce soit des réactions positives ou négatives, ce sera une expérience tellement unique, on construit collectivement. Et cet avatar, c’est à la fois moi et pas tout à fait moi. Ça soulève des questions passionnantes autour du virtuel.

Demain, ça pourrait être un terrain de création supplémentaire pour les musiciens ?

O. : Mais oui, on nage en plein dedans. Ça m’interroge beaucoup. Lors des différents confinements, comme pour tous les artistes, j’ai été énormément freinée. Je composais mon troisième album et j’étais un peu bloquée. Le fait que je propose un live virtuel, c’est un pied de nez à cette période. Ce format apporte un nombre d’auditeurs, de spectateurs que je ne pourrais jamais espérer dans une salle parisienne. C’est un nouvel espace de création. Ça ne remplacera jamais le live physique, mais c’est excitant. Et plus concrètement, ça signifie aussi qu’on va pouvoir donner à voir un live de la scène indé en France à n’importe qui dans le monde. 

Sur la scénographie, le décor, le virtuel a l'avantage de n'avoir aucune limite créative…

O. : Oui, il est certain qu’en physique, c’est vite compliqué logistiquement ou financièrement. Comme je vous disais plus tôt, lors des confinements, j’ai travaillé sur mon album. Et pour la conception de l’image de mon album, j’étais bien embêtée. On était confinés. Certains des photographes que j’aimais étaient loin. Je me suis dit que j’allais bosser en virtuel. Je me suis rendu compte qu’à partir d’un seul scan 3D, on peut créer des mondes virtuels. C’est infini. Et si demain, je souhaite rééditer mon album, je peux renouveler très facilement une série de photos, sans poser à nouveau. Jusqu’à peu, j’avais l’image de la création virtuelle comme de productions assez froides, parfois même à la limite du kitsch. Je ne connaissais pas. Avec ce projet, je me suis pris une énorme claque. 

On l’a vu avec les travaux de Spotify et du musicien électronique Skygge ou de l’IRCAM, les avancées de la recherche en IA appliquée à la musique sont déjà bluffantes, que ce soit sur la voix ou sur la composition musicale. Est-ce que vous regardez de ce côté-là ?

O. : Je m’y intéresse beaucoup. Je n’ai pas appris la musique de manière classique. J’ai commencé à composer en manipulant des instruments qui m’ont donné envie de chercher, de tester. Au fond, cette manière de composer me paraît plutôt logique et familière. J’ai beaucoup de copains qui travaillent dans la programmation informatique. Toute la journée, ils réfléchissent à des outils pour créer des suites de notes pour ceux qui ne savent pas composer. J’ai de la chance, ils m’ont filé un logiciel prototype sur mon ordinateur. Je l’ai d’ailleurs utilisé lorsque j’ai travaillé sur la musique d’une série. Ça m’est arrivé d’être en rade d’inspiration. Je n’y arrivais plus. J’ai testé sur la machine, qui m’a sorti des suites d’accords, qui étaient utilisables en l’état, mais que j’ai transformé. Je vois ça comme des petits coups d’impulsions, d’inspirations. Un peu comme si on faisait confiance à la machine, mais aussi qu’on acceptait encore plus l’accident. Tout ça, je dois le reconnaître me rend un peu dingo ! 

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