bannière 2
bannière 2
premium1
Ecran téléphone portable Snapchat

Comment snapchatiser l’info ? Les secrets du Guardian et de la BBC

Le 21 févr. 2018

Comment faire quand l'on est un média traditionnel pour produire du contenu pour le mobile ? Les éditeurs visuels de la BBC et du Guardian ont livré leurs secrets. Spoiler : il ne suffit pas d'ajouter des filtres...

Faut-il rapetisser le contenu du desktop ou partir du mobile et le mettre à échelle ? Comment simplifier des articles longs et complexes pour des petits écrans et de gros doigts ? Voici quelques-unes des questions que se posent tous les jours les responsables de la création de contenu pour Snapchat dans les médias.

D’un service de messagerie, Snapchat est devenu un réseau social et, plus récemment, une plate-forme média avec la sortie de l’onglet Discover en France en septembre 2016, quelque temps après le lancement anglo-saxon. Avec 187 millions d’utilisateurs quotidiens revendiqués par l’application, de nombreux réseaux sociaux ont eux aussi lancé leur propre version des filtres et des « stories ». C’est le cas de Facebook, Instagram et plus récemment Google avec les « AMP Stories ». La tendance de « Snapchatisation » de l’info comme grande tendance, annoncée par Harris Interactive dans son Baromètre des usages des réseaux sociaux en France, se concrétise.

Ok, mais comment on fait ? Face aux nouveaux usages d’un réseau tout neuf qui bouscule les codes, les médias traditionnels doivent trouver de nouvelles mécaniques. Subhajit Banerjee, journaliste anciennement rédacteur en chef de l’offre mobile du Guardian (il a notamment concrétisé l’application du média sur Apple Watch), a interrogé Bella Hurrell de l’équipe News Visual Journalism de la BBC et Feilding Cage, éditeur visuel au Guardian. Ils livrent leurs secrets pour « Snapchatiser » l’information.

La prise de conscience

« À la BBC, nous avons créé des graphiques et des formats interactifs depuis 2012 ou 2013, quand l’audience du mobile a commencé à croître de manière significative, se rappelle Bella Hurrell. Maintenant la majorité de notre audience en ligne vient vers nous chaque jour via le téléphone portable, notre application ou par du web responsive, ce qui fait de l’expérience mobile la seconde nature de notre média. »

De son côté, le Guardian a commencé son activité mobile en 2012, pendant les élections locales britanniques. Feilding Cage explique que les contenus avaient été créés séparément pour le mobile et le desktop. Il se rappelle que, « franchement », la version mobile était très limitée. Après ce projet, sa vision du mobile a complètement changé. Aujourd’hui, il mise tout sur l’expérience utilisateur : « Je passe beaucoup de temps à passer à ce que font les utilisateurs, quand ils verront le contenu et où ils sont.»

Des équipes multidisciplinaires

Le département mobile de la BBC compte 30 personnes dont des graphistes, des infographistes, des UX designers, des vidéastes, des développeurs web et des journalistes. L’équipe produit des contenus interactifs qui personnalisent l’expérience, comme demander l’âge des mobinautes ou leur localisation. Le département peut aussi compter sur les graphistes TV, un avantage pour le mobile. « Nous avons compris plutôt rapidement que la production de contenu pour le mobile et les réseaux sociaux a beaucoup en commun avec le design de la TV - les graphiques ont besoin d’avoir un seul focus, du texte plus large et être visuellement attractif pour capter l’attention du spectateur distrait », explique Bella Hurrell.

Côté Guardian, l’équipe est composée de 20 personnes. « L’une des composantes de notre équipe est le mélange des compétences. Notre équipe inclut de la vidéo, du motion design, de la photographie, du design graphique, du design UX, de la data et du code. Plus important encore, chaque membre de l’équipe est journaliste », détaille Feilding Cage. Le mot d’ordre de l’équipe ? « Expliquer l’info quand les mots ne sont pas suffisants ». « Nous produisons des visuels qui sont essentiels à la compréhension des news et qui les remettent dans leur contexte. La salle de rédaction du Guardian est relativement technophile et nous passons beaucoup de temps à travailler avec des reporters dont les idées ont déjà été lancées. Nous avons construit des outils (...) pour que les journalistes sur le terrain puissent produire quelques-uns des éléments visuels basiques seuls », explique le responsable du pôle.

Back to basics à la BBC

À la BBC, on aime que ça aille vite : aucun des projets ne doit pendre plus de 8 semaines de production. En revanche, on apprécie la collaboration entre les équipes : chacun des sujets inclut la participation de nombreux membres de la rédaction.

L’une des réalisations préférée de Bella Hurrell est « What President Trump said about your country » (Ce que le président Trump a dit à propos de votre pays »), un savant mélange de contenu éditorial concernant et de design. Autre expérience : le calculateur qui révèle combien vont dépenser les femmes en « taxe tampon » au cours de leur vie aux États-Unis.

De manière générale, l’équipe de Bella Hurrell tente de rester le plus simple possible en partant du principe que l’utilisateur va scroller : les cartes et graphiques doivent être clairs, engageants et raconter une histoire plutôt que de proposer une palette d’options cliquables. Les utilisateurs ne zooment pas et ne cliquent pas non plus. Bella Hurrell précise qu’il ne faut jamais oublier les points élémentaires, comme écrire correctement le texte et ne pas faire de fautes d’orthographe.

Se focaliser sur le message

Pour Cage, le challenge de l’info sur le mobile est l’approche du traitement et de l’édition. « Nous prenons maintenant en compte le nombre d’éléments que nous voulons que nos lecteurs retiennent, puis nous structurons l’article autour. Ce qui oriente nos choix de design, de dataviz et sur l’optimisation technique (..). Ensuite, si ça marche sur le mobile, ça marche sur desktop, avec quelques améliorations », explique le responsable. Un des exemples de réalisation récente : la mesure de la pollution de Londres en live pour observer les sites enfreignant la limite légale.

Selon lui, les règles à respecter sont de se focaliser sur l’histoire et d’avoir une idée claire du message que vous voulez faire passer. L’optimisation du contenu pour le mobile se doit d’être claire dès la première page, sans attendre que l'utilisateur ne scrolle.

Si chacun a sa vision de la production de contenu pour « snapchatiser » l’info, les responsables de la BBC et du Guardian se rejoigne sur un point : mettre en place des process clairs et miser sur la complémentarité des compétences. Preuve que pour produire du contenu pour le mobile, il ne suffit d’ajouter une émoji et un filtre sur une photo.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

L'actualité du jour