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femme allongée fond noir
© Adobe

Pourquoi marques et artistes contemporains se rapprochent des chefs-d'oeuvre du passé

L'ADN
Le 23 nov. 2018

De la peinture flamande à la Renaissance italienne en passant par le Siècle d’or de Rembrandt et Vermeer, l'Histoire de l’art fascine marques et artistes et devient la base d’une culture visuelle mondialisée. Une tribune signée Anaïs Montevecchi, spécialiste en art contemporain et Adobe. 

 « L'Histoire et le passé de manière générale connaissent un regain d'intérêt pour de nombreux artistes et marques » explique Brenda Milis, Principal Creative Services and Visual Trends Adobe.

En effet, grâce au développement des télécommunications, le partage et les échanges d’informations se sont facilités et multipliés depuis une dizaine d’années. L’accès à Internet, notamment à des plateformes comme Google Images ou Wikipédia, permet ainsi la création d’une base d’images référentielles facilement accessible et mondialisée. Aujourd’hui, nul besoin de voyager ou d’aller au musée pour découvrir les peintures de Cézanne, les sculptures Aloalo Malgaches ou encore les fresques de la Chapelle Sixtine de Michel Ange.

Redécouverts et à la portée de tous, l’histoire de l’art et les chefs-d’œuvre du passé font leur grand retour dans les créations contemporaines.

Inspiration de style

La tendance « Histoire et Mémoire » du programme Visual Trends 2018 observe une volonté de perpétuer la mémoire des trésors du passé, et de s’en inspirer afin de créer de nouvelles images. Certaines créations contemporaines empruntent donc aux chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art, créant une forme de citation stylistique, mais également conceptuelle. En effet, lorsque l’on cite un chef-d’œuvre ou le style d’un peintre, c’est une technique, une histoire, un contexte politique et géographique que l’on convoque avec lui. On remarque ainsi le retour de plusieurs courants de l’histoire de l’art.

Les primitifs flamands : fantaisie décalée

Monument de l’histoire de la peinture, Le Jardin des délices de Jérôme Bosch est une source d’inspiration pour de nombreux artistes contemporains. En effet, cette œuvre marque la liberté avec laquelle l’artiste représente ses visions futuristes, la nudité des corps et leur hybridation avec des éléments végétaux ou avec des animaux. D’une richesse symbolique incroyable, cette œuvre échappe encore aux interprétations dans lesquelles on voudrait l’enfermer et inspire pour sa liberté de ton, son impertinence et sa vision novatrice et imaginative. Jan Fabre, Art Orienté Objet ou encore Carla Gannis, qui propose une relecture numérique du triptyque intitulée « Garden of Emoji Delights », ont tous été fascinés par cette œuvre incroyable. La marque Gucci s’est elle aussi laissée séduire pour sa campagne printemps-été 2018 « Fantaisies utopiques », confiée à l’artiste espagnol Ignasi Monreal. Pour cette campagne, l’artiste multiplie les références à l’histoire de l’art et termine en apothéose avec une création reprenant la composition Des Époux Arnolfini, de Jan Van Eyck, en kimono japonais et bras tatoués, sur fond de Jardin des délices, peuplée de créatures hybrides habillées en Gucci.

La Renaissance italienne : l'esthétique idéalisée

femme avec des fleurs dans les cheveaux

© Adobe

Avec la Renaissance italienne et la redécouverte des œuvres Antiques, les artistes et les œuvres s'inspirent de l'art gréco-romain. Hegel, père de l’esthétique, voyait dans l’art grec le triomphe de la beauté, un sommet inégalé. Avec la Renaissance, on revient donc à la beauté classique de la statuaire grecque, reposant sur des principes de proportions, d’équilibre et d’harmonie. Les visages et les corps se construisent grâce au nombre d’or et atteignent un idéal propre à incarner des valeurs spirituelles. Les créateurs contemporains puisent donc dans ces sources iconographiques afin de convoquer une esthétique pure, spirituelle et idéalisée.

Le Siècle d'or : le quotidien sublimé

femme devant nature morte

© Adobe

Plus tardif, le Siècle d’or désigne une période de fort développement artistique survenu aux Pays-Bas et qui connaît son apogée au XVIIème siècle. Rembrandt, Vermeer ou encore Frans Hals en sont les figures de proue. Marquées par les peintures du Caravage, les lumières sont travaillées en clair/obscur, accentuant les contrastes qui dramatisent les scènes ou les portraits. Ce mouvement pictural se développe dans un contexte majoritairement protestant : l’esthétique est donc simple, presque austère, privilégiant une palette de bruns, marrons et ocres aux couleurs exubérantes de la Renaissance italienne. Les sujets sont quotidiens, donnant une place importante à la nature morte et aux scènes de la vie quotidienne, sublimées par les jeux de lumière. La marque de yaourts La Laitière fonde son identité sur une citation de l’œuvre éponyme de Johannes Vermeer, convoquant ainsi des valeurs de proximité et d’authenticité dans lesquelles chacun peut se reconnaître. Les portraits ne sont pas idéalisés, ils sont pudiques, presque mystérieux.

Les artistes contemporains convoquent donc avec le Siècle d’or une esthétique toute en retenue, auréolée de mystère et ancrée dans le quotidien. Avec la vogue de la nature morte de fleurs et de fruits, ils mettent également l’accent sur la mise en valeur de matières et de couleurs évoquant le goût ou le toucher.


*Cette tribune fera l’objet d’une suite. Un second article abordera les tendances visuelles à travers les thèmes du romantisme, du portrait d’apparat et de la peinture intemporelle à l’ère de l’obsolescence programmée.

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