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Moi, éleveur de robots journalistes

Le 18 oct. 2017

Tout est parti d’une question simple : dans le flux délirant d’informations dans lequel nous sommes noyés, comment sélectionner ce qui nous intéresse vraiment ?

Un robot journaliste : pour quoi faire ?

Et la réponse est tombée, évidente : désormais, seul un robot a la capacité de faire le tri. Ainsi est née Flint, « une newsletter personnalisée confectionnée avec amour par des intelligences artificielles ». À l’origine du projet, Benoît Raphaël, journaliste et entrepreneur, et Thomas Mahier, ingénieur en intelligence artificielle. « J’ai toujours pensé que le fait que tout le monde puisse prendre la parole sur Internet était une grande richesse. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, chacun peut effectivement le faire, et générer sa propre audience. Cela crée une grande richesse de points de vue différents, mais il faut reconnaître que c’est aussi un énorme bordel », explique Benoît Raphaël.

Par ailleurs, les méthodes mises en place pour apporter un peu d’ordre à cette inextricable cacophonie ont fait émerger de nouveaux biais : « On aurait pu espérer qu’Internet nous rende moins passifs face à l’information, mais nous nous sommes habitués à ce que les algorithmes nous servent notre soupe. » Entre le fameux effet de bulle de filtre qui fait que chaque internaute accède à la version d’un Web optimisée pour lui en valorisant des contenus susceptibles de lui plaire, les buzz et les fake news qui tournent ad nauseam…, la mission du robot Flint serait de proposer un autre tri, plus pointu, plus surprenant aussi.


Cet article est paru dans la revue 12 de L’ADN : Ordre et Chaos. A commander ici.

 

Flint : un projet collaboratif pour apprendre à élever des robots journalistes

Au départ, il s’agissait surtout de tester le modèle. Est-ce que, oui ou non, un robot peut détecter les articles de qualité publiés sur tels ou tels sujets ? Pour s’en assurer, la thématique des médias, bien connue de Benoît Raphaël, a été choisie. En février 2017, dès que les premiers résultats ont été jugés encourageants, le projet a été révélé via un post sur Medium. Sans triomphalisme excessif, Benoît Raphaël reconnaissait : « Les robots de Flint ne sont pas toujours très obéissants, puisqu’on leur demande une certaine liberté de choix. Ils ne sont pas encore très intelligents non plus, mais ils grandissent. » Et il concluait : « Ceci n’est pas un article promotionnel. Mais une invitation. Nous ne sommes qu’au début d’une expérience, et j’aimerais la mener avec vous. »

Élever des robots journalistes. La proposition a immédiatement suscité des vocations auprès d’une première communauté constituée de rédacteurs, de patrons de médias, de designers et de professionnels du marketing digital. À ce stade, le backoffice mis à leur disposition reste un peu austère, et les process sont à affiner en permanence. Un manuel d’élevage est coécrit avec l’ensemble des participants qui échangent ainsi les best practices. « Nous avons l’impression d’être en face d’un système vivant. Nous sommes les sociologues, les biologistes de notre propre écosystème. C’est passionnant à voir fonctionner et en réunissant cette communauté d’experts, nous avons beaucoup progressé. Certains ont élevé leur robot dix fois mieux que nous ne l’avions fait. » Le tout n’exige aucune compétence particulière en programmation.

Un peu de logique suffit, et… beaucoup de travail. « Il faut bien comprendre que l’on ne donne pas aux robots une liste de critères. C’est un peu comme une bestiole qui aurait une forme d’intelligence qui ne fonctionnerait pas sur les mêmes logiques que la nôtre. Je lui dis ça c’est bien, ça, ce n’est pas bien et, petit à petit, elle commence à comprendre. Il faut juste faire en sorte que son système référentiel soit correctement construit. » Cet apprentissage ouvre de vastes champs de réflexion. « Bizarrement, ces systèmes assez simples nous racontent une part de nous-mêmes. Ils sont des sortes de golem qui nous permettent de mieux comprendre la manière dont on fonctionne. » Une altérité qui parvient à surprendre jusqu’à ses créateurs. « Jeff, le robot spécialisé sur les médias, a plus d’un an. Il m’a effectivement fait découvrir de nouvelles sources, parfois même sur des sujets connexes. C’est assez magique de le voir évoluer. »

On peut désormais s’abonner gratuitement aux premières newsletters confectionnées « avec amour » par les robots : Gordon, spécialisé sur le monde de la finance et de la technologie, Yolo, sur les questions liées à l’énergie et au climat, et toujours Jeff, le robot historique, sur la mutation des médias. La communauté, quant à elle, travaille à déployer de nouvelles souches sur toujours plus de sujets. Évidemment, la question du modèle économique se pose. « Nous sommes convaincus que nombre d’entreprises seraient prêtes à payer pour avoir un assistant personnel capable de leur sélectionner les meilleurs articles sur leurs sujets de prédilection. » Une formule qui pourrait bientôt être proposée sur abonnement.

PARCOURS DE BENOIT RAPHAËL

Journaliste et entrepreneur dans le numérique, il est le président de Trendsboard, un service qui fournit aux salles de rédaction des outils d’analyse de données, des algorithmes de recommandations et des analyses prédictives. Il est également consultant en médias et créateur de Le Lab (Europe 1), Le Plus (L’Obs), Le Post (Le Monde). Le lien entre ces différents projets médias est de mettre en place des mécanismes de collaboration avec les lecteurs afin de leur donner plus de contrôle sur l’information.

À VOIR

Pour suivre l’aventure de Flint : lab.davan.ac/nos-robots-et-nous-c701d58cab3f

Pour s’inscrire aux newsletters de Flint : flint.media

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