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Emmanuel_Macron

La Fabrique médiatique à l'ère d'Emmanuel Macron

L'ADN
Le 11 mai 2018

Un an après l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, y a-t-il ou non disruption ou rupture dans l’accès à l’information ? L’étude réalisée par le cabinet Adjuvance à la demande de Frapier & Saab a cherché à comprendre comment se construit l’information aujourd’hui. Zoom.

« Il n’y a pas de rupture fondamentale dans les pratiques mais le volume de l’information augmente, la cadence s’accélère et l’accès à l’information devient de fait plus restreint. Le pouvoir imprime une relation distanciée et prudente avec les médias. La simultanéité des chantiers engagés oblige les rédactions à fractionner leur mobilisation et leurs équipes. En sous-effectifs, bousculés par de fortes restructurations, certains médias regrettent de ne pouvoir davantage anticiper et couvrir la "guerre de mouvement" engagée par le pouvoir » estime Myra Frapier Saab.

Dépasser les postures de ses prédécesseurs et les jalons idéologiques traditionnels

Ni dans l’hypertrophie présidentielle et l’omniprésence médiatique développée par Nicolas Sarkozy, ni dans l’hyper connivence et le commentaire permanent de François Hollande, le nouveau président ouvre une troisième voie qui privilégie une relation prudente et distanciée avec les rédactions. Comme s’il s’agissait de « sifler la fin de la récré » et d’intimer à chacun de retourner à sa place. Une distance qui est ressentie par bon nombre d’acteurs interrogés comme une mise à l’écart, d’autant plus qu’ils s’étaient habitués à un pouvoir plus accessible et disert. A cette distance s’ajoute le constat d’une action présidentielle qui s’est affranchie des partis politiques et des clivages idéologiques traditionnellement structurants. Ce dépassement ouvre un espace de liberté et d’action inédit au Président, mais rend plus complexe la lecture des trajectoires qu’il esquisse.

Revendiquer l'hyper verticalité dans l'exercice du pouvoir

Exercer le pouvoir c’est pour Emmanuel Macron s’inspirer de la guerre de Jupiter. Revendiquer cette posture revient, pour beaucoup, à s’inspirer de la solennité de l’ordre gaullo-mitterrandien et chercher à mettre en scène la guerre de l’homme providentiel. Or l’hyper verticalité du pouvoir a des répercussions sur le plan médiatique. L’information est davantage maitrisée et centralisée. Une attitude de « fermeté » qui, pour bon nombre des acteurs interrogés, se révèle difficile à gérer lorsqu’il s’agit de saisir et rendre compte des enjeux de l’action présidentielle de manière approfondie. D’autant que si l’Elysée centralise l’information pour maîtriser les rouages de sa diffusion aux professionnels de l’information, il cherche « en même temps » à investir les réseaux sociaux pour s’adresser directement aux citoyens, et dépasser les filtres traditionnels que sont les médias et les corps intermédiaires.

Accélérer et jouer sur la simultanéité

L’accélération du rythme de l’action politique et donc de l’information, est le constat majeur dressé par tous les acteurs interrogés. Cette accélération est la conséquence de la simultanéité des réformes lancées par le Président et son gouvernement. Et c’est là que se joue selon eux le véritable « effet Macron » : dans le rythme du changement, dans la rapidité avec laquelle sont gérées les consultations, dans la vitesse avec laquelle sont élaborés les textes de lois. Cette accélération, combinée à la crise des médias et à la fragilisation des rédactions, engendre un effet ciseau qui réduit mécaniquement le niveau d’exigence que continuent de défendre les acteurs de l’information.

« Startupiser » l'information

Dernier constat unanime : l’Elysée semble chercher à renouveler les codes traditionnels de la communication présidentielle en s’inspirant de la startup, de ses valeurs et de son potentiel « rupturiste ». C’est le format du « pitch », la logique du « Bottom up » et, in fine, la revendication du pragmatisme entrepreneurial comme modèle de transformation de la société. Cette forme de communication inédite, plus anglo-saxonne qu’hexagonale, est un nouveau marqueur qui déstabilise les observateurs du pouvoir. D’autant que lorsque le politique pitche sur les réseaux sociaux, le journaliste devient moins décodeur que transmetteur de l’information.
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