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une capture d'ecran du twitter d'Alexandre Hervaut
© Twitter / Alexandre Hervaud

Ligue du LOL : les premières têtes vite démasquées et vite tombées

Le 11 févr. 2019

Quelques jours après la découverte de la « Ligue du LOL », les rédactions réagissent. Rapidement nommés sur les réseaux, plusieurs journalistes, accusés de harcèlement sur ce groupe Facebook privé et sur Twitter ont été mis à pied. 

Après la découverte de la « Ligue du LOL », vendredi 8 février 2019 dans un article de Libération, les premières têtes viennent de tomber. Ce lundi 11 février, quatre journalistes ont été directement impactés par ces révélations. Ainsi Libération a ouvert le bal en annonçant la mise à pied d’Alexandre Hervaud, rédacteur en chef adjoint du pôle Web et de Vincent Glad, pigiste régulier pour le journal. Ce dernier est notamment le responsable de l’ouverture du groupe Facebook sur lequel une trentaine d’influenceurs web et de journalistes trôllaient et harcelaient d’autres internautes depuis une dizaine d’années.

Quelques minutes après, Stephen Des Aulnois, fondateur et rédacteur en chef du média Le Tag Parfait, a annoncé sa démission et la mise entre parenthèse du site.

Durant l’après-midi, l’éditeur de podcast Nouvelle Écoute cesse sa collaboration avec Guilhem Malissen.  Enfin, la rédaction des Inrocks a décidé de mettre à pied l'un de ses rédacteurs en chef Web, David Doucet.

Outre les réactions des rédactions concernées, l’affaire de la « ligue de LOL » se caractérise par la rapidité avec laquelle les noms des principaux concernés sont apparus. En l’espace d’un week-end, une trentaine de noms a été inscrite dans un fichier largement partagé sur Twitter. On est loin de l'affaire Weinstein et des divulgations réalisées au compte goutte.

Résumé de l'affaire

L’affaire avait démarré plutôt discrètement mardi 5 février 2018 par le tweet de Thomas Messias. Le journaliste freelance désigne un autre mystérieux journaliste qui jouerait au chevalier blanc alors qu’il a fait partie d’une « meute de harceleurs ».

Postée sans plus de précisions, il est possible que cette phrase fasse référence à Vincent Glad qui, quelques heures plus tôt, avait posté un thread sur les menaces et messages de haines reçus en réaction à ses posts sur les Gilets jaunes. Rapidement, le tweet est commenté par Alexandre Hervaud, journaliste spécialisé en culture numérique chez Libération.

Plusieurs internautes vont alors se mettre à mentionner « la ligue du LOL » et évoquer des campagnes de harcèlement en ligne. C’est le cas de Daria Marx, cofondatrice du collectif Gras politique, qui indique sur Twitter : « Je n’ai pas oublié non plus. La ligue du LOL. Et ses preux chevaliers féministes en 2019. Je vous crache bien à la gueule.»

Et Libération déclencha le shitstorm

Le vendredi 8 février, le service check news de Libération publie un long article intitulé, La Ligue du LOL a-t-elle vraiment existé et harcelé des féministes sur les réseaux sociaux ? Le papier explique comment ce groupe Facebook secret monté par Vincent Glad, a réuni en son sein les premiers influenceurs du Twitter français. On y retrouvait notamment Alexandre Hervaud, Stephen des Aulnois, fondateur du site Le Tag Parfait, Christophe Carron, rédacteur en chef de Slate.fr ou bien encore David Doucet, rédacteur en chef des Inrocks.

Présenté par certains comme un lieu de partage de liens amusants, le groupe avait pour leitmotiv de « se moquer de tout le monde sur le web ». Comme le résume le podcasteur Henry Michel qui en faisait partie, le groupe était le défouloir d’une certaine « élite » de la culture web de l’époque. « Cet endroit réunissait parmi les plus grands talents de Twitter de l’époque, indique-t-il dans l’article de Libé. On y faisait surtout des blagues, qu’on ne pouvait pas faire en public. C’était brillant, c’était bête, il y avait ce côté observatoire des personnages de Twitter, on s’échangeait des liens, des photos, on se moquait des gens. »

La ligue des harceleurs en ligne

Rapidement, plusieurs internautes vont publier de longs et douloureux témoignages qui résument les exactions du groupe. La journaliste et podcasteuse Mélanie Wanga raconte comment elle s'est fait harceler à cause de ses opinions et de sa couleur de peau.

La youtubeuse Florence Porcel témoigne elle aussi de cet acharnement. Elle explique comment l’un des membres du groupe l’a appelée en se faisant passer pour un rédacteur en chef afin de lui proposer un job dans une émission de télévision.

Matthias Jambon-Puillet, plus connu sous le pseudo @LeReilly, a lui aussi subi la hargne de ce petit groupe. Il indique dans un texte poignant qu’il a dû en venir aux mains pour faire cesser certains agissements.

Au-delà des cas de harcèlement, c’est surtout l’aspect de « caste professionnelle » qui ressort de ces témoignages. En effet, le groupe Facebook fonctionnait aussi comme un réseau professionnel caché. Ces personnalités bien installées dans des médias en ligne cooptaient d’autres membres de la ligue qui pouvaient se « montrer à la hauteur ». Le système mis en place valorisait ceux qui étaient les plus outranciers et qui clashaient le plus sur les réseaux.

La valse des excuses...

Face à la déferlante de témoignages, plusieurs membres de la ligue du LOL sont sortis du bois pour présenter des excuses. Vincent Glad, Alexandre Hervaud, et bien d’autres ont publié ce week-end des textes plutôt longs pointant du doigt plus ou moins la même chose : ils étaient là pour s’amuser et ne se sont pas vraiment rendu compte de la dynamique toxique du groupe. Au-delà de ces considérations, les auteurs expliquent notamment que le contexte de l’époque n’était pas le même.

L’affaire n’est pas sans rappeler celle de Mehdi Meklat, blogueur et chroniqueur sur France Inter. En 2017, son compte Twitter secret avait été dévoilé. Caché derrière un pseudonyme, le blogueur multipliait les invectives haineuses et antisémites.

... loin d'être suffisante

Reste que ces excuses sont souvent loin d’être suffisantes pour les victimes de harcèlement. Ces dernières pointent surtout du doigt un système de domination systémique. Dans un post de blog publié sur Mediapart, Caroline de Haas, qui avait aussi été la cible de la ligue donne son point de vue. « Dans un rapport d’égalité, de respect, quand on fait une faute, petite ou grosse, on demande pardon. Point. Sans chercher d’explications ou d’excuses. Dans un rapport de domination, il y a toujours un « mais » ou une virgule après les excuses. « Je suis désolé, mais », « je n’ai pas été cool, c’est parce que... ». La stratégie est simple : faire reposer sur d’autres (la victime, son boulot, sa famille ...) la responsabilité du problème. On appelle ça l’inversion de la culpabilité. »

Commentaires

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    • Bonjour, effectivement, le scandale touche une trentaine de personnes, dont des "gens de la com". Cependant, l'article a été mis à jour en fin de journée avec les premières mises à pieds et ces dernières ont surtout touchés les journalistes. Depuis hier, j'ai comptabilisé 8 mises à pied et une démission, toutes sur des médias. En tout cas, mon objectif n'est pas de cacher quoi que ce soit ou de prétendre que le monde de la communication n'est pas impacté.

  • " Ligue du LOL : les premières têtes .. vites tombées " ne nous prenez pas pour des cons, rien n'est tombé, ils ne sont que suspendus avec salaire conservés, en clair ils sont en congés payés. Le temps que la corporation mafieuse des journalistes arrivent à etouffer l'affaire, comme elle avait pu le faire jusqu'à aujourdhui, parce qu'evidemment dans ce microcosme tout se sait, puisque c'est justement leur boulot, de tout savoir .. et puis dans 15 jours retour des petits copains au boulot, t'as eu chaud pas vrai Marcel, mais tu peux recommenecr à donner des leçons de morale aux français, ces benêts ont la mémoire courte. Et ben non, et c'est justement pour ça que les français vous méprisent, les journaleux.

  • Article très intéressant qui m’a permis de m’y retrouver dans les événements de ces derniers jours concernant la Ligue du LOL.
    Petite remarque : je crois qu’à plusiers reprises 2018 a remplacée 2019 😅