le laboratoire qui aide les médias à résoudre des enquêtes

Index, l’ONG qui enquête sur les violences policières grâce à des modélisations en 3D

© Index pour Le Monde

Des architectes, des spécialistes de la 3D, des vidéastes... les talents que réunit Index peuvent faire la lumière sur des affaires non résolues en reconstituant les faits en vidéo.

Ils ont collaboré avec les médias Libération ou bien encore Disclose. Ils sont derrière la reconstitution de la mort d’Adama Traoré et de Zineb Redouane ou bien de l’éborgnement d’Adnane Nassih et Jean-François Martin. « Ils » , c’est Index, un organisme à but non lucratif dont la spécialité est de reconstituer en trois dimensions des affaires de violence policière. Après un an de fonctionnement et la participation à 5 enquêtes, l’association cherche de nouveaux financements via une campagne de crowdfunding. C’était donc l’occasion de poser quelques questions à son fondateur, Francesco Sebregondi, docteur en architecture.

Vous êtes à mi-chemin entre une ONG, un laboratoire d’expertise et un média. C’est quoi Index exactement ?

Francesco Sebregondi : Effectivement, on est hybride. On se définit comme un laboratoire d'expertise indépendant avec la structure d’une association de loi 1901. Officiellement, nous n’existons que depuis un an, mais dans les faits, nous poursuivons le travail d’investigation qui a démarré au laboratoire Forensic Architecture, un groupe de recherche dirigé par l'architecte Eyal Weizman basé à l’université de Londres, et dans lequel j’ai travaillé pendant 10 ans. Index a été créé pour nous permettre de nous concentrer sur des affaires françaises. 

Comment est-ce que vous travaillez sur ces enquêtes ?

F. S. : Concrètement, notre objectif est d'apporter de nouvelles informations qui ne sont pas forcément accessibles quand on reste à la surface des images. On utilise des vidéos ou bien des cartes satellites pour réaliser des reconstitutions en trois dimensions de certains incidents. Nos résultats sont utilisés par les médias, mais aussi par les avocats des victimes devant des tribunaux. Nous utilisons des techniques et des technologies du monde de l'architecture pour enquêter sur les cas de violence d'État et de violations des droits de l'Homme dans le monde. Quand j'étais avec Forensic Architecture nous avons fait nos premières investigations sur l'affaire Adama Traoré avec Le Monde et l'affaire Zineb Redouane avec Disclose.

Comment décidez-vous d’ouvrir une enquête ?

F. S. : On peut être sollicité directement par un média qui a eu accès à des informations vidéos et qui fait appel à notre expertise pour en tirer les conclusions nécessaires. C'était le cas avec Libération, quand on a coproduit cette enquête sur le tir de LBD qui a atteint Adnane Nassih. Nous sommes aussi à l'écoute des victimes présumées de violence policière, de leur famille et de leur avocat. Vu qu'on est la seule structure en France à offrir ces services de manière accessible aujourd'hui, notre nom a tourné assez vite depuis un an et on est très sollicité. Dans ces cas-là, nous faisons cette enquête gratuitement en tant que membre de la société civile.

Combien de temps prend ce travail ?

F. S. : Tout dépend des enquêtes réalisées. Celle réalisée pour Le Monde a mobilisé 3 personnes de notre côté et 5 ou 6 personnes du côté du média, et ce pendant plusieurs semaines. Au-delà de la réalisation vidéo, du motion design et de la création 3D, il faut aussi mener l’investigation, explorer le dossier, et se mettre d’accord sur la ligne éditoriale à aborder et la manière de raconter l'histoire pour qu’elle soit la plus juste possible. 

Ce genre d’enquête rencontre souvent un succès d’estime. Est-ce que les audiences sont aussi au rendez-vous ?

F. S. : De ce qu’on a pu constater en France, mais aussi à l’étranger, ce sont des enquêtes qui génèrent beaucoup d'engouement populaire. C'est compréhensible vu qu'il y a une dimension immersive dans les environnements virtuels. Ça permet de rendre beaucoup plus tangible une histoire, un incident. On regrette toutefois une certaine frilosité du côté des médias, par rapport à son utilisation ou dans l'investissement de ressources nécessaires pour exploiter au mieux ce genre de format qui fait pourtant de l’audience.

Comment fonctionnez-vous financièrement ?

F. S. : Nous sommes uniquement financés par des dons et nous partageons des frais avec les médias qui collaborent avec nous. Pour notre première année, nous avons été financés par des fondations. Mais ça n’est pas suffisant pour faire tourner une structure comme la nôtre. C’est pour ça que nous avons lancé une nouvelle campagne de financement participatif qui est pour nous une véritable condition pour poursuivre notre activité. Si l’on n’atteint pas notre objectif de financement, on met la clé sous la porte.

Pour aider à financer index, cliquez sur ce lien.

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