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Superman

Comment mon clone numérique a fait de moi un média (et boosté mon business)

Le 16 mai 2018

L'expert en deep learning Grégory Renard a créé sa propre IA pour sélectionner sur la Toile les meilleurs articles de sa branche. Et ça lui a changé la vie (et son job).

Grégory Renard n’est pas journaliste. Il ne signe aucun article, ne part jamais en reportage, ne fait pas d’interview. Cet ancien professeur de mathématiques habite Palo Alto et passe son temps à développer des assistants personnels pour ses clients, quand il ne protège pas la Terre des météorites pour la Nasa. Pourtant, ses publications sur les réseaux sociaux sont likées et partagées des centaines, voire des milliers de fois.

« Je suis devenu un média », avoue-t- il. Son secret ? Une intelligence artificielle concoctée maison scanne pour lui un million de pages Web par jour, l’équivalent du travail de 1 000 hommes. Elle (oui, Grégory a toujours voué aux intelligences artificielles des attributs féminins) digère ensuite l’info et envoie un résumé des liens les plus pertinents (entre 10 et 100) par e-mail tous les soirs. Il voulait gagner du temps, il a continué parce que « c'était vachement cool ».

Infobésité : un gros problème

Il faut dire que Grégory était malade, malade d' « infobésité ». Pour être à la pointe de l'info, cet expert en intelligence artificielle et deep learning sondait quotidiennement à la main les réseaux sociaux et Google, collectionnait les flux RSS. « Il y a trois-quatre ans, la production d'informations a accéléré de manière exponentielle. Je me suis retrouvé avec un volume ultra conséquent. Je n'arrivai plus du tout à suivre ! » Alors, le patron de xBrain a remonté ses manches et a créé sa propre solution.

La solution : clone numérique et « clustérisation » d'infos

Sa « machine infernale », comme l'appelle Grégory Renard, fonctionne en 40 étapes. Il a tout bonnement cloné son comportement sur le Web : « J'ai déterminé chaque tâche que je faisais et je l'ai l'industrialisée avec un réseau de neurones. Après, il ne faut pas fantasmer : il n'y a que 10 % d'IA dans le process, le reste c'est de la programmation informatique. » La machine l'imite, mais sur un nombre de données supérieur. Elle « clustérise » ensuite l'info, c'est-à-dire qu'elle assemble en grappe les liens traitant du même sujet, les analyse et sélectionne le plus pertinent. Et hop ! Direction la boîte mail de Grégory.

L'algorithme cognitif People2Vec rend possible cette sélection méticuleuse d'articles. Ce système d'analyse linguistique archi-sophistiqué détecte les sujets les plus pertinents en fonction des goûts de son « éducateur ». Celui qui est aussi conseiller gouvernemental en IA pour la France précise tout de même que paramétrer un tel engin n'est pas à la portée de tous. « Mon job est complexe. Je passe 70 % de mon temps aujourd'hui à transformer le monde pour le donner à la machine. Je fais des maths toute la journée. C'est l'équivalent du travail d'un bibliothécaire qui rangerait des livres derrière des mecs qui auraient foutu le bordel. »

Le résultat : un homme augmenté

« Ce que j'ai fait m'a profondément marqué. J'ai découvert la notion d'homme augmenté. Mon IA a un effet incroyable sur moi, je ne suis plus du tout stressé. Je passe zéro minute par jour en ligne. » Du truc « cool » qui fait gagner du temps, l'introduction de l'IA de veille a eu des conséquences inattendues sur la carrière de Grégory Renard. L'ingénieur est devenu populaire sur la Toile. « J'ai été complètement bluffé. Je suis passé de zéro contact à plus de 15 000 sur LinkedIn. On m'écrit tous les jours pour me dire merci. C'est même devenu une espèce de business development pour moi », explique l'ingénieur.

Vers un journalisme augmenté ?

Au-delà des conséquences sur sa vie privée, les applications d'une telle IA pourraient remettre en cause, selon lui, tout le business de l'info. « Nous sommes à un moment crucial de l'histoire de la civilisation humaine. Dans les 5 à 15 prochaines années, 100 % de notre vie va être transformée. Et cela va aller vite, très vite. Il faut utiliser la technologie pour qu'elle soit à la disposition du plus grand nombre. Sinon nous allons nous retrouver avec d'un côté ceux qui auront l'info et la comprendront, et de l'autre, ceux qui seront noyés. Comme un homme avec un silex et un autre avec un lance-flamme. »
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