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des silhouette de gens en manifestation

Blues des community managers en grève : « Notre absence n’avait même pas été remarquée. »

Le 16 janv. 2020

Les community managers de Mediapart veulent protester contre la réforme des retraites, mais comment peuvent-ils faire grève quand leurs outils de publication et les algorithmes automatisent leur travail ?

Depuis le 5 décembre 2019, une partie des community managers du site Mediapart font ponctuellement la grève des réseaux sociaux. S’ils ont, pour le moment, cumulé cinq jours de grève (dont les 15 et 16 janvier 2020), l’exercice de ce droit s’est fait de manière un peu particulière. Sur les réseaux et notamment sur Twitter, les liens vers les articles sont bien postés, mais sont accompagnés d’un message indiquant que les CM du média ne travaillent pas afin de protester contre la réforme des retraites.

Cette solution, qui consiste à utiliser le compte social du média pour signaler le mouvement de grève aux lecteurs est issue de plusieurs expérimentations de la part de Cécile Dony et Gaëtan le Feuvre. « La première fois que nous avons fait grève, nous avons posé notre journée et sommes allés en manifestation comme n’importe quel citoyen et salarié, explique Cécile. Nous nous sommes rendu compte que notre action n’avait eu aucun impact et que notre absence n’avait même pas été remarquée. » Difficile dans ces conditions de faire avancer les choses. Non seulement ce genre d’action coûte de l’argent aux salariés, mais elle reste totalement invisible.

La quadrature du cercle

La cause de ce demi-échec est d’ailleurs simple à trouver : les outils des CM, permettant de réaliser des publications automatiques, ne nécessitent pas de présence humaine pour fonctionner correctement. « Nos posts Facebook et nos tweets continuent d’être publiés automatiquement malgré notre absence, indiquent les grévistes dans un article de blog. Même si nous décidions d’interrompre ce flux automatisé, les algorithmes continueraient à faire circuler nos publications pendant plusieurs jours, et aucun internaute ne serait touché par cette interruption. »

Pour avoir plus d’impact, Cécile Dony et Gaëtan Le Feuvre ont donc décidé de détourner ces outils de publication à leur avantage. « C’est à la fois le problème et la solution, indique Cécile Dony. Ces mêmes outils qui nous empêchent de bien faire grève peuvent aussi nous permettre de faire exister notre action sur les réseaux en publiant automatiquement un rappel toute la journée. »

Ne pas nuire au média

En plus de communiquer sur leur action, les community managers doivent aussi trouver les moyens de ne pas nuire au média qui les emploie. « Comme Mediapart couvre particulièrement ce mouvement et que nous ne sommes pas en opposition avec notre employeur, on ne voulait pas empêcher les articles de paraître, poursuit Cécile Dony. On continue donc de publier les articles de manière automatique, mais on en profite pour faire passer notre message en priorité ».

De manière plus large, les CM de Mediapart espèrent que ce mouvement de grève, qui est une première pour ce métier relativement jeune, ouvre justement le débat sur les conditions de travail des métiers du web. Considérés comme des couteaux suisses remplaçables, les community managers enchaînent souvent les stages ou les CDD. Ils sont aussi les maillons d’une chaîne de nouveaux métiers « ubérisés », précarisés et parfois carrément automatisés.

David-Julien Rahmil - Le 16 janv. 2020
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