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Cette photographe a passé 24h dans la vie d’agriculteurs pour casser les clichés sur la vie rurale
© Géraldine Aresteanu

Cette photographe a passé 24h dans la vie d’agriculteurs pour casser les clichés sur la vie rurale

Le 26 févr. 2020

La photographe franco-roumaine Géraldine Aresteanu a sillonné les routes de France pendant un an pour photographier le quotidien de 12 agriculteurs et agricultrices. Elle expose au Salon de l’Agriculture à Paris jusqu’au 1er mars 2020.

C’est en novembre 2018 que le groupe de coopératives agricoles françaises Invivo entre en contact avec la photographe Géraldine Aresteanu . Et si ses photos pouvaient aider à faire tomber les a priori sur la vie rurale ?

« Je n’ai pas accepté tout de suite. Je voulais être sûre d’avoir carte blanche, qu’on ne m’impose pas d’agriculteurs à rencontrer. Surtout, je voulais m’assurer que mes photos ne sortent pas du cadre de l’exposition, qu’elles ne servent pas de banque d’images pour des plaquettes commerciales… »

 Géraldine Aresteanu - Alice Avisse, polycultrice et éleveuse, Oise.

24h dans la vie de 12 agriculteurs

Une fois assurée de travailler en totale liberté, Géraldine choisit 12 personnes qu’elle rencontrera sur un an, des hommes et des femmes, des familles aussi. Éleveurs, maraîchers, ostréiculteurs, céréaliers… « Je parlais de mon projet à tout le monde et les gens me désignaient spontanément un agriculteur ou une agricultrice qu’ils connaissaient. Je les ai sélectionnés en fonction de ce qu'on m'en disait, j’avais besoin d’avoir une sorte de "coup de foudre humain". »

Lorsqu’elle commence son projet début 2019, elle se souvient que les célèbres photos de la reporter Dorothea Lange sont exposées au Jeu de Paume. « C’est une femme qui a beaucoup contribué à retranscrire la réalité de la vie rurale. Elle a été commissionnée par l’État, mais a participé à changer l’opinion publique en rentrant dans la vie des gens. »

 Géraldine Aresteanu - Claude et Lucie Domert, viticulteurs

Le travail d’une vie

Comme elle, Géraldine entre dans la vie des autres, effleure leur intimité, mais ne s’impose jamais. Au contact de ces agriculteurs, elle parvient à tirer certaines conclusions.  « C’est le travail d’une vie, tu n’as pas d’horaires, tu engages ta vie de famille si tu en as une, tu ne sais jamais vraiment combien tu auras à la fin du mois. Tu tombes malade ? Et bien tu y vas quand même. Qui va nourrir les bêtes sinon ? »

 Géraldine Aresteanu - Yann Corbeau, éleveur de cochons bio.

Certains souffrent de la solitude ou ne connaissent simplement pas leurs voisins, d’autres essayent de créer du lien comme Yann Corbeau en Bretagne. Éleveur de cochons bios, il organise des dîners concerts sur son exploitation. Ailleurs en Bretagne, l’ostréiculteur Yves-Marie Leguen a lancé l’association Cirque et Mer pour créer des ponts entre la mer et les artistes. « Globalement, plus les gens ont de grosses exploitations, moins ils sont dans une démarche d’échange », note Géraldine.

 

 Géraldine Aresteanu - Yves-Marie Leguen, ostréiculteur, Côtes-d'Armor

D’autres encore choisissent de repenser radicalement leurs pratiques. C’est le cas de Yannick Carteret, maraîcher et éleveur bio en Haute-Corse qui a perdu son exploitation de 15 hectares il y a deux ans pour des raisons familiales. En 2018, il repart de zéro sur une surface de sept hectares et fait toujours dans le bio. « Il a souhaité revenir à la terre en utilisant moins de machines et en adoptant une démarche de permaculture, explique Géraldine. Aujourd'hui, il est heureux de cette nouvelle façon de faire. Il a les œufs de ses poules et ne fait pousser que des légumes qu’il vend sur les marchés. »

Le coup de foudre humain est tel que Géraldine retournera chez Yannick avec ses enfants pendant les vacances. « Il nous a laissé son exploitation pour trois jours afin qu’il puisse aller voir sa maman sur le continent. »

 Géraldine Aresteanu - Yannick Carteret, maraîcher et éleveur bio en Haute-Corse

Mais changer de démarche n’est pas toujours facile. « Ce que je remarque, c’est que les plus jeunes ont cette envie de se démarquer de ce que faisaient les parents ; d’utiliser moins de pesticides ou du moins, de se servir d’outils technologiques pour limiter leur utilisation. » Dans le Loiret, la famille Leluc a planté des haies pour maintenir la biodiversité. Dans l’Oise, la polycultrice et éleveuse Alice Avisse développe un projet qui devrait voir le jour d’ici deux ans : déployer une production de biométhane à partir de déchets agricoles.

« Autant de projets qui mettent du temps à se développer », précise Géraldine, car la cadence de leurs métiers fait qu’il n’y jamais « la place pour réfléchir trop longtemps »…

« Agriculteur,  le jour et la nuit » : découvrir toutes les photos.

Margaux Dussert - Le 26 févr. 2020
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