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Pump.fun, la plateforme refuge des pires streameurs du web

Réputée pour être un repaire d’arnaqueurs et de trolls racistes, la plateforme de crypto, en perte de vitesse, accueille le fond du panier du streaming, banni de Kick.

Vous n’avez jamais entendu parler de « Chud The Builder ». À vrai dire, personne ne devrait connaître l’existence de ce streameur qui a atteint la célébrité en se filmant en direct en train de traiter des personnes noires de « chimpanzés » ou de « nègres » dans les rues de Nashville, Tennessee. Seulement voilà, « Chud The Builder », Dalton Eatherly de son vrai nom, a suivi la même méthode que le streameur Clavicular pour attirer sur lui la lumière médiatique : accumuler les frasques streamées et faire suffisamment de bruit pour apparaître enfin dans le New York Times ou sur CNN. Mais le streameur a aussi bénéficié d’une petite armée de monteurs rémunérés au nombre de vues qui se sont amusés à clipper ses vidéos et à les diffuser, principalement sur TikTok et X. Mais ce qui a véritablement fait décoller la carrière médiatique de cet homme de 28 ans, c’est sa participation à une fusillade, pour le moins confuse, dont la vidéo a été diffusée sur une autre plateforme de streaming tristement célèbre : Pump.fun.

La folle histoire de Pump.fun

Ouverte en 2024 par trois jeunes Britanniques, Pump.fun était présentée comme une « usine à cryptomèmes ». Concrètement, la plateforme, basée sur la blockchain Solana, permettait à ses utilisateurs de créer des tokens basés sur des mèmes. Plus les internautes croyaient en un mème particulièrement drôle ou inspirant, plus ils pouvaient « pomper » sa valeur en investissant de vrais dollars. Dans les faits, 98,6 % des tokens créés sur la plateforme ont fini en fraude ou en « rug pull » , une méthode qui consiste qui consiste à faire grimper artificiellement la valeur d’un cryptomème avant de revendre brutalement ses parts et de disparaître avec l’argent des investisseurs.

Fin 2024, la plateforme, qui avait déjà la triste réputation d'être un repaire d’arnaqueurs, tente de relancer l’intérêt en lançant des live streams qui vont rapidement sombrer dans le chaos le plus total. Créateurs qui restent sur leurs toilettes pendant des jours, combats d’animaux qui finissent décapités en direct, chantage au suicide, menaces de mort sur des enfants entravés, scènes de pendaison ou de zoophilie, overdose de Fentanyl… En l’espace de sept jours, la plateforme va réaliser près de 43 millions de dollars en frais de transaction, avant que le cofondateur Alon Cohen ne siffle la fin de la partie. Il faudra attendre avril 2025 pour voir revenir les live streams, accompagnés d’une politique de modération qui n’empêche en rien les insultes racistes ou les scènes d’apologie nazie. On y croise notamment des personnages récurrents comme Joker, un créateur de contenu grimé comme l’antagoniste de Batman qui se met en scène avec un buste d’Hitler et qui mène des « débats » avec des internautes noirs croisés sur une application du type Chatroulette.

Devenir riche avec crime, c'est possible !

C’est dans ce contexte que vient s’inscrire Chud The Builder et sa fusillade du 13 mai dernier. Quelques jours auparavant, le streameur avait été banni de Kick pour avoir proféré à nouveau des insultes racistes pendant un live. Après s’être présenté comme une victime de la « cancel culture », notre moustachu a annoncé son arrivée sur la plateforme Pump.fun, qui semblait donc ouverte à le recevoir. Et c’est là qu’est intervenue cette altercation avec un inconnu, devant le Montgomery County Courthouse de Clarksville, Tennessee. Un homme, qui l’avait reconnu grâce à ses streams, l’interpelle dans la foule. La confrontation dégénère. L’homme le frappe. Eatherly sort une arme et tire. Les deux sont blessés. Son adversaire est héliporté à l’hôpital. Eatherly, lui, s’est tiré une balle dans le bras, accidentellement, selon les premières constatations.

Ce qui est certain, c’est que la fusillade a été filmée. Les images ont circulé immédiatement sur X. Et que le token $CHUD, le memecoin créé par Eatherly sur Pump.fun pour financer ses streams depuis son arrivée sur la plateforme, a vu sa capitalisation bondir à 4,4 millions de dollars dans les heures suivant les coups de feu. La violence est devenue, mécaniquement, une bonne nouvelle pour son portefeuille. Sa cagnotte de financement participatif, alimentée par des sympathisants d’extrême droite, a quant à elle dépassé les 135 000 dollars en 48 heures. Chud The Builder est désormais inculpé pour tentative de meurtre. Il est aussi, pour la première fois de sa carrière, connu de tout le monde et virtuellement millionnaire.

L’histoire serait presque anecdotique — un énième déséquilibré monétisant sa propre déchéance — si elle ne racontait pas quelque chose de plus large sur l’état de Pump.fun en 2026. La plateforme, qui avait réalisé son record absolu de revenus le soir même du lancement de ses live streams en novembre 2024, est depuis en perte de vitesse. Son pic de 263 millions de dollars de revenus trimestriels, atteint début 2025 dans le sillage de la fièvre Trump, n'a jamais été dépassé. Des plateformes concurrentes comme LetsBONK a grignoté des parts de marché. La communauté elle-même parle de « memecoin fatigue ». Face à cet essouflement, la plateforme semble avoir trouvé, sans nécessairement l’avoir cherché, un nouveau positionnement : celui du dernier recours pour les streameurs que les autres plateformes ne veulent plus.

David-Julien Rahmil

David-Julien Rahmil

Squatteur de la rubrique Médias Mutants et Monde Créatif, j'explore les tréfonds du web et vous explique comment Internet nous rend toujours plus zinzin. Promis, demain, j'arrête Twitter.

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